Féerie russe

Pour le
centenaire des Ballets Russes (1909-2009),
la Bibliothèque Musée de l'Opéra Garnier présente jusqu'au mois de mars
2010, une rétrospective étonnante dont le catalogue rend compte.
Difficile d'exprimer la rupture et le coup de tonnerre sur le plan
créatif que représentent les Ballets Russes au début du XXè siècle. Il
ne s'agit pas d'une simple proposition chorégraphique refaçonnant l'air
du temps, renouvelant fugacement les tendances de la danse avant et
après la première guerre. De fait, la compagnie de danse fondée par
Serge Diaghilev imprime en profondeur sa griffe dans le domaine des
arts de la scène: décorateurs, plasticiens et peintres, chorégraphes
naturellement et aussi compositeurs... c'est tout un monde visuel et
musical qui s'en trouve définitivement changé. La période de rupture et
de changement, l'esprit révolutionnaire sont ici magistralement
expliqués au travers de l'exposition.

Outil bénéfique, le catalogue recueille
les fruits de la recherche la plus récente,
en particulier celle qui s'appuie sur le fonds des collections
françaises dont la richesse dérive des nombreuses saisons des Ballets
Russes à Paris (Grand Palais, Opéra, Châtelet, Théâtre des Champs
Elysées...), Monaco (Opéra de Monte Carlo), Deauville, Lyon, ...
photographies, planches préparatoires pour costumes et décors,
correspondances fourmillent de détails à réinterpréter aujourd'hui.
Tous confirment le choc culturel qu'a suscité la nouvelle compagnie de
danse dont les chorégraphes sont entre autres, Nijinsky, Fokine,
Massine... et bientôt Serge Lifar.
Les 15 chapitres du catalogue couvrent les divers
champs d'étude, délivrant la richesse de la compagnie qui n'a pas
suscité seulement un nouveau type de spectacles mais surtout affirmer
un nouveau courant esthétique ancré dans la création et la modernité du
langage corporel, mis en correspondance avec les autres arts de la
scène: bilan sur les collections nationales déposées à la Bibliothèque
musée, la collection de Boris Kochno, noyau des dites collections;
approche musicale des Ballets Russes, sources siamoises de l'exotisme
russe des Ballets Russes; chorégraphie de Nijinsky ("
De la ligne parfaite à la folie");
sélection présentée/annotée de lettres de Léon Bakst; oeuvre et apport
d'Alexandre Benoît; premiers photographes des Ballets Russes à Paris;
Jean Cocteau et les Ballets Russes; les arts plastiques dans les
Ballets Russes et dans les Ballets suédois; les saisons parisiennes de
Diaghilev (1907-1914), enfin, étude sur les riches rapports entre les
Ballets Russes et l'Opéra de Paris, alors dirigé par Jacques Rouché...

En complément aux articles de fonds, le catalogue regroupe
plusieurs annexes indispensables
pour la juste compréhension du sujet: dictionnaires des danseuses et
danseurs des Ballets Russes, surtout premier tableau chronologique des
spectacles des Ballets Russes dans le monde (avec indication des lieux
de représentation ou de création, des oeuvres jouées...)
Les Ballets Russes. Catalogue de l'exposition
Les Ballets Russes (Paris, Bibliothèque musée de l'Opéra Garnier, jusqu'en mars 2010).
Editions Gourcuff Gradenigo. 300 pages.
Illustration de couverture du catalogue: Tamara Karsavina dans
L'Oiseau de feu,
(Stravinsky, Fokine, 1910). Illustrations complémentaires: Nijinsky
dans L'Après midi d'un faune (1912), Léon Bakst: Nijinsky dans Narcisse
(Fokine, 1911) © BNF Bibliothèque musée de l'Opéra