LIVRE événement, critique. Elodie Oriol : Vivre de la musique à Rome au XVIIIe siècle (Ecole Française de Rome 575)

ORIOL elodie ecole fran de rome critique livre CLASSIQUENEWS_vivre_de_la_musiqueLIVRE événement, critique. Elodie Oriol : Vivre de la musique à Rome au XVIIIe siècle (Ecole Française de Rome 575). De Rome au XVIIIè, surtout au début du XVIIIè, on garde la mémoire du fameux séjour (formateur) de Haendel, jeune Saxon impétueux et talentueux qui éblouit dans l’oratorio italien ou l’apprentissage de l’opera seria. L’intérêt du présent ouvrage interroge la vitalité (réelle et désormais analysée) de l’activité musicale à Rome dans la seconde moitié du siècle, soit à l’époque des Lumières. L’auteure, Elodie Oriol, membre de L’Ecole Française de Rome, ajoute un regard sociétal, posant la question centrale : comment vivait-on de la musique à Rome au XVIIIè ? Il en résulte une analyse sociologique de l’activité musicale dans la Ville Eternelle, précisant le profil des musiciens, chanteurs, compositeurs, instrumentistes ; le goût et la protection des patriciens commanditaires et patrons ; la politique artistique des lieux concernés, églises et fondations religieuses, théâtres et palais favorisant l’essor de la musique quelle soit sacrée ou profane. L’évolution du goût est aussi abordé, favorisant de fait certains types et styles artistiques (sujet de la IIIè partie). La photographie qui en découle est celle du marché musical romain à travers les acteurs issus de la société romaine, qui le composent. Le résultat est une thèse particulièrement riche et complète dans les données fournies dont la version première a été soutenue en 2014 : voici sa version corrigée et complétée. Aux côtés des témoins mélomanes fameux (Burney,…), d’autres figures rendent compte telle la peintresse Vigée-Lebrun qui en 1790 précise plusieurs portraits de chanteurs alors célèbres.

CLIC D'OR macaron 200Rome est ainsi analysée, décortiquée à travers les « étrangers » qui comme Haendel, y séjournent pour se perfectionner et vivre de leur art (Tel Gretry en 1760 à 18 ans), dans les querelles esthétiques qui ne tardent pas à poindre, entre compositeurs sacrés et d’opéras ; les premiers reprochant aux seconds d’écrire pour l’église sans réussir véritablement. Et vice versa. Citons parmi une pléiade désormais authentifiée de personnalités, le Napolitain Jommelli qui tout en composant les opéras de la Cour du Wurtemberg est aussi coadiutore de Bencini à la Capella Giulia (à Saint-Pierre à partir de 1754), non sans susciter jalousie et critiques… Les spécificités de la ville ne sont pas omises comme l’interdiction aux femmes de se produire sur scène ; ou l’essor de l’opéra (au Théâtre Alibert, Argentina…) mais uniquement pendant le Carnaval. Il en résulte un goût partagé par d’autres capitales et Cours européennes, pour les castrats, les voix comme le style napolitain. D’autres particularités se détachent comme le lien entre Rome et le Portugal, le goût ibérique étant clairement romain… Le tableau est complet, l’érudition claire et le regard sociologique, des plus affûtés.

LIVRE événement, critique. Elodie Oriol : Vivre de la musique à Rome au XVIIIe siècle – 578 pages – Collection de l’Ecole Française de Rome 575 – parution : nov 2021 – ISBN 978-2-7283-1451-5 – 35 euros (prix indicatif).

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