Antoine Dauvergne
Très judicieusement, l'auteur et l'éditeur choisissent pour visuel de couverture un incendie spectaculaire... qui appelle une renaissance:
l'incendie de l'Opéra au Palais Royal en 1781
par Hubert Robert qui aimait tant la ruine, indique clairement qu'avec
Dauvergne, il s'agit bien d'une rupture. Le compositeur accompagne les
derniers feux de l'opéra français monarchique où perce déjà l'essor du
sentiment préromantique, la clarté nouvelle d'une expression régénérée.
Dauvergne accompagne les bouleversements esthétiques des Lumières à la
Révolution, du baroque au romantisme, de Louis XV, Louis XVI à l'époque
du Comité...
Partisan du genre pathétique et noble, virile et mâle
(son Hercule mourant en fait foi), Dauvergne paraît bien tel le meilleur
continuateur de Rameau, de Mondonville, et aussi, le dernier
représentant du grand genre lyrique... avant la révolution gluckiste.
D'ailleurs comme directeur de l'Académie Royale de musique, recevant la
partition d'Iphigénie en Aulide du Chevalier, reconnaît aussitôt cette
manière visionnaire et nouvelle appelée à tuer l'opéra français pour le
réformer totalement: Dauvergne accepte cette Iphigénie salvatrice, si le
Chevalier accepte d'en écrire 5 autres du même feu par la suite...
C'est dire l'intuition formidable et la curiosité de Dauvergne alors.
Mais les qualités du musicien ne s'arrêtent pas là et méritent
assurémment le développement de ce livre capital en 480 pages: une
sommes d'autant plus opportune qu'elle s'inscrit idéalement au moment
des
Journées Dauvergne 2011 au Château de Versailles, programmées au dernier trimestre 2011.
L'homme est visionnaire; son activité et son acuité, permanentes;
d'autant qu'il occupe tous les postes officiels majeurs dans la France
Monarchiste à Versailles et à Paris (directeur du Concert Spirituel,
directeur de l'Académie Royale de musique...), et ce jusqu'à un âge très
avancé. Il meurt en 1797 à 84 ans! Age vénérable qui lui permet de
vivre les évolutions esthétiques essentielles du XVIIIè, du plein
baroque au classicisme et préromantisme...
Le brillant compositeur, violoniste de formation et de naissance modeste,
s'illustre donc dans le genre de la tragédie en musique et invente
avant Philidor et Grétry, le théâtre comique: ses Troqueurs (qu'on
présenta à l'époque comme l'oeuvre d'un italien séjournant à Vienne)
fixe les premières règles de l'opéra comique. Au génie dramaturgique de
Dauvergne revient aussi la naissance de la comédie légère et du
ballet-pantomime. La somme des sources consultées permet un portrait fin
et très vivant d'Antoine Dauvergne. Outre les précisions sur l'homme et
la personnalité artistique, ses choix et orientations officiels voire
politiques, le texte lumineux, remarquablement documenté, évoque aussi
Dauvergne dans son époque (publication en annexes des descriptions
d'époque concernant le secrétariat de la Maison du Roi; les créations à
l'Académie Royale de musique (jusqu'en 1790); état de la troupe de
l'Opéra en 1788...

Passionnante à ce titre aussi, l'évocation de l'opéra français du XVIIIè "aux portes du romantisme (1780-1790)".
Publié au moment des
Journées Dauvergne à Versailles,
le livre s'impose par sa synthèse et son approche exhaustive du sujet.
L'écriture de Dauvergne à travers ses opéras y est parfaitement
expliquée. Lecture majeure.
Benoît Dratwicki: Antoine Dauvergne (1713-1797). Une carrière tourmentée dans la France musicale des Lumières. Editions Mardaga, Centre de musique baroque de Versailles. ISBN: 9 782804 700829. 480 pages.