Accès abonnés

La Monnaie: programme de Mitridate (octobre 2007)

L'Opéra La Monnaie (Bruxelles) révise sa politique des publications en soignant particulièrement les livrets programmes accompagnant chacune de ses productions lyriques. Le dernier en date, Mitridate de Mozart ( mise en scène: Robert Carsen, jusqu'au 11 novembre 2007)
Non content de publier un nouveau magazine trimestriel d'une heureuse facture (couverture de papier glacé) et d'un tenue éditoriale remarquable, l'Opéra La Monnaie (Bruxelles) a aussi révisé sa politique des publications en soignant particulièrement les livrets-programmes accompagnant chacune de ses productions lyriques. Le dernier en date, Mitridate de Mozart (mise en scène: Robert Carsen, jusqu'au 11 novembre 2007) est à ce titre exemplaire: deux livres complémentaires guident l'entendement du spectateur, heureux de pouvoir ainsi disposer du livret intégral (en noir) dans sa langue originelle (l'italien) et dans sa traduction (Français et Flamand); mais aussi d'un cahier (en rouge) regroupant plusieurs textes d'analyse sur la genèse et les enjeux esthétiques, musicaux, philosophiques de l'ouvrage d'un Mozart encore adolescent. Six articles abordent les facettes d'une partition passionnante qui montre combien le compositeur âgé de 14 ans maîtrisait déjà sa propre conception de la dramaturgie, se souciant toujours de la profondeur psychologique de ses personnages, aux côtés des conventions du cadre seria.

D'après Racine (Mithridate, septième tragédie, 1673), déjà mis en musique par Gasparini (Turin, 1767), le sujet inspire à Mozart son premier opera seria (1770) qui sera ensuite suivi de Lucio Silla (1772), puis Idomeneo, enfin La Clemenza di Tito. Le dramaturge français souligne la figure rebelle du Roi du Pont qui ose défier la grandeur de Rome en Asie mineure, mais aussi l'inquiétude jalouse d'un père désireux d'éprouver la loyauté de ses deux fils, Farnace et Sifare. C'est l'occasion pour Mozart d'aborder un genre encore inédit pour lui, la forme seria, genre théâtral prestigieux dont il reçoit la commande alors qu'il séjourne avec son père Leopold en Italie, du Teatro Regio Ducale de Milan en mars 1770. Le jeune compositeur y découvre le monde factice et artificiel de l'opéra (les deux rôles des fils, Farnace et Sifare sont chantés par deux castrats) auquel il apporte, en génie précoce, sa sensibilité et sa vision à la fois désespérée et tendre des passions humaines. Genèse, écriture, rapports avec les chanteurs véritables vedettes de l'heure ayant leurs caprices et leurs exigences, permettent de retracer les étapes de la formation d'une oeuvre particulièrement aboutie. Mozart y précise sa conception du pouvoir à laquelle il insère les événements émotionnels qui rendent à la vie la figure de Mitridate et de sa famille.
Le lecteur trouvera une note succinte mais complète sur le genre seria, sur la diversité étonnante des arias dans l'opéra, malgré les dures contraintes auxquelles Mozart dut se plier sous la "tyrannie" des chanteurs, en particulier celle du ténor lyrique Gugielmo D'Ettore qui imposa au jeune compositeur les limites de sa virtuosité courte et son manque d'agilité. Enfin, Waut Koeken s'interroge sur les caractères de la mise en scène de Robert Carsen où éthique et esthétique semblent effectivement se réaliser, dans le sillon tracé par Wittgenstein."L'illusion de la scène, ses trucs, ses machnieries, tout cela évoque la vérité. Au sommet de la théâtralité, il dévoile l'ultime réalité". Art et vérité n'ont jamais tant fusionné. Le travail de Carsen le conduit pour chaque ouvrage à "saisir ce que veut le texte, l'expérience que le compositeur souhaite faire naître au travers de sa musique"... A la réflexion sur le verbe et à l'analyse des stratégies psychologiques succède enfin le mode de résolution: "Je pars des mots, mais c'est la musique qui m'inspire les images et les solutions scéniques", précise le metteur en scène canadien. Dans le choix des repères visuels et du sens qu'ils véhiculent, souvent l'esthétisme scénographique désigne chez Carsen, des lieux de souffrance ou des réalités difficiles, phénomène récurrent qui au dernier article de l'ouvrage, donne son titre : "Choquer par la beauté, le théâtre selon Robert Carsen".

Livret (italien, français, flamand. 60 pages), programme (104 pages. Chaque article est traduit du français, en flamand). En complément des articles d'explication, présentation biographique de l'équipe de production, argument, références bibliographiques).

Adrien De Vries - dimanche 11 novembre 2007
Auteur: KOEKEN Waut
ISBN: 00 11 222
Nombre de livre(s): 2
Note de la rédaction: incontournable
Editeur: La Monnaie (Bruxelles)
Collection: -
Parution: octobre 2007
Format: 60 + 104 pages
Langue: Français, Flamand
Donnez votre avis sur ce livre

Les avis des internautes: Soyez le premier à émettre un avis et gagnez peut-être un cd
 
merci de vous authentifier
(réservé aux membres du club)
Envoyer à un ami

votre nom:    
votre e-mail:      
nom du destinataire:    
e-mail du destinataire:      
votre message:    


Nos partenaires



Publicité