Marseille, Opéra. Colomba, création. Du 8 au 16 mars 2014

visu-colombaMarseille, Opéra. Colomba, création. Du 8 au 16 mars 2014. Nommé inspecteur des Monuments historiques en 1834 par Louis-Philippe, Prosper Mérimée réalise son inspection en 1839 afin de recenser les monuments en Corse ; après deux mois de séjour et de collecte, il rapporte surtout l’ébauche de sa nouvelle Colomba. Achevée à son retour à l’Hôtel Beauvau de Marseille, le texte définitif est publié en 1840. C’est l’histoire d’une vengeance, ou vendetta (vendette en français) : la belle Colomba della Rebbia veut venger l’honneur de son père, le colonnel  ayant servi pour l’Empereur, assassiné selon ses dires par Barrichini, le Maire de Piétranéra. Colomba ne cesse d’exhorter son frère Ors’Anton’, lieutenant des armées impériales revenu au pays de son enfance après Waterloo, à prendre les armes et réaliser sa vengeance.

Barricini contre Della Rebbia
Il y a évidemment derrière l’intrigue familiale, un fond historique brûlant : les della Rebbia ont versé leur sang pour l’idéal impérial napoléonien, aujourd’hui perdu, tandis que Barricini, nouveau triomphateur est légitimiste et royaliste. Deux mondes s’opposent, deux ambitions que réactive violemment la nature impétueuse de Colomba. Le librettiste Benito Pelegrin a sciemment développé l’opposition et la rivalité entre les deux familles, politiquement opposées.
Mérimée agrémente le récit sauvage d’une intrigue amoureuse née entre le doux Anton et une dilettante anglaise Lydia qui accompagne son père le colonnel Lord Nevil sur le bateau qu’il emprunte pour rejoindre la Corse. Ces deux là finiront d’ailleurs par se marier.
A l’époque où Mérimée publie Colomba (1840), les vestiges de l’ancien Empire sont vivaces et ses défenseurs, toujours aussi tenaces : les cendres de l’Empereur sont transférées en signe d’apaisement politique de Sainte-Hélène aux Invalides ; la France de la Restauration souhaite jouer la carte de la réconciliation de la nation.

Vengeance familiale : le vócero de Colomba…
Dans le livret de Benito Pelegrin, les événements politiques sont ainsi aiguisés, accentuant la rivalité haineuse des deux clans opposés : Barrichini contre Della Rebbia. Des élections proches exacerbent l’appétit des politiques : l’avocat maire royaliste en première ligne. A l’époque où Mérimée situe son roman, Napoléon n’est pas mort et son retour espéré rend exaltante l’idée d’une reconquête du pouvoir par les Della Rebbia.
Entre les deux familles, se dresse la figure officielle, elle aussi inféodée à la Monarchie, du Préfet lequel narre, explique, commente à la façon de la coryphée antique, les noeuds de l’action qui se nouent. Mais aussi se précisent les personnages hauts en couleurs du curé passé au maquis, Giocanto Castriconi ; de la vieille servante, Savéria qui découvre le carnet dans lequel, avec son sang, le colonnel Della Rebbia a écrit le nom de son assassin…

delacroix_jeune_femme_portraitPleureuse vocifératrice, sorte d’Elektra criant, hurlant le retour à la justice et voix corse des tragiques grecques sur le corps des héros sacrifiés, Colomba a cette ” grandeur féroce ” à la fois sublime, admirable et émouvante qui fait les grandes pleureuses. Son vócero tient de l’invocation troublante, pathétique et maléfique à la fois. Le livret noircit même les imprécations énoncées pendant le drame (textes avérés sur la vendetta corse), en s’inspirant aussi des tragédies hispaniques, où le sang versé appelle le sang, quitte à précipiter l’histoire des hommes dans une terrible accumulation de haines répétées, insurmontables, inextricables.  Colomba est une guerrière, une femme virile, matriarche, prête à prendre les armes pour expier la mort du père. C’est elle le chef du clan, puisque son frère Orso, lucide et complice, demeure plus tendre et doux : il est l’ombre calme de sa soeur. Or, Colomba appelle  la justice personnelle et immédiate contre la justice du corps social, plus lente et méprisable. Anton doit porter cependant cette exhortation à la punition ultime et le vócero de sa soeur plane sur lui comme l’épée de Damoclès (début de l’acte III). Au final, la malédiction véneneuse s’abat sur sa victime, Bariccini mourra… mais comme on l’attend pas, d’une façon fidèle à la source de Mérimée : plus allusivement semant le trouble de la malédiction.

En définitive, le nouvel opéra de Jean-Claude Petit met en lumière grâce au livret de Benito Pelegrin, la sublime figure de Colomba, ange vengeur à la voix tragique et à travers sa malédiction, sa relation avec son frère, le plus doux Anton, double complémentaire de la sœur vengeresse.  Création mondiale à Marseille à partir du 8 et jusqu’au 16 mars 2014.

Jean-Claude Petit
Colomba
création mondiale
Livret de notre collaborateur Benito Pelegrin
Opéra en un prologue, quatre actes et un épilogue
d’après la nouvelle de Prosper Mérimée (1840)
Commande de l’Opéra de Marseille

Marseille, Opéra. Du 8 au 16 mars 2014

Colomba : Marie-Ange TODOROVITCH
Lydia : Pauline COURTIN
Miss Victoria / Une Voix : Lucie ROCHE
Servante : Cécile GALOIS
Le Colonel Nevil : Jean-Philippe LAFONT
Le Préfet : Francis DUDZIAK
Orso : Jean-Noël BRIEND
Giocanto Castriconi : Cyril ROVERY
Orlanduccio Barricini / Un Matelot : Bruno COMPARETTI
Vincentello Barricini : Mikhael PICCONE
Barricini Père : Jacques LEMAIRE

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale : Claire GIBAULT
Mise en scène : Charles ROUBAUD
Illustrations : portraits de Mérimée. Jeune femme au cimetière par Eugène Delacroix (DR)

 

Colomba diffusé sur culturebox, le 13 mars 2014 à 20h30 (en léger différé : l’opéra commence à Marseille à 20h)

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