Livres. Didier Raymond : Le cas Mozart (Le Passeur éditeur)

Livres. Didier Raymond : le cas Mozart, Le Passeur éditeur   …    Indifférente au passé, préparant au seul silence (de la nuit), musique d’un éloignement assumé, s’affranchissant de la stricte littéralité du texte des livrets…, l’écriture de Mozart relève ici d’un exercice très personnel ou transparaît sous un jour assez déconcertant.

Le cas Mozart de Didier RaymondL’auteur, Schopenhauerien de la première heure, aurait pu s’engager dans un nouvel essai sur Wagner, opportun en cette année du bicentenaire 2013. Mais il s’agit plutôt de démonter de l’intérieur la stratégie compositionnelle de Mozart pour en dévoiler in fine, l’inclassable génie, la modernité frappante. Sous couvert de formulations fracassantes et souvent provocantes, l’auteur souligne en définitive sa profonde admiration sur ” le cas Mozart ” : un jaillissement spontanée d’une vision exceptionnelle où la musique exprime ” l’ombre du voyageur ” plutôt que le voyageur lui-même. Tout est lumineusement dévoilé aux pages 72-74 d’un essai en deux parties fondamentales : Invitation au silence, Psychologie de l’indifférence.

Entretemps, le lecteur titillé, parfois agacé de lire ici son Mozart dénaturé et décortiqué, aura parcouru les opéras de la maturité (surtout ceux de Da Ponte) en y décelant les points de révélation ou d’accomplissements utiles pour l’argumentation du texte si subjectif.

Proche de Balzac et de Shakespeare, Mozart se distingue ainsi indiscutablement dans sa conception dédramatisée de la musique. Au demeurant, il s’agit bien d’une pensée unique à son époque qui demeure en avance sur son temps, déjà romantique avant l’heure.

Rien de conventionnel chez lui, mais par exemple, des désinences particulièrement originales dont l’écoulement surprenant prépare au silence qui suit. En définitive, l’opéra de Mozart est un théâtre de la disparition et de l’absence. Comble ultime en vérité qu’une musique qui (se) destine au silence. Voilà bien la preuve d’une rédaction juste et pertinente : l’auteur montre incidemment en quoi Mozart avant Wagner, fait le procès de sa propre forme ; sa musique nourrit une pensée critique et exigeante vis à vis de son objet ; l’opéra y gagne un surcroît de sens, une mise en abîme propice à se réinventer, à multiplier ses champs d’expression poétique.

La troisième partie est tout aussi captivante, dédiée au dernier opéra seria (avec La Flûte Enchantée) : La Clémence de Titus … dont l’auteur relève sans la démentir, l’apparente faiblesse. Quant à la dernière, nous parlant de ” Surabondance et folie “, on y comprend bien que le classicisme apollinien d’un Mozart lisse n’est que de surface : folie et tragique s’y disputent les enjeux internes qui touchent désormais par sa profondeur inédite. Magistralement dévoilée.

Didier Raymond : Le cas Mozart. Le Passeur éditeur. Collection sursum corda. ISBN: 978 2 36890 038 3. 107 pages. 15,50 euros. Parution : septembre 2013.

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