Livre, critique. L’opéra, miroir du monde – Aix, 2007 – 2018 (éditions ACTES SUD)

opera miroir du monde 12 ans de programmation au festival lyrique d aix en provence critique compte rendu BBB classiquenewsLivre, critique. L’opéra, miroir du monde – Aix, 2007 – 2018 (éditions ACTES SUD). Pour les 70 ans du Festival d’Aix, édition anniversaire en 2018, pour les 20 ans de son Académie, et la 12è année de mandat de Bernard Foccroulle, comme directeur artistique, – depuis 2006, l’ouvrage édité par Actes Sud, récapitule ce qui fait aujourd’hui le caractère d’un événement lyrique estival en Provence, parmi les plus célèbre au monde.
Le Salzbourg français, qui défend comme son confrère autrichien lui créé en 1922, l’oeuvre de Mozart dont au moins un et jusqu’à 2 opéras sont programmés chaque été, se rêve ainsi « miroir du monde ». En 1948 a résonné pour sa première édition, le fameux Cosi fan tutte de Wolfgang, déjà dans la cour de l’Archevêché. Après Stéphane Lissner, Bernard Foccroule qui cède sa place à Pierre Audi, défend les axes majeurs de sa politique artistique, laquelle tient en deux volets : jeunes talents et créations.

En 170 pages, peu de textes mais surtout des photos des 65 productions concernées et devenues emblématiques dont certaines mêmes légendaires (mais elles sont rares sur la période), voici les spectacles présentés de façon chronologique, par édition (de 2007 à 2018), ceux qui ont marqué l’histoire récente de la manifestation.

Chaque spectacle, chaque production est ainsi « commenté / révélé » à travers un riche cahier photographique et aussi un témoignage : article de presse suivant la création, récit d’un membre de l’équipe artistique, sous la forme d’un carnet de notes, d’un journal de bord, d’une correspondance, d’une interview…

Tous ces textes sont accompagnés de nombreuses illustrations : photographies de la production, maquettes des décors, esquisses des costumes… En fin d’ouvrage, une annexe reprend la liste de tous les spectacles donnés au Festival depuis 1948.

Ce livre est moins « le miroir du monde » que la mémoire du Festival aixois sous l’ère Foccroule, c’est à dire 12 années de programmation artistique de 2007 à 2018 qui a compté quelques réalisations majeures en terme d’aide à la professionnalisation des jeunes chanteurs, à travers l’académie du festival, et surtout sur le plan de la création et des commandes passées aux auteurs contemporains : à ce titre la réussite de Written on Skin de George Benjamin sous la direction de l’auteur, mis en scène par Katie Mitchell, avec l’Agnès de Barbara Hannigan qui y signait sa première incarnation d’envergure en 2012, reste un aboutissement guère dépassé depuis. La production fait d’ailleurs le visuel de couverture du livre… Expérience réussie renouvelée avec la création française du Monstre du Labyrinthe de Jonathan Dove sous la direction de Rattle en 2015.

Au registre des productions mémorables dévoilant un nouveau regard sur le répertoire, citons parmi les grandes réussites d’Aix en ce début du XXIè siècle : De la maison des morts de Janacek par le duo Boulez et Chéreau (dont c’était alors en 2007 l’avant-dernière mise en scène d’un opéra) ; L’infedelta delusa de Haydn mis en scène par Richard Brunel en 2008, dévoilant le monde onirique et délirant du Viennois, toujours trop absent des scènes ; Götterdämmerung, Le Crépuscule des Dieux de Wagner dirigé par Rattle (à la tête du Berliner) et dans la mise en scène de Stéphane Brunschweig, clôturant en 2009, un Ring qui a permis d’écouter le Berliner dans l’enceinte du Théâtre de Provence… enfin le fabuleux Rossignol de Stravinsky dans la mise en scène époustouflante (avec marionnettes chinoises) du canadien Robert Lepage en 2010 ; Elektra par le duo Salonen et Chéreau en 2013 dont c’était l’ultime mise en scène d’opéra, avec surtout la troublante et si bouleversante Klytämnestra de l’immense mezzo Waltraud Meier ; en 2014, c’est un spectacle minimaliste et dépouillé d’après le Winterreise de Schubert avec Matthias Goerne qui frappe les esprits. Preuve que rien n’égale la justesse d’une voix seule, inspirée, hallucinée, pas même tout un dispositif visuel et scénique fut-il signé par le metteur en scène le plus en vue de l’heure… enfin, confirmation d’un immense talent dramatique suscitant un trouble persistant à chacune de ses fabuleuses prises de rôle, la mélisande de Barbara Hannigan en 2016, aux côtés du Pelléas de Stéphane Degout (dont c’était le dernier chant dans le rôle), dans la mise en scène d’une habituée désormais, Katie Mitchell (Esa Pekka Salonen, direction).

——————————————————————————————————————————————————

foccroulle faire vivre l opera livre actes sud critique classiquenews 9782330096250Livre, critique. L’opéra, miroir du monde – Festival d’Aix-en-Provence 2007/2018 / Beau-livre. Juillet, 2018 / 19,5 x 25,5 / 176 pages –  ISBN 978-2-330-10261-6 – Prix indicatif : 32€. Pour les 70 ans du festival d’Aix-en-Provence et les 12 ans de la direction de B Foccroule (éditions ACTES SUD)  / A noter qu’au même moment, paraît un cycle d’entretiens avec Bernard Foccroulle : “FAIRE VIVRE L’OPERA, Un art qui donne sens au monde” / également édité par ACTES SUD

Comments are closed.