LIVRES, événement. François Bronner : Les concerts symphoniques à Paris au temps de Berlioz (Hermann)

BRONNER francois concerts parisiens les-concerts-symphoniques-a-paris-au-temps-de-berlioz classiquenews critique.jpgLIVRES, événement, compte-rendu critique. François Bronner : Les concerts symphoniques à Paris au temps de Berlioz (Hermann, collection « Hermann musique »). La richesse et la valeur de ce texte sont à la mesure de longueur de son titre. Croisant la personnalité d’un maître compositeur à Paris, soit Berlioz – insupportable mais génial, comme la diversité des salles et des programmations parisiennes, le foisonnement des oeuvres programmés, offertes aux parisiens, plutôt critiques et curieux, comme la diversité des goûts du publics selon les régimes politiques fort divers des Lumières au presque anéantissement du Second Empire (1869), le présent ouvrage apporte une vue synthétique magistrale sur la France et la vie des concerts parisiens à l’époque romantique. C’est une première somme d’ampleur, un remarquable panorama du Paris symphoniste, capable comme Outre-Rhin d’offrir aux spectateurs et mélomanes parisiens une offre constamment régénérée de styles et de tempéraments, grâce à l’initiative successives de chefs et entrepreneurs passionnés, soucieux de faire connaître le talent des autres comme le leur propre. Evidemment, Berlioz prend valeur d’emblème lui qui souvent offrit la puissance de son génie visionnaire en finançant (à perte comme dans le cas de la Damnation de Faust en 1846) ses propres concerts…

BERLIOZ vignette HectorBerlioz9Au début de cette vaste recension des concerts à Paris, saluons à l’époque des Lumières encore et dans ce passage délicat vers le plein romantisme, malgré les ruptures politiques, les chapitres et synthèses biographiques dédiés aux fondateurs du genre symphonique en France à l’époque des Haydn et Mozart, soit Gossec ou le Chevalier de Saint-Georges… Le premier dirigea en maître les programmes et la tenue artistique des concerts du Concert Spirituel ; le second, malgré son identité de mulâtre, sut affirmer un puissant tempérament moderne au sein des Concerts de la Loge Olympique…
habeneck francois antoine HABENECKPlus dans le XIXè, la figure du chef Habeneck (François Antoine) qui fit tant pour la diffusion des Symphonies de Beethoven est également idéalement restituée dans son temps, avec d’autant plus de pertinence que l’auteur a préalablement et chez le même éditeur dédié une monographie sur le Beethovénien. Thème croisé annoncé dans le titre, Paris et Berlioz redessine les champs investis et parce qu’il avait une personnalité entière et jalouse, Berlioz paraît régulièrement comme critique et comme auteur, souvent comme un rival opiniâtre, contre Habeneck par exemple. Ainsi les événements de Berlioz à Paris rythme ce passionnant sujet : « Berlioz devient parisien, 1821-1825 » / Berlioz et Girard, 1832-1833 » / « Berlioz et la demesure, 1844 », époque de son hymne à la France / « Berlioz au cirque des Champ-Élysées, 1845 » / « la Grande société philharmonique de Berlioz, 1850 » (avec le Requiem en mémoire des victimes d’Angers) / « Épuisement de Berlioz, 1864-1866 »… La narration est aussi enrichie des grandes créations dans la carrière parisienne d’Hector : « Harold en Italie, 1833-1834 » / « Le Carnaval romain, 1843-1844 » / « La Damnation de Faust, 1846-1848 » / …

XIR176097Un autre jalon décisif est la découverte de Wagner à Paris, dès 1850, grâce à François Seghers qui au sein de sa « Société Sainte-Cécile », joue le premier l’ouverture de Tannhaüser… Début et amorce d’un engouement de plus en plus fort pour la manière dramatique, intense et harmoniquement audacieuse de l’apôtre de « l’art total » ; bientôt les critiques de Gautier, témoin du même Tannhaüser écouté et applaudi en Allemagne, puis surtout l’arrivée de Richard Wagner à Paris à l’été 1859 (soutenu par ses proches Liszt et Hans Von Bülow), creuse le sillon du wagnérisme français : l’auteur de Tristan s’affirme alors comme un auteur incontournable, et son premier concert au Théâtre Italien, créant un nouveau genre purement symphonique – sans virtuose, mais uniquement de constitué de pages orchestrales et chorales, le 25 janvier 1860, fut un choc certain pour les premiers wagnériens parisiens (Baudelaire, et bientôt Pauline Viardot, comme Nerval, Banville, Gounod, Saint-Saëns, mais aussi Courbet, Gustave Doré, Fantin-Latour et même Jules Ferry…), confrontés au sublime de Tannhaüser donc, Lohengrin (Marche nuptiale), Le Vaisseau fantôme (ouverture… qu’a fortement éreinté Berlioz) et en seconde partie, – outrage à la bienséance harmonique (choquant ainsi Fétis comme le jeune Alkan, jugeant cette musique « malade ») le prélude de l’acte III de Tristan. Même Berlioz qui se disait son ami, et qui avait lui aussi déjà fini son grand œuvre (Les Troyens, en réalité depuis 1858), restera ambigu, jamais totalement enthousiaste, ni profondément réservé, mais jaloux, maladivement. Préférant l’ouverture de Lohengrin à celle de Tristan. Et même si Tannhaüser créé à l’Opéra de Paris le 13 mars 1861 fut un échec et un beau scandale, l’événement resta dans toutes les mémoires. Jalon d’une vague de plus en plus débordante, surtout concernant la musique du Ring, connue des parisiens plus tardivement, dans les années 1880 (c’est à dire hors champs de la présente analyse, car Berlioz meurt en mars 1869).

Le lecteur mesure l’engouement des parisiens pour les concerts, éclectiques, de pure virtuosité, puis grâce à Wagner et Berlioz, purement symphoniques ; l’ouvrage récapitule aussi la découverte d’autres auteurs contemporains : Félicien David (Le Désert, 1844 : puis Christophe Colomb en 1849, soit après la Révolution de 1848), Glinka (1845), les symphonies du même David et celles de Reber, Saint-Saëns dont le génie de 17 ans est révélé par le concours des compositeurs organisé par la Société sainte-Cécile en 1851 ; Schumann (ouverture de Manfred par Seghers en 1853), puis la Rhénane aux Concerts Populaire Pasdeloup (1861), …
Ainsi Paris, dès les concerts visionnaires programmant les symphonies de Beethoven par Habeneck (dès 1810, première Symphonie en ut), – aux côtés de Haydn et de Mozart ( par les excellents instrumentistes des « Exercices des Elèves », premiers pas des concerts symphoniques au Conservatoire-, sut entretenir ce goût de la Symphonie et des fresques orchestrales.

CLIC D'OR macaron 200Outre la question des répertoires ainsi défendus selon les personnalités et les rencontres, c‘est aussi une histoire des institutions productrices de concerts, publiques ou privées : Concert Spirituel, Exercices des Élèves, Concerts de la loge Olympique, Société des Concerts du Conservatoire, Société Sainte-Cécile, sans omettre les Concerts populaires Pasdeloup…). L’horizon suit la carrière de Berlioz, à la volonté de fer mais la santé déclinante jusqu’en 1869. Le foisonnement de la vie musicale de la fin du XVIIIè à la fin du Second Empire se dévoile ainsi à Paris, dans cet opus qui fonde enfin la juste réhabilitation de l’activité musicale parisienne, constante depuis les années 1760. Lecture incontournable.

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LIVRES, événement. François Bronner : Les concerts symphoniques à Paris au temps de Berlioz (Hermann, collection Musique).

LIRE aussi notre critique dédiée au livre précédent du même auteur : François Antoine Habeneck (CLIC de CLASSIQUENEWS de juillet 2014). Excellente biographie du chef qui fit connaître Beethoven aux parisiens
http://www.classiquenews.com/livres-francois-bronner-francois-antoine-habeneck-1781-1849/

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