L’Enfance selon Debussy et Ravel

mikko frank dirigeantFrance Musique, vendredi 15 avril 2016, 20h. Direct. Debussy : L’enfant prodigue. CouplĂ© avec L’enfant et les sortilĂšges de Ravel. En direct de la Maison de la Radio, Mikko Franck et le Philharmonque de Radio France devraient enchanter l’auditoire dans deux partitions lyriques mettant en scĂšne l’enfance. Les deux cycles ont peu de choses en commun, appartenant Ă  deux pĂ©riodes diffĂ©rentes pour ne pas dire contraires, se rapportant respectviement Ă  la carriĂšre de Debussy (jeune) et de Ravel (mĂ»r).

logo_francemusiqueL’ENFANT PRODIGUE. Cantate de jeunesse. Si l’Enfant prodigue est la cantate de jeunesse avec laquelle Claude de France remporte le Prix de Rome en 1884, L’Enfant et les sortilĂšges de Ravel n’a rien d’une partition acadĂ©mique et encore imparfaite : c’est l’offrande la plus ciselĂ©e du compositeur impressionniste Ă  l’art thĂ©Ăątral, alors au moment de sa maturitĂ© trĂšs influencĂ©e par le jazz et d’aprĂšs un livret de Colette (1925). LIRE notre dossier L’Enfant et les sortilĂšges de Maurice Ravel.

La cantate crĂ©e dans une version pour piano et voix sera orchestrĂ©e plus tard en 1907 avec le concours de Caplet. Bien qu’anecdotique et trĂšs reprĂ©sentative de l’art officiel acadĂ©mique tant favorisĂ© par le jury du Prix de Rome, L’Enfant prodigue dĂ©voile cependant le raffinement harmonique et des mĂ©lodies Ă©tonnamment sensuelles dont est dĂ©jĂ  capable le jeune compositeur bientĂŽt laurĂ©at.
Encore Ă©lĂšve au Conservatoire de Marmontel et d’Ernest Guiraud, Debussy se prĂ©sente pour la seconde fois en 1884 au Prix de Rome, organisĂ© par l’Institut.
L’oeuvre es tle fruit d’un travail artificiel, menĂ© par un apprenti musicien qui n’a pas encore eu sa rĂ©vĂ©lation de Wagner, de Moussorsgki et n’est pas encore le grand crĂ©ateur qu’il sera. AgĂ© de 22 ans (nĂ©e Ă  Saint-Germain en 1864), Debussy aborde le thĂšme coventionnel et obligĂ© de l’Enfant Prodige (comparable au Fils Prodigue auparavant traitĂ© par les compositeurs baroques dont Ă©videmment l’excellent Marc Antoine Charpentier…). Le jeune Debussy a Ă©tĂ© le protĂ©gĂ© de la protectrice de Tchaikovski, la comtesse Nadejda von Meck qui l’engage comme pianiste et professeur de musique pour ses enfants et pour ses concerts privĂ©s. Le jeune musicien accepte aussi des Ă©lĂšves dont la belle Marie Vasnier, dont l’Ă©poux EugĂšne pousse le jeune homme Ă  se prĂ©senter au Concours du Prix de Rome. S’il paraĂźt prestigieux, l’obtention du Premier Prix pousse Debussy Ă  un exil italien non consenti : la mort dans l’Ăąme le rebelle favorisĂ© se plaint d’un sĂ©jour Ă  la Villa Medicis, dĂ©sagrĂ©able et proche de l’enfer. Il mĂ©prise l’Institution qui lui apporte nĂ©anmoins un statut de compositeur dĂ©butant mais reconnu. D’ailleurs, ses envois de Rome, destinĂ©s Ă  ĂȘtre crĂ©Ă©s Ă  Paris sous la coupole de l’Institut et souvent dans des conditions indignes, sont jugĂ©s avec froideur par les autoritĂ©s qui l’avaient Ă©lu : Debussy non sans provocation et pour rĂ©gler ses comptes avec le systĂšme acadĂ©mique, livre des partitions “bizarres, inexĂ©cutables…”. En Italie, le Français dĂ©couvre cependant les beautĂ©s envoĂ»tantes des messes de Palestrina et Lassus, ainsi que Liszt Ă  l’occasion d’une brĂȘve et mĂ©morable rencontre. De retour Ă  Paris en 1887, aprĂšs 3 annĂ©es de calvaire, Debussy se lie avec les poĂštes symbolistes, MallarmĂ© et Pierre Louys. Ses prochaines conquĂȘtes dĂ©cisives pour la maturation de son art, demeurent Le gamelan javanais dĂ©couvert Ă  l’Exposition Universelle de 1889 et surtout Wagner, Ă©coutĂ© alors Ă  Bayreuth, source d’un choc esthĂ©tique dont il tentera toujours de s’Ă©loigner (sans vraiment y parvenir comme en tĂ©moigne son opĂ©ra PellĂ©as de 1902).

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