LILLE. L’ONL joue l’Europe des Lumières, de Rameau à Boieldieu

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associés étroitement à la vie de l’Orchestre à chaque saison) dans un cycle éclectique qui s’intéresse aux écritures concertantes et déjà symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau… Pleine immersion dans le bain bouillonnant des Lumières, quand le XVIIIè façonne à sa manière l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (écrit à Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuosité et raffinement), rareté d’une exceptionnelle élégance, l’ONL met en lumière le feu mozartien et la sensibilité coloriste d’un Rameau décidément très moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les révélations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux côtés des concerts du répertoire, présentant les œuvres mieux connues des XIXè et XXè siècles.

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idée de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idées et les couleurs en une écriture qui célèbre le génie de la musique pure ; dans son dernier opéra Les Boréades (qu’il ne verra jamais représenté car les répétitions sont annulées au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilité nouvelle au paysage atmosphérique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les Boréades, Rameau imagine les saisons (tempêtes, souffle des vents du nord, incarnés par le dieu aérien Borée et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturés (en une scène de torture d’une violence inouïe, où la reine de Bactriane Alphise est malmenée par Borée et ses fils, Borilée et Calisis, à l’acte V…). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nécessaire pour équilibrer l’architecture de l’opéra, riche en rebondissements et épreuves diverses, Rameau invente véritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opéra : la tempête de l’acte III, qui exprime alors la colère de Borée (lequel enlève Alphise), le paysage dévasté qui s’en suit (début de l’acte IV) indique l’essor poétique de l’orchestre, véritable acteur du drame, qui permet aussi un parallèle éloquent entre l’état de la nature et l’état intérieur et psychique du héros qui est alors en scène (au début du IV, c’est Abaris, aimé d’Alpise qui paraît, démuni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappé Borée et sa clique de vents haineux)…

En homme des Lumières, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volonté et aussi ce mouvement de la sensibilité qui s’intéresse aux modulations de la Nature, en son éternel et cyclique éternité. Le défi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque déjà préclassique et préromantique (résolution des ornements, tenue d’archet, ligne mélodique à partir des temps forts et secondaires, …). L’expérience du chef est ici primordiale pour réussir ce défi de la pratique historiquement informée, qui inféode la technicité à la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIè, à la (re)découverte des compositeurs dont le langage a façonné aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les écritures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage à cette période souvent boudée, où s’est construit l’essor symphonique, préparant aux grandes œuvres du plein XIXè. De sorte que l’on comprend comment tout est né, dans la 2è moitié du XVIIIè, le siècle des Lumières. Le cas de Boieldieu est emblématique de ces auteurs méconnus, oubliés, et pourtant majeurs à leur époque : bravant les aléas politiques de son époque (né sous l’Ancien Régime, vivant sous la Terreur, célébré durant le Consulat et l’Empire, puis estimé des Bourbons, enfin ruiné par la Révolution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opéra dans les trois premières décennies du XIXè, c’es à dire quand perce le génie de Rossini (Le Calife de Bagdad créé en 1800, La Dame blanche de 1825… les chercheurs et producteurs seraient donc inspirés de se pencher enfin sur son cas : un pur tempérament imaginatif, dont le génie éclectique, synthétique mêle premier classicisme, romantisme, héritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini évidemment)…

 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumières
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durée légèrement supérieure à … 20 mn, selon les interprétations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est écrite en juillet 1782, à Vienne, où Wolfgang vient de faire représenter l’Enlèvement au sérail, d’une violence et d’une exaltation émotionnelle inouïe. Il s’agissait alors de célébrer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandé 6 ans auparavant à Mozart (1776) à Salzbourg, une sérénade pour le mariage de sa fille Elisabeth. Malgré une surcharge de travail, Wolfgang à Vienne livre le 3 août 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacité d’un nouvel époux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en ré majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frénésie exaspérée, tempérées ou plutôt canalisées par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de découvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte réconfort et sérénité d’une sérénade toute imprégnée de calme plénitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto à 3/4 indique une extension nouvelle, d’une solidité inédite qui montre le soin de Mozart pour cet épisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractérisations symphoniques, une détente faite élégance et expressivité.
Enfin, le Finale (presto, à 2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire référence à l’air du chef des esclaves Osmin dans l’Enlèvement au sérail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans…). Selon Mozart lui-même, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit être aborder avec tout le feu nécessaire. De toute évidence, le brio, la légèreté embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempérament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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