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Roberto Alagna, "Je ne suis pas le fruit du hasard

Quête des origines, autobiographie mais aussi confessions, le texte du ténor le plus célèbre de l'heure, offre un bilan de ses débuts, sa carrière, sa vie. C'est le témoignage d'un artiste entier qui ne cache rien des conditions du métier, an particulier lorsqu'il accepte de chanter pour la première fois à la Scala de Milan sous la direction de Riccardo Muti...

Comment devient-on chanteur? Naît-on ténor? Est ce un don isolé ? Autoportrait écrit à la première personne, "Je ne suis pas le fruit du hasard" apporte ses précieux éclaircissements. Robert Alagna y révèle combien il doit à ses ancêtres et à sa famille, ce don exceptionnel qu'il s'efforce de cultiver et de maintenir.
Les origines italiennes, en particulier siciliennes (de Syracuse) de l'artiste expliqueraient-elles ce besoin rétrospectif de reconstituer le portrait des ascendants qui forment aujourd'hui le clan Alagna ?
C'est l'affirmation d'une filiation qui se lit de page et page, naturelle et assumée : Alagna n'est pas le fruit du hasard. Il est l'aboutissement d'une longue tradition perpétuée de génération en génération, où le chant, (et la voix de ténor) occupe une place centrale. A New York où le ténor français chante Faust au Met, surgit l'image de son arrière-grand-mère Antonietta (et celle de son mari, Jimmy, ténor comme Roberto), alors qu'elle était une émigrée au pays de l'oncle Sam, venue de sa Sicile natale. L'artiste en quête d'ascendance et de légitimité, explique avec tact et pudeur, combien la musique et le chant, comme la connaissance du répertoire italien, fut la ligne directrice de la saga familiale.
En dépit des mises en gardes contre la dangerosité d'être ténor, -"les ténors meureunt jeunes... Cela demande tellement d'efforts que le corps ne résiste pas... la voix d'homme normale était le baryton...", le jeune Alagna s'obstine. Caruso, Kraus, Gigli, del Monaco sont des modèles écoutés, analysés, de plus en plus familiers. Pourtant, le chemin vers la reconnaissance sera long et semé d'obstacles. Les premiers coups de pouce du destin se précisent enfin : enthousiasme et appui de la pianiste Elizabeth Cooper pour une audition  à la Fondation de la vocation, amitié de Gabriel Dussurget, première émission avec Eve Ruggieri... C'est aussi l'évolution d'un jeune chanteur en cours d'apprentissage, encore indécis dans le choix d'un répertoire solide et structurant : premiers rôles mozartiens grâce auxquels il apprend l'art des "piani enchanteurs"..., révélation aussi des rôles qui seront les siens pour le futur, Alfredo et Otello...
Le récit se révèle passionnant parce qu'il révèle l'assiduité d'un immense talent qui trouve à force de combattivité, la place et la considération auxquelles il était destiné. Les fans trouveront maintes anecdotes sur le témpérament entier, volontaire, enthousiaste du chanteur.
La succession des chapitres fait paraître les personnalités et les proches qui ont compté dans sa carrière (son professeur Rafael Ruiz, lui-même élève d'Aureliano Pertile) et aussi quelques épisodes imprévisibles (comme sa courte rencontre avec le comédien Luchini...) ou plus naturels (comme son entrevue miraculeuse avec Pavarotti, venu à Paris signer son dernier disque)... Une rencontre "forcée" et judicieuse qui se révélera décisive lors de sa participation pour le concours Pavarotti à Modène. Le jeune  ténor "lirico", d'à peine 23 ans, affine sa technique, peaufine aussi la psychologie des rôles... Premier engagement d'importance : Alfredo pour le Touring Opera de Glynebourne... puis,  obtention du concours Pavarotti en octobre 1988, à Philadelphia, dans les airs de Rigoletto et de La Bohème. Les portes s'ouvrent : école de chant de l'Opéra (dirigé par Michel Sénéchal), nouveau professeur (entre autres de mémorisation) : Simone Féjard...
A l'image de l'interprète lyrique, le texte est riche en anecdotes, palpitant. En mêlant subjectivité et passion du témoignage, avec l'évocation documentaire des périodes traversées et des personnes rencontrées, le texte offre une biographie d'artiste particulièrement réussie, à l'instar d'une autre tout aussi captivante, celle de Renée Fleming ("Une voix" parue chez Fayard).

Parmi les perles du récit, entre autres, son entrevue avec Riccardo Muti qui souhaita l'entendre et l'engager aussitôt pour chanter Alfredo à la Scala. Alagna précise aussi les pressions inouïes dont il fut l'objet alors et qui éclairent d'un jour nouveau la réaction hostile du public lors de sa présence dans Radamèse d'Aïda, sur la même scène milanaise en décembre 2006. Les évocations de ses engagements à la Scala sont sans appel, terrifiantes sur le climat mafieux qui y règne et qui semble tyranniser les chanteurs. Mais il y a aussi la consécration nationale et politique quand le ténor chante La Marseillaire, en juillet 2005, devant le président Chirac et quelques millions de téléspectateurs... Aux côtés de l'ascension de l'artiste et de l'interprète, l'homme fait également entendre sa voie. Roberto Alagna évoque avec pudeur son mariage avec sa première épouse, Florence, la naissance de leur fille, Ornella (Un chapitre entier lui est dédié : "Ornella ma fille")..., rencontre magnétique (Covent Garden, 1992) puis retrouvailles à Paris avec son actuelle épouse, la soprano Anghela Gheorghiu. Les ultimes chapitres évoquent la fragilité d'une voix en prise avec de récents problèmes de santé (en partie cause de son abandon en décembre 2006 sur la scène de la Scala). Mais il y a aussi les projets qui menés avec ses frères David et Frederico, associe l'opéra, la peinture et le cinéma ... Dans le style d'un texte passionné et exaltant, co rédigé "avec la collaboration de Danièle Mazingarbe", Roberto Alagna nous dit combien un bon ténor, et plus génériquement, un grand artiste, est un être vivant que portent sans désemparer, ses projets et ses rêves.  Gageons que le ténor nous en démontrera encore la preuve lors de ses prochaines prises de rôles.


Alban Deags - lundi 1 janvier 2007
Auteur: ALAGNA Roberto
ISBN: 978-2-246-685441-8
Nombre de livre(s): 1
Note de la rédaction: événement
Editeur: Grasset
Collection: -
Parution: janvier 2007
Format: 297 pages
Langue: français
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Les avis des internautes:
 
23/02/2007  - FALCONNET  marie-therese aubigné-racan 72800 France
J'ai lu le livre de Roberto Alagna en une nuit, il est génial, comme tout ce qu'il fait d'ailleurs.La lecture est facile, c'est une vrai saga familiale et cela ferait un très bon scénario de film, je l'ai suggéré à Roberto dans un courrier que je lui est envoyé vers sa boite postale.

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