Marne-la-vallée. La Ferme du Buisson, le 24 février 2013. Sacre # 197. Dominique Brun, chorégraphe. D’après Stravinsky

La chorégraphe française Dominique Brun aime Nijinski. Son DVD Le Faune – un film ou la fabrique de l’archive, en témoigne, comme sa chorégraphie des extraits du Sacre du printemps (1913) réalisée pour le film Coco Chanel et Stravinsky de Jan Kounen (2010). Elle est maintenant consacrée à son projet de dyptique « selon et d’après Le Sacre du printemps de Nijinski », dont la Ferme du Buisson présente aujourd’hui la première partie intitulée Sacre # 197.

Si le mythe de Nijinski danseur est incontestable, ainsi que sa place aux Champs Elysées de la danse moderne, rares sont les ressources nous permettant de regarder de près sa danse et ses créations chorégraphiques, contexte historique oblige. Ce flou apporte cependant de nombreux attaits au mythe. Comme Isadora Duncan, mère de la danse moderne, Nijinski a revolutionné le monde de la danse avec un nouveau langage et une nouvelle relation avec la musique, mais lui, avant d’être le danseur fétiche et chorégraphe iconique des Ballets Russes, fut d’abord un danseur classique célébré. Il a été choisi à l’âge de 14 par le grand maître de ballet Marius Petipa qui lui confiait des rôles d’importance pour ses propres ballets, ce lorsqu’il était encore à l’école du Ballet Impérial Mariinsky.

archaïsme et modernité

Le Sacre du Printemps est crée en 1913, fruit d’une commande des Ballets Russes, dirigés par Serge Diaghilev, avec la musique d’Igor Stravinsky (scénario et décors du peintre Nicolas Roerich). La création est un scandale qui reste unique dans l’histoire du Théâtre des Champs Élysées. Ce soir d’hiver à la Ferme du Buisson, la réaction du public est favorable. La chorégraphie est intéressante et assez respectueuse. Comme Nijinski, Dominique Brun aime la bidimensionnalité, les jambes en dedans, les pointes des pieds tournés vers l’intérieur, les mouvements angulaires et les corps près du sol. Comme il y a 100 ans, l’effet demeure saisissant et déroutant. Mais le primitivisme d’une Russie païenne devient ici le trouble existentiel de l’âme contemporaine. La danse est ainsi déconstruite et reconstruite, ce qui peut paraître post-moderne a quand même une certaine sensibilité, une certaine poétique post-romantique. L’un des danseurs a la gestuelle d’un oiseau mais malgré lui, incapable de voler. Une image quelque peu abstraite qui brise les coeurs. Brun est aussi iconoclaste, dans l’esprit et en honneur d’un Nijinski séditieux, la chorégraphe actuelle rompt avec la modernité de son prédécesseur devenu tradition, en faisant danser l’un de ses interprètes en pointes.

L’écriture musicale de Juan Pablo Carreño d’après Stravinsky est une créature spéciale. Il s’agît d’une déconstruction savante et d’une reconstruction ingénieuse des thèmes et des couleurs de la composition de Stravinsky. La voix prend souvent la place des bois et la place des silences vaut celle du bruit. Le tout écrit de façon plus inventive qu’innovatrice, accompagnant parfaitement la violence et la puissance des mouvements des danseurs, parfois dans un moto perpetuo primitif aux effets surprenants.

La création de la seconde partie Sacre # 2, reconstitution historique de la composition de Nijinski est prévue pour la saison 2013-2014.

Les prochaines représentations de la première partie du diptyque en région parisienne se déroulent le 20, 21 et 22 mars au Centre National de la Danse à Pantin. Une occasion de ne pas rater de célébrer le centenaire de la création du Sacre du Printemps!

Marne-la-vallée. La Ferme du Buisson, le 24 février 2013. Sacre # 197, première partie du projet diptyque « selon et d’après Le Sacre du printemps de Nijinski ». Musique d’après Igor Stravinsky composée par Juan Pablo Carreno. Dominique Brun, chorégraphe. Spectacle présenté dans le cadre du cycle ” Hors Saison, le rendez vous danse d’Arcadi “.

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