Lectures d’été : que lire, qu’écouter cet été sur la plage ?

ttt

L'été, la plage ...

CLIC D'OR macaron 200
Chaque été, les rédacteurs de CLASSIQUENEWS sélectionnent cd et livres à emporter pour la plage. Voici pour les deux catégories de notre florilège (cd et livres), nos 11 titres incontournables pour ne pas bronzer idiot et accorder détente avec connaissance… Chacun des cd et livres sélectionnés a reçu le CLIC de classiquenews, distinction émise par nos rédactions, discernant l’excellent voire l’exceptionnel parmi les très nombreuses parutions que nous recevons chaque mois.

5 CD à écouter d’urgence

Chopin 24 preludes critique compte rendu classiquenews Maxence Pilchen piano 1 cd PARATYCD. Compte rendu critique. Chopin : 24 Préludes. Maxence Pilchen, piano (1 cd Paraty). Voici une nouvelle lecture des 24 Préludes de Chopin qui va compter.  Allusif et pudique, le pianiste franco-belge Maxence Pilchen inscrit la matière musicale dans l’intime, révélant de nouvelles perspectives émotionnelles dans le jaillissement contrasté des séquences enchaînées. Versatile, volubile mais puissamment intimiste, le jeu ouvre tous les champs de la conscience et de la mémoire en retissant les liens profonds et les images souterraines qui font des 24 Préludes, ce fond miroitant des sentiments les plus secrets.  En plongeant dans les eaux de la psyché, le pianiste franco belge rétablit la part prodigieusement humaine du cycle. Magistral.

karajan the opera recordings deutsche grammophon 27 operas oratorios compte rendu critique cd classiquenews CLIC de juin 2015CD, coffret. Karajan : the opera recordings (Deutsche Grammophon). Voici une somme discographique considérable et qui compose l’intégrale des opéras enregistrés par Herber von Karajan chez Deutsche Grammophon : c’est donc l’une des parts importantes du Graal lyrique de DG. Le coffret est aussi somptueusement édité (avec hélas pas de traduction en français des importantes contributions du livret d’accompagnement, c’était déjà le cas du précédent coffret Karajan, dans son habit rouge , autre somme de 78 cd absolument incontournable et tut autant remarquablement édité : Karajan 80s / Karajan : les années 1980). Qu’importe la nouvelle boîte magique réunit 27 ouvrages (26 opéras proprement dits, dont 2 ouvrages doublonnent Tosca et Der RosenKavalier offrant une possibilité de comparaison passionnante + l’oratorio La Création de Haydn), autant d’enregistrements à écouter d’urgence pour se nettoyer les oreilles et comprendre le legs du plus grand chef lyrique autrichien du XXè, aux côtés de Böhm (dont DG nous gratifie aussi simultanément, en juin 2015, d’un coffret dédié à ses derniers enregistrements symphoniques avec le Wiener Philharmoniker, la Staatskapelle de Dresde entre autres, dont la 9ème de Beethoven, le Requiem de Mozart, les Symphonies de Mozart, Schubert, Bruckner : Karl Böhm – Late recordings : Vienna, London, Dresden, 23 cd Deutsche Grammophon).

Bernstein sibelius  remasterised edition the symphonies 7 cd sony classical compte rendu critique cd classiquenews juin 2015 sony88875026142CD. Coffret événement. Sibelius : the Symphonies, remastered edition (Leonard Bernstein, 1960-1966, 7 cd Sony classical. Leonard Bernstein, – comme c’est le cas de Mahler, est le premier chef à s’intéresser spécifiquement aux Symphonies de Sibelius : voici réédité en version remastérisée, le cycle des 7 Symphonies du compositeur finnois, première intégrale enregistrée au disque par le maestro quadragénaire (Bernstein est né en 1918). Depuis Anthony Collins dans les années 1950, et surtout Serge Koussevitsky pionnier et créateur pour Sibelius, il n’existait pas de cycles symphoniques dédiés aux Symphonies de Sibelius, en particulier de corpus spécifiquement enregistré. L’épopée visionnaire et fondatrice de Leonard Bernstein pour l’intégrale des Symphonies de Sibelius, en complicité avec le Philharmonic de New York, remonte à mars 1960 (7ème) et jusqu’à mai 1967 (6ème). C’est la première intégrale de l’histoire du disque.

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilège (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants éditions). Forts d’une intégrale donnée en concert depuis 4 années, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette éloquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poétique. Soucieux du verbe, de son intensité comme de sa couleur et de son intelligibilité, une vraie complicité collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, édités en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour à la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation à Crémone auprès de son maître Ingegneri, plutôt conservateur, fait éclater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libérer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus près, les vertiges émotionnels des poèmes choisis. Esthétique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc révélé, ce chemin qui mène à … l’opéra.

campra-tancrede-cd-alpha-olivier-schneebeli-isabelle-druet-critique-du-cd-CLIC-de-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Campra : Tancrède, version 1729. Orchestre Les Temps Présents & les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Olivier Schneebeli, direction. Travail exceptionnel sur l’articulation du texte, l’un des livrets les plus forts et “viril” du compositeur (signé Antoine Danchet) qui renoue ainsi avec la coupe noble et héroïque de son aîné et modèle Lully (aidé du poète Quinault). Tous les chanteurs excellent dans la projection naturelle et souple du français et Olivier Schneebeli ajoute les inflexions dramatiques et sensuels d’un orchestre destiné à exprimer les passions de l’âme, en particulier la passion naissante des deux guerriers opposés : le chrétien Tancrède et la Sarrazine Clorinde. Ici l’opéra français égale sinon dépasse l’impact expressif du théâtre classique parlé et déclamé de Racine. S’y glissent et triomphent aussi les divertissements, instants de grâce qui alliant choeurs, ballets, et séquences portés par les seconds rôles, apportent ces détentes propices, véritables temps de pure poésie entre des tableaux à l’épure tragique d’une tension irrésistible. Saluons dans ce sens les deux dessus au verbe ciselé autant qu’au jeu d’une solide justesse (Anne-Marie Beaudette et en particulier Marie Favier au timbre rond et palpitant). Chacune de leur prestation fait mouche, les divertissements gagnent un surcroît de profondeur. Tout concourt à tisser le lent et inéluctable fil tragique vers la mort de la sublime guerrière, Clorinde.

NOS 6 LIVRES pour la plage

 

jessye norman tiens droite et chante biographie de jessye norman préface de James Levine en fevrier 2014 CLIC de classiquenews compte rendu critique du livreLivres, compte rendu critique. Jessye Norman : « Tiens-toi droite et chante ! » (Fayard). Moins autobiographie que mémoires au fil de l’humeur et des thématiques qui lui sont chères, le texte de Jessye Norman reste surtout un “merci” à la vie, une profession de foi, un hymne aux valeurs humaines supérieures qui permettent de rendre notre existence et notre monde meilleurs… Si tant est que nous puissions influencer le cours des choses. Dans le cas de la diva américaine dont la carrière débute en 1960 et s’achève officiellement à la fin des années 2000, la détermination et l’optimisme (“tiens toi droite et chante!”) sont un moteur exceptionnel pour réaliser les rêves d’accomplissement d’une voix phénoménale. Pourtant l’itinéraire de cette enfant née à Augusta en Georgie, outre ses dons vocaux prodigieux, traverse des événements politiques et sociétaux majeurs qui ont marqué l’après guerre : dans son pays, les lois racistes et la ségrégation qui ont suscité tout un mouvement populaire pour l’égalité des citoyens américains ; puis jeune cantatrice passée à Berlin dans les années 1960, écoutes discrètes et loi du secret comme du soupçon à l’époque de la guerre froide. Il faut lire ses souvenirs d’enregistrements à Dresde par exemple pour comprendre le climat et les conditions d’une époque troublante et surréaliste.

 

 

fayard art de la fugue jean sebastien bach compte rendu critique classiquenews clic ete 2015Livres, annonce. Martha Cook : L’art de la fugue (Fayard). Dernier grand œuvre de Jean-Sébastien Bach, L’Art de la Fugue se dévoile ici, sous une plume particulièrement argumentée et documentée, sous un double aspect : sa perfection musicale, le témoignage qu’il constitue manifestant comme nul autre œuvre dans la catalogue du Cantor, la ferveur d’un Bach, inspiré, perfectionniste, mystique et intellectuel, musicien et sincèrement croyant à défaut d’être comme Kuhnau, véritable érudit de la question religieuse, théologue. Sa bibliothèque théologique est digne d’un pasteur avisé, critique, actif. L’unité de l’oeuvre nous offre une totalité esthétique et musicale qui interroge la forme musicale et plus loin, le sens de la composition dans le cas de Bach, génie baroque. Partition abstraite quelle est au juste sa destination (clavier – clavecin, orgue ? orchestre ? quatuor à cordes ?) ? Quelle est sa genèse ? et comment expliquer sa dernière pièce laissée inachevée par Bach pourtant soucieux de perfection et d’achèvement de ses propres oeuvres ?

Beaux-livres. Opéra Garnier (Éditions de La Martinière). 290 photographies composent la valeur visuelle de ce beau-livre édité en format carré par les éditions de La Martinière. Un portfolio de vues et clichés remarquables, signé par le photographe Jean-Pierre Delagarde dont on ne saurait trop louer le sens de la composition et du détail. Jamais l’Opéra Garnier n’a paru mieux chatoyant, plus précieux, chromatiquement inventif… certes prouesse architecturale et technologique, mais aussi d’un fini aussi parfait qu’une œuvre d’art ou un meuble luxueux, tel un immense cabinet de curiosité. Le dessin général des volumes n’affecte en rien la richesse du décor de surface, ses matières clinquantes et précieuses, dans toutes les disciplines (peintures, sculptures…). De sorte que l’on redécouvre ici comment le Palais de Charles Garnier concentre l’excellence des arts français propre aux années 1870.

la martiniere opera garnierAu détour d’une page, mieux que sur place – car l’œil est toujours distrait par une myriade d’éléments présents, le cahier photographique dévoile des détails dont on loue à juste titre la pertinence, dévoilant elle-même la cohérence et l’unité globale : dans la couloir de la salle de spectacle, les bustes sculptés des compositeurs dont l’oublié Félicien David ; au plafond peint par Chagall, comme une mise en abîme : la propre façade de l’opéra Garnier, telle une boîte rougeoyante d’où jaillit surdimensionné le groupe sculpté en façade, la Danse de Carpeaux… ; le profil des renommées de Barthélémy : sublimes allégories suspendues toute d’or vêtues … Si l’on se délecte tout autant de la fameuse ceinture de lumière à l’extérieur, bientôt totalement rénovée (comptant des sculptures non moins remarquables dont le livre, notre seule réserve, se montre étrangement économe), ce sont aussi les luminaires de la salle, du foyer, qui font vibrer les matières et les couleurs des espaces…

Layout 1LIVRES, compte rendu critique. Parodier l’opéra : pratiques, formes, enjeux (Editions espaces 34). Nouveaux champs de recherche théâtrale. L’on ne saurait trop insister sur le vaste mouvement défendu par les chercheurs actuels, et qui depuis 10 ans à présent ressuscite l’activité foisonnante de la scène comique et parodique dans la France Baroque. En particulier celle du XVIIIè. Des colloques en nombre, des spectacles présentés en public, d’autres plus expérimentaux en complément des conférences et débats des chercheurs attestent d’une spécificité française à l’âge des Lumières : l’irrévérence critique et créative.  Au-delà des querelles économiques et des guerres entre les théâtres, la France multiplie le renouvellement des genres. Sommer de ne pas concurrencer, forcée au génie de l’invention et du renouvellement, la Foire réinvente l’opéra et la forme théâtrale musicale du XVIIIème siècle.

gould-glenn-dargaud-une-vie-a-contretemps-dargaud-presentation-critique-classiquenews-juillet-2015BD. Glenn Gould, une vie à contretemps. Sandrine Revel (Dargaud). GOULD en BD… Génie du Piano, visionnaire hypocondriaque et agoraphobe au point de s’isoler dans l’intimité du studio, le pianiste canadien Glenn Goudl, décédé en 1982 à 50 ans, laisse un héritage au disque aussi phénoménal et majeur que celui d’un Karajan. Ses Variations Goldberg de 1957 demeurent le plus grand succès à la vente chez Columbia. Qui était l’homme ? Quels ont été ses obsessions, ses phobies, sa quête mêlant idéal musical et sécurité absolue ? Il se disait homme de communication avant d’être pianiste. Un comble pour un être qui n’a cessé de se dédier à son esthétique personnelle et solitaire, loin des performances collectives en public, dans le silence de la nuit. En 128 pages, à la fois documentaires donc réalistes, mais aussi oniriques révélant les rêves intérieurs du pianiste énigmatique, Sandrine Revel sait captiver l’intérêt du lecteur. Y a t il un mystère Gould ? Oui assurément, et par l’image et le texte, l’auteure en dévoile l’épaisseur, les manifestations polymorphes,  plus que le contenu. LIRE notre critique développée dans le mag livres, cd, dvd de classiquenews.com

BD. Glenn Gould, une vie à contretemps. Sandrine Revel (Dargaud 9782205070903). Parution : printemps 2015.

LIVRES, compte rendu critique. Lettres et musique : l’Alchimie fantastique. La musique dans les récits fantastiques du Romantisme français (1830-1850). Textes rassemblés, annotés et présentés par Stéphane Lelièvre. Editions Aedam Musicae. Dans le sillon du modèle pour tous, l’Allemand E.T.A. Hoffmann (1776-1822), -le romantisme en littérature n’est-il pas venu d’Outre-Rhin, depuis Goethe?-, voici un premier choix d’auteurs français inspirés par le fantastique, où la musique tient une place motrice dans la construction narrative. Un fantastique musical naît dans la littérature française entre 1830 et 1850 : ” Le fantastique appelle l’élément musical, tout comme la musique impose la tonalité fantastique, cette union féconde permettant l’avènement d’un genre particulier : le récit fantastico-musical “, rappelle Stéphane Lelièvre qui a rassemblé, annoté, et présente l’ensemble des textes.

lettres et musique alchimie fantastique stéphane lelievre editions aedam musicae critique presentation classiquenews juillet 2015Outre ses écrits, la figure artistique, prométhéenne d’E.T.A. Hoffmann, “musicien, dessinateur, décorateur et écrivain, auteur des Fantaisies dans la manière de Callot, des Contes Nocturnes ou du Chat Murr” fascine tout un courant de la littérature française (- comme Mary Shelley dans le cas du Charles Rabou, dans son excellent portrait d’artiste : Tobias Guarnerius de 1832). Les auteurs conçoivent la musique, expérience sociale ou pratique personnelle comme l’immersion dans un monde surréel où des forces mystérieuses soumettent les âmes vulnérables jusqu’à leur mort : fascination, possession, … le diable paraît naturellement dans cet échiquier trouble où les acteurs manipulateurs avancent masqués. Les textes relèvent de ce fantastique qui mêle réalité et rêve, jaillissement d’une psyché méconnue, amour et mort, où à l’énoncé musical (les deux notes) surgissent les gouttes d’un sang contraint d’être versé. La vie coule et se consume à mesure que l’acte musical s’accomplit… et tout idéal artistique en particulier musical ne peut s’expliquer que par l’intervention non divine mais… diabolique. Le fantastique noir règne ainsi sans partage dans une esthétique littéraire et poétique particulièrement féconde en rebondissements dramatiques (c’est aussi le genre qui inspire les pages les plus saisissantes ici réunies). La possession des âmes reste  le but suprême d’un pouvoir tout entier dédié à la barbarie sourde et silencieusement destructrice. Dès lors, Les Contes d’Hoffmann semblent être sur la scène lyrique, l’accomplissement de cette riche tradition (la frêle Antonia invitée à chanter jusqu’à la mort en un rituel macabre et sublime à la fois,  est préfigurée ici dans l’admirable conte de Frédéric Mab, “Les Cygnes chantent en mourant“, l’un des textes les plus complets et les plus fascinants du courant littéraire). Le lecteur pourra y goûter certaines nouvelles peu connues de Sand ou de Dumas. Bien sûr les connaisseurs, savent l’apport d’un Nerval, Gautier, surtout de Balzac dont les 3 nouvelles sur la musique – Gambara, Zambellina, Massimila Doni, de 1837/1838, incarnent un triptyque exemplaire, un absolu inégalable.

 

 

 

Sélection opérée sous la conduite d’Adrien De Vries, responsable de la Rédaction Livres de classiquenews.com

Comments are closed.