LIVRE, annonce. Charlotte Saulneron : LES GRANDS SUJETS D’ACTUALITÉ À L’OPÉRA

saulneron-charlotte-grand-sujets-actualite-opera-critique-annonce-livre-critique-livre-par-classiquenews-l-harmattanLIVRE, annonce. Charlotte Saulneron : LES GRANDS SUJETS D’ACTUALITÉ À L’OPÉRA (L’Harmattan, collection Univers musical). L’opéra est-il encore moderne ? Et les sujets qu’il aborde, nous concernent-ils toujours ? L’intention de l’auteure est claire : » L’opéra détient une dimension universelle qui lui est propre, justifiant que les grands classiques du répertoire assouvissent encore et toujours le spectateur régulier ou néophyte. Pour séduire un large public, de nombreux artistes se fourvoient, en ne dissociant pas ou mal, cette portée universelle par rapport aux sujets d’actualité que l’opéra peut étayer. Associer de grands sujets d’actualité à des ouvrages lyriques bien éloignés de notre époque, c’est évidemment possible, et cela sans les tordre ou les dénaturer. »
On souscrit aisément à cette vision qui rétablit la scène lyrique dans la société des spectateurs qui la regarde : l’opéra représente les archétypes psychologiques et les situations qui racontent les passions humaines. Mais les mythes et les légendes du XVIIè, XVIIIè, XIXè ne font plus rêver et ont moins d’impact auprès des jeunes spectateurs, youtubeurs électrisés, addicts d’autres types de « divertissements »…, donc le XXIè – siècle de la « mal-scène » pour certains, sera donc celui d’une actualisation parfois outrancière que le texte ici tend à défendre quoi qu’il en soit.

Voyez les abus du théâtreux Dmitri Tcherniakov qui n’hésite plus à réécrire le livret original…(dénaturant les oeuvres de Poulenc, Bizet et récemment Berlioz : les Troyens à l’Opéra Bastille), pour rendre l’histoire plus proche (mais pas automatiquement plus lisible) des spectateurs actuels. Il faudrait donc à tout prix reconnecter les planches avec la société : l’opéra doit se brancher directement aux secousses et attentes de la cité. A chacun de juger. L’actualisation produit souvent un décalage qui trahit la partition originale. Le texte ici ne prend pas parti, mais préfère souligner le bénéfice pour les œuvres à être coûte que coûte « actualisées ».
A chaque opéra du passé, son sujet d’actualité. Vous ne voyez toujours rien ? Alors La femme sans ombre de Richard Strauss qui traite selon le librettiste Hofmannsthal de compassion et d’interdépendance des êtres, offre une trame qui permet d’aborder la procréation médicalement assistée… ; le dernier seria de Mozart, La Clémence de Titus de Mozart réactive un fait divers de la petite politique, sous l’ère Macron : l’affaire Benalla ; Nabucco de Verdi relance le sujet des migrants ; plus naturel et légitime, c’est à dire défendable, le cas de La petite renarde rusée de Janacek qui permet d’aborder le thème de la condition animale et de l’écologie. Mais la cerise sur le gâteau est l’opéra de chambre, sulfureux, minimaliste de Britten, Le viol de Lucrèce qui relance l’affaire Weistein et le mouvement #Metoo.
L’opéra ne cesse d’être pour les uns, ce genre qui va mourir. Il reste debout, fier, attractif comme jamais, comme lieu de création le plus spectaculaire et le plus critiqué évidemment. L’opéra reste dans l’actualité, même s’il en souffre parfois. Mais le spectacle vivant en a connu d’autres et ce n’est pas quelques rapprochements et quelques actualisations un rien tirés par les cheveux pour plaire aux metteurs en scène peu scrupuleux, qui le mettront à terre. Que certains y trouvent une source évidente de modernité, de pertinence, d’actualité… Tant mieux. Ce texte qui reste incomplet a le mérite de souligner les tendances actuelles, sans vraiment mesurer des conséquences parfois dommageables pour le genre lyrique. Intéressant.

Docteur en musicologie de l’université Paris-Sorbonne, Charlotte Saulneron s’est spécialisée dans l’opéra en France de la fin du XVIIIe au début du XIXe siècle. Après plusieurs expériences de direction de choeur et treize belles années dans l’enseignement musical, elle a choisi de s’engager vers le secteur administratif de la fonction publique d’Etat auprès du ministère de la Culture. 

Broché – format : 13,5 x 21,5 cm
ISBN : 978-2-343-17178-4 • 18 mars 2019 • 114 pages
EAN13 : 9782343171784
EAN PDF : 9782140116971

Plus d’infos sur le site des éditions HARMATTAN
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=62550

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