Janacek: L’Affaire Makropoulos, 1926 Angers Nantes Opéra, du 27 mai au 15 juin 2010

Leos Janacek

L’Affaire Makropoulos
, 1926

Angers Nantes Opéra
nouvelle production
Mark Shanahan, direction
Patrice Caurier et Moshe Leiser, mise en scène

Nantes, Théâtre Graslin
Les 27, 29 mai puis 1er, 3 et 6 juin 2010

Angers, le Quai
Les 13 puis 15 juin 2010

Patrice Caurier et Moshe Leiser forment le duo de metteurs en scène le plus captivant de la scène actuelle. Ils ont en mars 2010 réussit une approche épatante et fine de Hamlet d’Ambroise Thomas au Metropolitan Opera de New York. Depuis 30 ans, on leur doit plusieurs productions mémorables en particulier sur les planches d’Angers Nantes Opéra: sens visuel, respect des temps forts dramatiques, clarté et fulgurances de options scéniques, les deux scénographes, maîtres reconnus en matière de constructions dramaturgiques, reprennent du service et après une Tosca de braise, et un premier opéra de Leos Janacek (1854-1928), Jenufa, abordent l’avant-dernier opéra du musicien tchèque (avant De la maison des morts), et non des moindres: L’Affaire Makropoulos (1926).
Toujours au service des chanteurs et de la musique, leur lecture promet un grand moment de théâtre. La vérité psychologique et l’intensité dramatique sont souvent les traits immédiatement perceptibles de leur travail.

Dans le rôle-titre, les deux hommes de théâtre retrouvent la soprano britannique Kathryn Harries, interprète adulée de leur Didon et Enée (Lyon, 1987), qui fut aussi (surtout) une Kostelnicka irrésistible de leur Jenufa...

De L’Affaire Makropoulos, Patrice Caurier et Moshe Leiser entendent souligner l’oeuvre de la désillusion, de la perte des rêves, du désir. Emilia Marty, le personnage central de l’ouvrage, est une immortelle déçue, aigrie, fatiguée par la vie. Même si elle entend obtenir le fameux secret légué par Makropoulos, médecin de l’empereur Rodolphe II, la sirène sans âge, séduit par sa beauté, terrifie par son cynisme acide… Inhumiane barbare, celle qui incarne toutes les femmes, passées, présentes, à venir impose au préalable des intentions clandestines, seulement portée par son désir de pouvoir, de jeunesse, d’éternité.

D’après la pièce en langue tchèque de Karel Capek, Janacek tisse une action mystérieuse qui laisse dans l’ombre nombre d’événements visibles sur la scène (chacun ici confrontent des enjeux différents, souvent opposés où il est question d’héritage et d’identité masquée…). Le ton de Makropoulos n’est pas dans le réalisme mélodramatique de Jenufa, c’est une autre sorte de narration, subjective, plus inquiète et tendue, souvent hallucinée, – véritable transfiguration de la langue tchèque dans le chant-, où les angoisses premières de l’homme face à son destin, sont dévoilées et grossies comme si la musique oeuvrait telle une loupe déformante.
Janacek, au soir de sa vie, y inscrit allusivement sa propre conception de l’existence, et en particulier de la condition terrestre…

La relation en outre de Emilia au théâtre et à la musique y est très intéressante: la femme qui a vécu 300 ans ne sent bien réellement que sur une scène d’opéra: elle est cantatrice comme Tosca; mais le chant lui apporte un surcroît d’existence qui de ce fait dans la partition et au sein des noeuds dramatiques de l’Affaire Makropoulos, revêt une importance capitale. Il s’agit à la fois d’une intrigue politique mais aussi d’un conte philosophique qui peut être vécu sur les planches comme dans un rêve initiatique.
Qui est réellement Emilia Marty? Le savoir c’est percer à jour le secret d’une immortelle qui a traversé déjà plusieurs siècles… Mais usant jusqu’à l’ennui, du jeu de la séduction, des manipulations, la femme sans âge, a perdu toute identité: ne pas avoir d’âge, c’est être personne. D’acte en acte (3 au total), la divine et attirante cantatrice éprouve la quête essentielle, celle de la vérité: qui est-elle? Le sait-elle, elle-même? La longévité lui a apporté solitude inquiète, détachement cynique, aigreur dépressive… Au cours de l’action, Emilia pourtant détruite par sa vie sans attache, trouve le but ultime, donner un sens à sa vie, mourir pour exister…

Le prochain projet lyrique de Patrice Caurier et Moshe Leiser: l’opéra de Marc-André Dalbavie sur les dernières années de la vie Gesualdo.

Leos Janacek: L’Affaire Makropoulos, 1926. Opéra en trois actes.
Livret de Leoš JanáÄŤek d’après la pièce l’Affaire Makropoulos de Karel ÄŚapek.
Créé au théâtre de Brno, le 18 décembre 1926. Angers Nantes Opéra, à partir du 27 mai (Nantes) puis les 13 et 15 juin 2010 à Angers.

Distribution

Emilia Marty, Kathrin Harries
Albert Gregor, Atilla Kiss
Le docteur Kolenatý, John Fanning
Vítek, Adrian Thompson
Kristina, Paola Gardina
Jaroslav Prus, Robert Hayward
Janek Prus, Robin Tritschler
Hauk-Šendorf, Beau Palmer
Une femme de ménage, une femme de chambre, Linda Ormiston
Le machiniste, Guy-Etienne Giot

Chœur d’Angers Nantes Opéra sous la direction de Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire
[Opéra en tchèque avec surtitres en français]

Exposition: à l’occasion de la nouvelle production de L’affaire Makropoulos de Janacek présentée par Angers Nantes Opéra, le Théâtre Graslin à Nantes (du 20 mai au 6 juin 2010) puis le théâtre Le Quai à Angers (du 13 au 15 juin 2010) accueillent une exposition autour de l’oeuvre de Karel Capek: “Vie, mort et miracles de Karel Capek“. Le commissaire de l’exposition, Gérard-Georges Lemaire évoque l’oeuvre de l’écrivain et dramaturge tchèque. Il a aussi demandé à 5 plasticiens contemporains de réaliser chacun un travail spécifique, inspiré par l’écriture et les sujets de Karel Capek. Leurs oeuvres sont exposées pendant les dates de représentation de L’Affaire Makropoulos à Nantes et à Angers.



Pour clore sa saison lyrique 2009-2010, Angers Nantes Opéra
propose à partir du 27 mai et jusqu’au 15 juin 2010, une nouvelle
production: L’affaire Makropoulos de Leos Janacek.
Pour son avant dernier opéra, le compositeur tchèque choisit d’adapter
la comédie de son compatriote Karel Capek. A la fin de sa carrière,
Janacek offre une oeuvre en miroir, mi comique mi tragique dont le
personnage principal, Emilia Marty, sorte d’immortelle insatisfaite,
exprime sa propre vision de la condition humaine.


Oeuvre en miroir et comédie noire

Que cherche-t-elle? Qui est-elle? Le sait-elle réellement? Emilia Marty
subjugue et hypnotise tous les hommes qui croisent son chemin. La
séductrice qui est aussi cantatrice, à qui tout sourit et qui ne compte
plus ses soupirants comme ses amants, ne cesse de varier les masques.
Son rôle est de paraître et de jouer.
Pour autant la sirène irrésistible qui incarne toutes les femmes,
passées, présentes et à venir, est prisonnière de son statut. Son
éternité l’use, la fatigue, toujours séduire, toujours manipuler, sans
être vraiment.

Mais pourquoi alors chanter, se maquiller, se déguiser? Paraître sans
âge, c’est n’en avoir aucun. C’est être personne. La Voyageuse sans attaches capitule et sa dernière expérience terrestre
devient une quête d’authenticité.
Jusqu’au dévoilement final où retrouvant enfin la recette d’une nouvelle
éternité, Emilia Marty (époustouflante Kathrin Harries ci contre) renonce pourtant, et révèle sa part d’humanité.
A travers ce clown triste et déchirant, Janacek souligne ce qui fait le
prix et le sens d’une vie terrestre: la vérité plutôt que l’immortalité;
l’amour plutôt que la séduction et le mensonge.

La nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra saisit toutes
les facettes du chef d’oeuvre de Janacek, créé en 1926.

A la fois limpide et juste, la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe
Leiser, scénographes familiers désormais, à Nantes et à Angers, se met
au service d’une oeuvre flamboyante qui bénéficie aussi d’une
distribution exceptionnelle (où rayonne dans le rôle clé d’Emilia Marty,
la soprano britannique Kathrin Harries, qui fut sur la même scène, une
Kostelnicka irrésistible dans Jenufa… du même Janacek.

A Nantes puis à Angers, les spectateurs peuvent aussi découvrir l’oeuvre
de l’écrivain Karel Capek grâce à l’exposition intitulée “Vie, mort
et miracles de Karel Capek”
.


sommaire des vidéos

L’Affaire Makropoulos
de Janacek,
nouvelle production présentée par
Angers Nantes Opéra, du 27 mai au 15 juin 2010. Reportage vidéo 1

affaire makropoulos opera angers nantes<br />
operaL’Affaire Makropoulos de
Janacek, nouvelle production présentée par Angers Nantes Opéra, du 27
mai au 15 juin 2010. Reportage vidéo 2

Dans le rôle-titre, les deux hommes de théâtre retrouvent la soprano
britannique Kathryn Harries, interprète adulée de leur
Didon et Enée (Lyon, 1987), qui fut aussi (surtout) une Kostelnicka
irrésistible de leur Jenufa... 7 représentations
événements

Dossier réalisé par Sylvain Giambello, Delphine Raph et Alexandre Pham

Illustration: Kathrin Harries (Emilia Marty), L’Affaire Makropoulos de Jancek présentée par Angers Nantes Opéra en mai et juin 2010 © Jeff Rabillon 2010

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