Le Zarathoustra de Richard Strauss

logo_francemusiqueFRANCE MUSIQUE, STRAUSS : ZARATHOUSTRA. Jeudi 21Richard Strauss, un "gĂ©nie contestĂ©" dĂ©cembre 2017, 20h. Le fabuleux Lever du jour du poĂšme que Richard Strauss dĂ©die au Zarathoustra de Nietzche, continue de marquer les esprits cinĂ©philes, amateurs de science fiction, ceux qui se souviennent entre autres du non moins lĂ©gendaire film de Kubrick, 2001 l’OdyssĂ©e de l’espace. On ne peut plus guĂšre Ă©carter de l’écoute de la partition, le souvenir impĂ©rissable que laissent les images du rĂ©alisateur, associĂ©es Ă  l’exceptionnel dĂ©lire orchestral de Strauss. c’est un portique qui fait reculer les frontiĂšres et les limites suggestives de l’orchestre : un acte violent aussi, et conquĂ©rant, par lequel le jeune symphoniste, qui prolonge ainsi la tradition du poĂšme symphonique hĂ©ritĂ© de Liszt, au delĂ  d’un accomplissement formel. Dans Zarathoustra, le Richard Strauss trentenaire, montre une maturitĂ© musicale saisissante qui annonce le futur immense auteur d’opĂ©ras. Ceux du XXĂšme siĂšcle.

Zarathoustra opus 30
TerminĂ© fin aoĂ»t 1896, le poĂšme symphonique Ainsi parlait Zarathoustra est crĂ©Ă© en novembre de la mĂȘme annĂ©e sous la direction de l’auteur. Le plan de Strauss n’est pas une traduction musicale scrupuleuse de la pensĂ©e de Nietzsche, mais plutĂŽt l’évocation de la destinĂ©e humaine, des origines au Surhomme, en une vision synthĂ©tique, positive voire superlative, dĂ©fendue par le philosophe ami de Wagner. A l’incantation dynamique de l’écrivain, “nous avons trop longtemps rĂȘvĂ©, nous voulons devenir des rĂȘveurs Ă©veillĂ©s et conscients”
 le compositeur rĂ©pond en un geste ambitieux qui est aussi une dĂ©claration esthĂ©tique pleinement assumĂ©e.
Il s’agit bien d’un Ă©veil voire d’un sursaut qui passe ainsi par la musique. Rien de plus stimulant pour un jeune compositeur alors ĂągĂ© de 32 ans. Cet appel Ă  une hyperconscience est d’abord inscrit dans les effectifs: l’orchestre y est particuliĂšrement Ă©toffĂ© (bois par quatre, cors par 6, associĂ©s Ă  4 trompettes, 3 trombones, 2 tubas basses, 2 harpe, 1 orgue
 entre autres!).

‹Musique du Surhomme
FidĂšle Ă  l’idĂ©e d’un dĂ©veloppement proche de la pensĂ©e philosophique, Strauss fait se succĂ©der 8 sections, chacune intitulĂ©e minutieusement: l’ouverture est un portique solennel et grandiose, signe annonciateur de la conscience ciblĂ©e dĂšs le dĂ©part; au coeur de ce magma qui prend forme, se prĂ©cise l’antagonisme entre l’ut majeur symbolisant la Nature mystĂ©rieuse, envoĂ»tante et impĂ©nĂ©trable (4 trompettes :- ce qu’exprime aussi Gustav Mahler dans ses propres symphonies contemporaines), et le si mineur qui incarne l’esprit humain, interrogatif, provocateur, critique, agent de la pensĂ©e active: l’homme s’interroge sur le sens d’une vie, l’issue mortelle de sa condition terrestre; au sommet de ses doutes et de ses angoisses (7), le hĂ©ros qui s’est constituĂ© ainsi en Surhomme se dĂ©livre des passions et des dĂ©sirs, se fond dans la ronde de l’univers (danse salvatrice, Ă  la fois sensuelle et structuratrice).
Si, dans le dernier Ă©pisode (8: le chant du voyageur dans la nuit), le hĂ©ros aspire dans un Ă©lan de sublimation, jusqu’à l’éternitĂ©, Strauss ajoute aussi une note trouble: il colore in fine les derniers accords du souvenir de la nature par des accords dissonants, irrĂ©solus
 le doute n’est jamais Ă©teint dans le coeur de l’homme, eĂ»t-il ambitionnĂ© devenir ce Surhomme proclamĂ© par Nietzsche. Comme pour Wagner, l’aspiration au dĂ©passement du moi dĂ©fendu par Nietschze, ne pouvait que stimuler l’ego crĂ©ateur si dĂ©bordant de Richard Strauss, l’un des crĂ©ateurs symphonistes les plus novateurs de son temps, le plus grand dĂ©miurge symphoniste avec le dĂ©jĂ  citĂ© Gustav Mahler pour l’orchestre

Outre l’ampleur et la modernitĂ© de son dĂ©veloppement formel, l’opus 30 straussien est l’un des manifestes musicaux les plus aboutis dans la carriĂšre du musicien. Zarathoustra amorce la production orchestrale du maĂźtre bavarois en particulier les Ɠuvres maĂźtresses: Une vie de hĂ©ros (1899) puis la Symphonie alpestre (1915). Mais alors, douĂ© d’une autre conscience et d’une pensĂ©e qui n’a jamais affaibli son exigence, le compositeur avait franchi le cap du XXĂš siĂšcle. Strauss, armĂ© d’une langue classique, est un moderne.

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France Musique, jeudi 21 décembre 2017, 20h. Concert symphonique.

Franz Liszt / Heinz Holliger
Nuages gris
Unstern
transcriptions pour orchestre

Franz Liszt
Concerto pour piano et orchestre n°2
Jean-Yves Thibaudet, piano

Richard Strauss
Ainsi parlait Zarathoustra

Orchestre National de France
Emmanuel Krivine, direction

Concert donnĂ© le 16 novembre 2017 Ă  20h Ă  l’Auditorium de la Maison de la Radio Ă  Paris.

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