Joseph Haydn: L’Infedelta Delusa, 1773. Jérémie Rhorer Sceaux, Les Gémeaux. Les 14, 16 et 18 janvier 2009

Joseph Haydn


L’infedelta Delusa
, 1773

Jérémie Rhorer,
direction

Sceaux, les gémeaux

Les 14, 16 et 18 janvier 2009

Vespina, Soeur miracle

Le théâtre des Gémeaux de Sceaux fête dès janvier 2009, l’année Haydn, l’année du bicentenaire de sa mort (1809), une année riche en promesses et réalisations mémorables comme cette production créée au Festival d’Aix en Provence en juillet 2008 et qui pour les 60 ans de l’événement provençal sauva une édition plutôt terne. Heureux présage qui dévoilerait enfin, la savante facétie d’un Haydn, génie des planches à l’égal des compositeurs lyriques italiens du XVIIIème siècle?

L’opus créé à la cour d’Esterhaza en 1773, sur le modèle des meilleurs opéras buffas, tisse son schéma intriguant selon les ficelles de la Commedia dell’arte, où souvent, l’instinct féminin vainc toutes les turpitudes. Ainsi dans le livret de Marco Costellini, Vespina oeuvre et manigance avec force finesse et intelligence pour que son frère Nanni épouse in fine celle qu’il aime, Sandrina, réservée par son père, à Nencio. La trame est mince, mais la musique sous la plume de Haydn âgé de 41 ans, redouble de vivacité émotionnelle comme d’énergie pétillante. Le compositeur sait affiner la silhouette sociale et psychologique de chacun des protagonistes. Ancien chanteur lui-même, il connaît les couleurs sentimentales de la langue italienne: sur le plan dramatique, Haydn exploite le jeu des travestissements. D’ailleurs, après la représentation de son quatrième opéra, le 26 juillet 1773, la Cour donnait un bal masqué. Le spectacle plaît tant aux patrons du musicien que l’oeuvre est redonnée en septembre suivant quand l’impératrice Marie-Thérèse séjourne quelques jours au château d’Esterhaza. Ce théâtre élaboré par Haydn devait avoir des répercussions mésestimées. La scène ainsi ouvragée influence Mozart dans ses propres opéras à partir de 1781 quand les deux musiciens se lient d’amitié à Vienne.

Face à la production aixoise, beaucoup ont décrié l’extravagance excessive de la mise en scène, la superficialité du jeu des acteurs conçus par Richard Brunel. Les heureux spectateurs de Sceaux pourront quoi qu’il en soit applaudir l’exceptionnelle prestation des jeunes chanteurs et musiciens de l’Académie aixoise (Académie Européenne de Musique) sous le feu du non moins jeune chef, Jérémie Rhorer, qui dirige ici son ensemble, le décidément bien nommé, “Cercle de l’harmonie“, accompagnant l’effectif du festival provençal avec nerf, unité, aisance dramatique et profondeur poétique. Autant de qualités musicales et expressives qui on fait croire aux festivaliers aixois que pour les 60 ans du festival, ils revivaient la piquante fraîcheur musicale quand les premiers opéras de Mozart étaient joués dans un coin de la Cour de l’Archevêché… D’autant que pour nous, en ce début du XXIème millénaire, les opéras de Haydn demeurent totalement méconnus… comme pouvaient l’être les opéras de Mozart chantés en italien, en 1948…
La farce et la finesse sont défendues avec engagement et subtilité par un plateau de jeunes talents qui font miracle: Claire Debono (Vespina) enchante par sa virtuosité et son relief vocal; c’est bien elle, véritable démiurge qui tire les ficelles de la scène comique; Ina Kringelborn (Sandrina) se fait sirène plus féminine; et les hommes ne sont pas en reste: Andreas Wolf (Nanni) et James Elliot (Nencio) composent chacun leur partie avec tempérament.

Joseph Haydn (1732-1809): L’Infedeltà Delusa (L’Infidélité déjouée)
Burletta per musica en deux actes
Livret adapté d’un livret de Marco Coltellini
Créé le 26 juillet 1773 à Esterháza

direction musicale: Jérémie Rhorer
mise en scène: Richard Brunel
scénographie: Anouk Dell’Aiera
costumes: Marianne Delayre
lumières: David Debrinay
dramaturge: Catherine Ailloud-Nicolas
assistant à la direction musicale: Christian Koch
claveciniste, chef de chant François Guerrier
répétitrice de la langue: Paola Larini
assistant à la mise en scène: Grégoire Aubert
assistant à la scénographie: Céline Perrigon

Claire Debono Vespina
Ina Kringelborn Sandrina
Yves Saelens Filippo
James Elliott Nencio
Andreas Wolf Nanni
Le Cercle de l’Harmonie
Jérémie Rhorer, direction

Création en juillet 2008 dans le cadre du festival d’Aix-en-Provence
durée : 2h environ


Synopsis

Acte I
Dans un village de Toscane, par une belle soirée d’été, Filippo, un paysan aisé, s’apprête à conclure l’union de sa fille Sandrina avec Nencio, un riche propriétaire. Le projet la contrarie car elle aime Nanni, qui n’a pas de fortune et que son père lui ordonne d’oublier. Quand le jeune homme survient, elle lui révèle la menace qui pèse sur leur amour. Vespina, la sœur de Nanni, est éprise du riche Nencio. Lorsque son frère lui apprend son infortune, elle l’incite à la vengeance. Sous la fenêtre de la malheureuse Sandrina, Nencio chante une sérénade grotesque. Satisfait, le vieux Filippo oblige sa fille à répondre. Celle-ci avoue la vérité à laquelle Nencio réagit avec entêtement. Vespina et Nanni, qui ont assisté cachés à la rencontre, font irruption, furieux. Le père intervient pour défendre Nencio et ils se séparent dans la plus grande confusion.

Acte II
La nuit a porté conseil à Vespina qui passe à l’action. Déguisée en vieille femme, elle aborde Filippo qui emmène Sandrina porter plainte contre Nanni. L’étrangère prétend que Nencio a séduit sa propre fille avant de l’abandonner. Furieux, Filippo rentre chez lui et refuse de recevoir le soi-disant séducteur. Mortifié, Nencio s’en retourne et rencontre alors Vespina sous un autre déguisement, celui d’un domestique allemand qui annonce gaiement les noces imminentes de son maître avec Sandrina. Nencio médite sur la versatilité de Filippo lorsque surgit une troisième personne, encore Vespina déguisée. Elle se fait passer pour le nouveau fiancé de Sandrina, le fougueux marquis de Ripafratta. Puis, comme Nencio paraît définitivement découragé, le faux marquis lui confie qu’il destine en fait la fille à son domestique. Avide de vengeance, Nencio se propose comme témoin. Cependant, les noces de Sandrina s’apprêtent malgré ses plaintes. C’est Vespina qui se présente en tenue de notaire, suivie du domestique censé représenter son maître le marquis, et joué par Nanni. Le mariage se déroule en l’absence du prétendu mari et, lorsque l’acte est signé, Vespina et son frère ôtent leurs déguisements : Nanni et Sandrina sont mariés et Vespina vite pardonnée.

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