Lully: Atys (Villégier, Christie, 20112 dvd Fra Musica

Atys déploie une langueur tragique irrépressible qui va son cours sanglant et sacrificiel sans faiblir, s’affirmant telle la tragédie en musique la plus noire du règne de Louis XIV, et curieusement la plus aimée du souverain. Lully et Quinault s’y dépassent il est vrai: le premier dans une musique sans dilution aucune, âpre, expressive, mordante; le second, plus inspiré que jamais écrivant une poésie faite musique, à la fois grandiose par sa déclamation et si juste dans sa sincérité émotionnelle. Préférant Sangaride à la déesse Cybèle, le beau berger Atys connaîtra l’horreur du délire criminel puis le suicide. Il n’y a pas d’ouvrage comparable à cette exacerbation des passions emportant dieux et mortels.

Opéra noir et crépusculaire

Pour les 300 ans de la mort de Lully, l’Opéra de Paris offre au duo Christie et Villégier l’opportunité de ressusciter l’ouvrage: en 1987, le choc fut immédiat voire fulgurant auprès du public. Le siècle de Louis XIV semblait renaître de ses cendres: d’une beauté ténébreuse et empoisonnée, sublime et vraie. Repris jusqu’en 1992, la production devait renaître elle aussi en… 2010 et 2011. Enregistré ici à l’Opéra Comique à Paris en mai 2011, voici les fastes d’une oeuvre au noir qui au dvd méritait ce transfert attendu, sans perdre l’intensité de ses attraits premiers.

Dans la scénographie de Villégier, le théâtre que Lully souhaitait supplanter en faveur de la divine musique et du chant, reprend ses droits: sobriété, épure voire ascétisme des mouvements d’acteurs; absence des machineries féeriques et enchanteresses originelles; d’où ce repli de la grandeur au profit de l’action intimiste et psychologique. La caméra serre l’impact du texte, en particulier dans les duos; les confrontations et les enjeux gagnent en relief. Atys et Cybèle profitent de l’engagement des chanteurs Bernard Richter et Stéphanie d’Oustrac; le premier étant davantage articulé et intelligible que sa partenaire. L’unité crépusculaire de l’argent partout étincelant; puis l’or divin du tableau des songes avec ses deux choeurs instrumentaux de part et d’autre du dieu sommeil (Paul Agnew impeccable)… l’esthétique de la réalisation nous éblouit toujours autant et souligne le génie de Lully à l’Opéra. En bonus: documentaire sur cet Atys 2011 devenu légendaire.

Lully: Atys. Bernard Richter (Atys), Emmanuele de Negri (Sangaride), Stéphanie d’Oustrac (Cybèle), Nicolas Rivenq (Célénus), Paul Agnew (le Sommeil)… Les Arts Florissants. William Christie, direction. Jean-Marie Villégier, mise en scène. Réalisation: François Roussillon. 2 dvd Fra Musica 3770002 003091

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