La Flûte enchantée de Mozart version Castellucci

mozart wolfgang _doris_stockminiarte_logo_2013ARTE, Dim 2 déc 2018, 01h20. MOZART : La Flûte Enchantée. Romeo Castullucci. Il était une époque (heureuse) où la chaine culturelle portait bien son nom et programmait des opéras en prime time. A présent il faut attendre le milieu de la nuit pour visionner les productions lyriques. Comme cette Flûte de Mozart, enregistrée à Bruxelles (La Monnaie) et qui a fait les honneurs de l’actualité entre autres grâce à la mise en scène de Romeo Castellucci, bien connu à présent pour ses créations visuelles d’une portée onirique parfois spectaculaire (cf son Parsifal de 2001, LIRE notre critique complète du dvd PARSIFAL par Castellucci), grâce aussi à la plus mozartienne de nos coloratoures françaises, Sabine Devielhe (qui aura quand même raté sa prise de rôle de Zerbinetta dans Ariane à Naxos de R Strauss cet été à Aix en Provence, juillet 2018), qui chante à Bruxelles, le tempérament hystérique (calculateur) de la Reine de la nuit.
Présentée en octobre 2018, la production surprend et fascine à la fois car elle prend ses distances avec le singspiel le plus populaire du dernier Mozart. Comme souvent, à présent, les metteurs en scène s’approprient les livrets, repensent même la temporalité pourtant justifiée par la dramaturgie originelle et réinventent le temps et l’imaginaire visuel des ouvrages… Ici, on ne comprend pas pourquoi l’italien a supprimé les dialogues, lesquels permettent quand même d’identifier le rôle et le but des protagonistes. Ainsi pour le spectateur non connaisseur, impossible de mesurer en quoi le prince Tamino est manipulé par la Reine de la nuit qui lui demande de sauver de « l’infâme Sarastro » (la basse hongroise Gábor Bretz), sa fille, Pamina. Le jeu des manipulation est rendu complexe alors que l’histoire inventée par Shikaneder et Mozart est à la source d’une grande lisibilité. Clarté qui n’empêche pas des zones d’ombre, car le temple de sagesse et de fraternité que pilote le grand maître Sarastro n’a t il pas établi un ordre fondé sur l’esclavage, entre autres entretenu par l’infect Monostatos et sa clique de sbires, tous affectés à torturer la pauvre Tamina ? Du moins les apparences le laissent croire… Mais au cours d’une initiation progressive, le couple d’élus, Pamina et Tamino, en confiance et en amour, réussit à vaincre chaque épreuve, et atteindre à cette conscience fraternelle qui est l’idéal présenté par les prêtres du Temple. D’ailleurs, dans cette série d’épreuves, le prince valeureux prend soin de réclamer à ses côtés la participation de celle qu’il aime : l’égalité des sexes est l’autre composante, revendiquée par Mozart et son librettiste. Admirable inspiration. Direction musicale : Antonello Manacorda

arte_logo_2013ARTE, Dim 2 déc 2018, 01h20. MOZART : La Flûte Enchantée. Romeo Castullucci.

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