Livre, critique. Bon baisers de Rome (A. Dratwicki) – éditions Actes Sud / Pal B Zane.

Bons-baisers-de-Rome alex dratwicki prix de rome critique livre cd classiquenews palazzetto bru zaneLivre, critique. Bon baisers de Rome (A. Dratwicki) – éditions Actes Sud / Pal B Zane. La Rome dont il s’agit ici est cette « caserne obligée » dont ont souffert les génies romantiques et modernes, de Berlioz à Debussy, sans compter au XXè, le scandale Ravel (1905) qui comme Chausson ou Saint-Saëns, n’eut pas a contrario de ses prédécesseurs, et malgré plusieurs tentatives (couronnées dans le cas de Berlioz), l’honneur de décrocher la timbale romaine. L’enfermement auquel sont contraints les pensionnaires, lauréats du Prix, serait-il le gage d’un conservatisme étroit qui sclérose plus qu’il n’enrichit ? Cette question est au cœur du texte qui interroge la notion d’académisme.

Au final, depuis sa création en 1803, le Prix de Rome pour les compositeurs, malgré le formalisme de son fonctionnement (épreuves puis séjour, enfin les envois pour Paris) s’avère un tremplin éprouvant qui éreinte les assiduités, distinguent les génies des talents complaisants ; sélectionne parmi les plus opiniâtres, ceux qui restent inspirés par la discipline, la contrainte, la commande aux thèmes et genres imposés. Au titre de « bizarreries », le jury et l’Institution ne cessent de casser les tempéraments ; mais la critique et la remise en question des enjeux, au sein même de l’Administration, cultive en permanence un climat d’émulation et de dépassement, lié à la redéfinition constante du terme « académisme ».
On suit pas à pas le quotidien des pensionnaires en leurs soirées … musicales (à l’époque du directeur Ingres qui fut outre le peintre académique célébré pour ses déformations, un mélomane sincère, violoniste et amateur de piano) ; on mesure à quel point pour certains ce qui importe n’est pas tant la présence au Pincio à Rome que la constitution d’un réseau et d’appuis pour réussir ensuite en France et surtout à Paris. D’ailleurs beaucoup questionnent la pertinence de cette école de Rome où les jeunes compositeurs se doivent de pondre des morceaux académiques alors que les modèles inspirants et les maîtres sont … parisiens. L’Italie reste t elle une source d’inspiration pour le génie français ? L’exemple de Palestrina y est « obligé », une source étudiée par contrainte ; en parallèle, la démarche de Saint-Saëns à Paris, redécouvreur de Charpentier et de Rameau semble plus naturelle… C’est que contrairement aux peintres, la proximité des ruines et des statues antiques, si formatrices dans l’acquisition du dessin (copier, comprendre, créer), n’a que peu de lien direct avec le métier de compositeur.
 Ainsi ce Prix de Rome, vendu comme un eldorado et la promesse de célébrité voire de succès lyriques (c’est plutôt Offenbach qui fera représenter nombre de partitions ainsi créées par des pensionnaires romains), ne serait-il pas la source d’un profond malentendu, comme il en fut dans l’histoire française ?
Une érudition claire, documentée qui contextualise avec justesse rendent claire et même passionnante une histoire foisonnante, riche en rebondissements et personnalités contrastées.

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LIVRE, critique. A Dratwicki : Bons baisers de Rome / les compositeurs à la Villa Medicis : 1804-1914 (Actes Sud / Palazzetto Bru Zane – mars 2021). 45 euros 634 pages.

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