La Création de Haydn, Vienne 1798

Armida de Haydn en tournéeARTE, dim 3 juin 2018, 00h45. HAYDN : La Création. Concert (?). Impossible de savoir quels sont les interprètes de ce concert Haydn diffusé par Arte… D’ailleurs, la chaîne réduit considérablement ses programmes de musique classique, préférant aujourd’hui, les documentaires sur les jardins, la vie secrète des lacs, ou des concerts de musique pop. Alors qu’elle était l’une des rares chaînes à préserver une belle visibilité au classique, voici une absence qui fait cruellement défaut. Peut-être au moment des festivals d’été, y aura-t-il comme précédemment les opéras depuis Salzbourg et Aix en Provence ? A suivre, et à pleurer. Pour nous presque soulager, Arte diffuse mais à une heure indue minuit 45, l’oratorio superlatif de Joseph Haydn, alors à la fin de sa considérable carrière, La Création (créée à Vienne en 1798 puis 1801). Alors qu’à Paris, les français pas toujours très au fait de la musique moderne la plus inventive et juste, « découvre » les opéras de Mozart dans un patschwork hétéroclite (associant des extraits de Don Giovanni et de La Flûte enchantée) intitulé « Les Mystères d’Isis », vague égyptianisante oblige (depuis le retour de Bonaparte d’Egypte), Vienne inaugure une nouvelle ère, celle des Lumières resplendissante, quand son plus célèbre compositeur, « invente » après Haendel, une nouvelle forme pour l’oratorio, celui climatique et spirituel, La Création, dédié à la célébration des Miracles de la sublime Nature. Y paraissent comme hérosiés Adam et Eve et l’ange Uriel. Avec le concours des choeurs, et un orchestre somptueusement élégant comme évocatoire (le chaos initial au prélude de la partition), le cycle musical est une tapisserie sonore à la fois panthéiste et positive qui restitue l’idée même d’un Paradis terrestre, où l’homme et la nature ne font plus qu’un. Vision suprême dont on aimerait qu’elle soit encore possible à notre époque où les dérèglements climatiques et la menace des pollutions font craindre le pire pour l’humanité sur la planète qu’elle n’a pas la capacité à préserver.

HISTOIRE DE LA CREATION. Un texte glané à Londres
L’ami et le “papa” de Mozart (qui devait mourir avant lui en 1791), Joseph Haydn, laisse dans son oratorio La Création, composé entre 1796 et 1798, une oeuvre de pleine maturité. Alors âgé de plus de 65 ans et le plus estimé des musiciens vivants, Joseph Haydn, né à l’époque Baroque, maître du classicisme, accompagne aussi les premières manifestations du romantisme. Le compositeur qui a surtout mené une carrière quasi sédentaire au service des Princes Esterhazy, dont le vaste domaine se situe en Hongrie, se voit miraculeusement libéré de sa charge en 1790 à la mort de ses “protecteurs”. Leur héritier, le prince Antoine ne partageant pas leur passion pour la musique, remercia le compositeur tout en maintenant sa confortable pension. Certain d’un apport de revenus réguliers, Haydn s’installe avec son épouse, à Vienne,(une maison que l’on peut toujours visiter « dans son jus ») la capitale qui reconnait depuis toujours son génie musical.
Mais plutôt que d’un repos ou d’une retraite légitime, le séjour viennois se change en un tremplin exceptionnel pour la suite de sa carrière: il accepte la proposition de l’imprésario Johan Peter Salomon et part en tournée à Londres pour y diriger plus de vingt concerts de ses oeuvres, avec une énergie et une constance qui contredisent son âge. C’est au cours de son second séjour londonien (1794/1795) que Haydn découvre le sujet de son futur oratorio: le texte sur la Genèse et Le Paradis perdu de Milton, un texte devant lequel Haendel dut renoncer tant il était difficile et complexe à mettre en musique. Mais Haydn qui n’en est pas à un défi de plus, et de surcroît, est l’admirateur passionné de Haendel, relève la gageure. De retour à Vienne, le compositeur demande au Comte Van Swieten, directeur de la Bibliothèque impériale, de traduire le texte en allemand. Faisant suite à quelques séances en privé en 1798, la première officielle a lieu à Vienne, en mars 1799, devant une salle comble.

Des ténèbres à la lumière
haydn_joseph_aristoPendant deux heures, choeur, solistes (soprano/ténor/basse), et orchestre -une phalange symphonique au complet-, évoquent la Création du Monde, après une ouverture spectaculaire dans laquelle Haydn peint le Chaos originel et le souffle divin, à l’origine de toute création. C’est un jaillissement triomphal et contemplatif des ténèbres vers la lumière, de l’informel vers la création de toute vie terrestre, végétale, animale, humaine. L’oeuvre chante ce miracle en trois parties, d’où l’ombre comme le serpent sont écartés. L’humanité reconnaissante loue la gloire divine qui a permis ce prodige. La Création peut à ce titre être considérée comme le manifeste de l’esthétique des Lumières. En une langue dramatique, proche de l’opéra, Haydn se montre continuateur des propres oratorios de Haendel: lyrisme exacerbé, orchestration raffinée, airs solistiques brillants. Mais il ajoute un souffle évocatoire à l’orchestre tout à fait neuf, surprenant de la part d’un créateur à la fin de sa carrière, et qui inscrit l’oeuvre dans le courant romantique.
Dans la première partie, Dieu crée les éléments. Dans la deuxième partie, paraissent les animaux et le premier couple de l’humanité, Adam et Eve. Enfin la troisième partie, narre le bonheur de ces derniers dans les jardins du Paradis.

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Approfondir
Quand Haydn créée sa Création à Vienne en 1798-1801, Paris découvre les opéras de Mozart recomposés dans les Mystères d’Isis

CD à écouter... Dossier comparatif entre deux versions antynomiques : La Création de Haydn, par Paul McCreesh, par Bill Christie

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