Lecocq : Ali-Baba à l’Opéra-Comique

Paris, Opéra-Comique. Charles Lecocq :  Ali Baba. 6 dates, du 12 au 22 mai 2014.  Charles Lecocq (1832-1918) mérite mieux qu’une estime polie, celle nourrie par son seul opéra aujourd’hui montée par les salles lyriques du monde : La fille de Madame Angot (1872), perle comique et tendre aussi enivrée enchanteresse que les opérettes de Strauss que Lecocq à bien des égards préfigure. C’est dire le talent du compositeur dont l’Opéra Comique présente jusqu’au 22 mai 2014, un ouvrage méconnu, Ali-Baba (Bruxelles, 1887), aussi réussi que La Fille de Madame Angot et qui promet une autre résurrection souhaitée déjà, celle du petit Duc, autre joyau à redécouvrir.

charles-lecocq caricature de MolochCréée en Belgique avant la guerre, La Fille de Madame Angot n’investit la scène de l’Opéra-Comique quelques semaines après la fin de la première guerre, en décembre 1918, Lecocq était mort en octobre à 86 ans. L’élève du prix de Rome Eugène Crèvecœur -professeur d’harmonie au Conservatoire-, Lecocq, proche de Chabrier sait affirmer en dépit d’une existence personnelle éprouvante, un vrai tempérament dramatique. Il assimile très vite à Paris les leçons aussi de Halévy : les débuts remarqués ne tardent pas. Sa version du Docteur Miracle séduit illico Jacques Offenbach qui en avait soufflé l’idée et monte le spectacle dans son théâtre des Bouffes-Parisiens avec la proposition simultanée et tout autant appréciée de… Bizet (1856).
Avec la Commune, Lecocq fuit Paris à feu et à sang pour Bruxelles où son écriture trouve un public enfiévré : La Fille de Madame Angot (1872) y trouve un succès plus grand encore que Les cent Vierges, présenté quelques semaines plus tôt. Suivront une série de succès et réussites non moins attachantes dont surtout Le Petit Duc, le jour et la nuit… Dès le début des années 1890, celui qui porte aux nues les “anciens” tels Méhul Grétry jusqu’à Rossini, mais aussi Meyerbeer et Gounod, s’entend probablement qu’il avait tout donné, avoue lui-même être moins intéressé par ses œuvres que par celles des autres.
Ali-Baba est créé à Bruxelles dès 1887, puis à Paris à Eden-Théâtre (actuel Athénée) en novembre 1889. A 57 ans, Lecocq est au sommet de son art. La féerie lyrique frappe par la grâce et l’élégance de son écriture, inspirée, fine et subtile. L’exotisme est à peine présent tant Lecocq soigne surtout le raffinement de chaque profil psychologique : ici, le pauvre travailleur Ali, qui va bientôt se faire expulser par son cousin l’intraitable Cassim, déclare son amour à sa belle servante Morgiane. Entre temps, Ali se refait une santé financière en ayant dérobé le butin des 40 voleurs. Au moment de la saisie de ses biens et alors que sa fidèle servante Morgiane allait être vendue, le nouveau riche paye comptant et emporte les enchères. Si la légende orientale fait d’Ali Baba un époux et un père, l’opérette de Lecocq le fait célibataire, éprouvant plusieurs obstacles (les agissements de Cassim et de Zizi, nouveau personnage prêt à tout pour sauver les intérêts de la bande de voleurs à laquelle il appartient). Autant d’avatars d’un conte à tiroirs, qui mènent peu à peu Ali vers la belle Morgiane qu’il épouse en fin d’action (III).

L’argent facile ou l’amour miraculeux ?

Enrichissement rapide, l’histoire met en scène les rapports à l’argent et aussi aux purs sentiments : l’amour véritable qu’incarne Margiane tempère l’attraction de l’or et des richesses. Contrairement à Ali Baba (qui reste un cœur simple et pur malgré son contact à l’or), son cousin Cassim reste obsédé par l’appât du gain : lui aussi par ruse, dérobe le secret de la formule magique (détenue par Ali : “Sésame ouvre toi”) : il s’offre un bain d’or… pour en être définitivement prisonnier. En revanche, la richesse d’Ali ne l’empêche pas de demeurer tel qu’il est et d’être toujours digne de l’amour que lui porte Margiane. La production présentée par l’Opéra Comique devrait convaincre grâce au couple de chanteurs annoncé : Sophie Marin-Degor et Tassis Christoyannis, dans les rôles humains attachants de Margiane et d’Ali Baba.

Entre les délurés Offenbach et Hervé, Lecocq sait cultiver toujours un bon goût que l’Opéra-Comique entend désormais préserver : chaque saison nouvelle, une redécouverte majeure. Ali-Baba devrait s’inscrire au nombre des réussites d’une programmation parisienne qui ayant trouver son public, a toute sa place.

Charles Lecocq :  Ali Baba
Paris, Opéra Comique
6 dates, du 12 au 22 mai 2014

OPÉRA-COMIQUE en trois actes et huit tableaux. Livret d’Albert Vanloo et William Busnach.
Créé le 11 novembre 1887 au Théâtre Alhambra de Bruxelles.
Direction musicale, Jean-Pierre Haeck
. Mise en scène, Arnaud Meunier. Distribution : Sophie Marin-Degor / Judith Fa, Christianne Bélanger, Tassis Christoyannis, Philippe Talbot, François Rougier, Mark van Arsdale, Vianney Guyonnet, Thierry Vu Huu.
Chœur, accentus / Opéra de Rouen Haute-Normandie
Orchestre, Opéra de Rouen Haute-Normandie

Informations, réservations sur le site de l’Opéra Comique, Salle Favart à Paris

 

 

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