Les Pêcheurs de perles de Bizet (1863)

Avant Carmen, Bizet trouve la juste couleur dans Les Pêcheurs de Perles (1862)BIZET : Les Pêcheurs de perles. Le jeune Georges Bizet frais moulu du Concours du Prix de Rome, et heureux lauréat, compose plusieurs partitions depuis Rome, dont en 1862, un opéra-comique, le premier en vérité, comprenant des dialogues parlés : La Guzla de l’émir (perdue). Or le compositeur français, doué d’une rare vivacité dramatique, capable déjà de caractériser grâce à un don d’orchestration inouï (qui s’épanouira encore dans Carmen, 12 années plus tard, en 1875), écrit un nouvel opéra, lui aussi comique, donc avec dialogues parlés : Les Pêcheurs de perles (créé au Théâtre Lyrique en 1863). S’y détache immédiatement au premier acte (I), l’air de Zurga et Nadir avec l’alliance emblématique chez Bizet, de la harpe et de la flûte (encore magnifiquement exploité dans l’intermède instrumental, véritable bain de fraîcheur tendre, du II et IIIèmes actes). Plus tard, l’académique un rien sec et sévère, Théodore Dubois dont on veut nous servir depuis quelques années, l’élégance, en réalité décorative, mettra lui aussi en musique le livret des Pêcheurs de Perles, mais… labeur plus lent que Bizet, en 1873. Soit 10 années ce dernier. Car le directeur de théâtre, Léon Carvalho, alors quinqua, a le nez creux et l’intuition heureuse quand il faut repérer un tempérament nouveau, original, puissant et raffiné : toutes les qualités requises chez Bizet qui pourra ainsi, à l’époque où Carvalho dirige le Théâtre Lyrique (1862-1868) faire représenter trois ouvrages majeurs avant Carmen : trois drames aboutis qui succèdent au trop fugace Docteur Miracle, vite joué, vite oublié ; ainsi naissent Les Pêcheurs de Perles, La Jolie fille de Perth, L’Arlésienne.
sri-lanka-ceylan-peintures-homepage-une-presentation-classiquenewsSur l’île de Ceylan, les deux camarades Zurga et Nadir se remémorent leur attraction commune du temps de leur adolescence où ils avaient tous deux courtiser la même jeune beauté: Leïla. Pour ne pas mettre en péril leur amitié, les deux pêcheurs jurent de ne jamais revoir celle qui pourrait risquer de les séparer. Mais Nadir ne peut résister aux charmes de Leïla et s’unit à elle : découverts, ils sont condamnés à mort. Zurga pas jaloux ni revanchard pour un sou, leur permet de prendre la suite à la faveur d’un incendie qu’il a lui-même déclencher. L’extrême raffinement de l’orchestration et la beauté des mélodies (comme Lakmé de Delibes de 1883), convoquent un orientalisme suave et élégant dont Bizet a alors la primeur.

 

 

 

L’AMOUR DE NADIR ET LEÏLA / L’ORCHESTRE DE BIZET

 

Berlioz, présent à la création de 1863, loue l’audace recherchée des harmonies, l’alliance des timbres instrumentaux qui renouvelle la pâte orchestrale ; mais aussi la beauté des chœurs, dont le sommet en serait celui qui conclut le III, où le peuple réclame la mort des jeunes amants, Nadir et Leïla, dans une ambiance survoltée, parsemée d’éclairs et de foudres scintillants à l’orchestre. Bizet unificateur ou architect né, associe les épisodes entre eux en tissant une grande cohérence générale : dès le premier duo Nadir et Zurga, déjà cité, le thème de la déesse réapparaît à 8 reprises ensuite, mais à chaque fois, dans une parure instrumentale et harmonique différente ; jaloux, le jeune Chabrier (22 ans) écrira que Bizet manquait de style, ou bien qu’il les avait tous (c’est à dire citant Gounod, Félicien David, Verdi, …) : dénonçant cet éclectisme flamboyant ailleurs célébré pourtant comme emblème du génie : « en un mot, M. Bizet n’est presque jamais lui et nous le voudrions lui, ca ril peut beaucoup sans le secours des autres ». Donc, l’éclectique Bizet a du génie, d’innombrables styles, sans connaître le sien propre. Mais un autre Prix de Rome, Emile Paladilhe remarque à raisons, le tempérament singulier d’un grand faiseur bizet-georges-jeune-presentation-classiquenewslyrique : précisant ainsi que la partition des Pêcheurs « était bien supérieure à tout ce que font aujourd’hui Auber, Thomas, Clapisson, Reber »… C’est dire. Georges Bizet était enfin reconnu pour ce qu’il était : un visionnaire et un moderne. En approfondissant davantage sa carrure de dramaturge et de poète doué pour les atmosphères et les situations, il allait en 1875, reprendre ce fabuleux métier et l’adapter non sans audace, au réalisme scandaleux de sa Carmen, une héroïne conçue a contrario de bien des anges éthérés, sacrifiés ailleurs, plus Don Giovanni que Lucia ; en rien digne ou noble comme Norma : une cigarière voluptueuse, parfaitement indécente mais fascinante du fait de ce nouveau réalisme. Les Pêcheurs de perles totalisèrent 18 représentations au Théâtre Lyrique. Après l’opéra-bouffe, l’opéra comique, Bizet allait ensuite s’intéresser au grand opéra : Ivan le terrible est évoqué dans sa correspondance dès 1864….

 

 

 

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Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet, à l’affiche de Lille (Nouveau Siècle), puis Paris (TCE), respectivement les 10 et 12 mai 2017, grâce à l’Orchestre national de Lille et sous nouveau directeur musical, Alexandre Bloch. La production réunit une distribution jeune et française, prometteuse, dont Julie Fuchs (Leïla), Cyrille Dubois (Nadir), Florian Sempey, Luc Bertin Hugault…

 

 

D’INFOS, RESERVEZ VOTRE PLACE sur le site de l’Orchestre national de Lille / Alexandre Bloch
http://www.onlille.com/event/201626-pecheurs-perle-bizet-lille/

 

 

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