Iolanta au Palais Garnier

France Musique, le 26 mars 2016, 19h30. Iolanta de Tchaikovski. Production Ă  l’affiche du Palais Garnier Ă  Paris, jusqu’au 1er avril et en couplage avec dans la mĂȘme soirĂ©e : Casse-Noisette. Le dernier opĂ©ra de Tchaikovski occupe l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris, entrĂ©e au rĂ©pertoire qui permet aux parisiens de mesurer le gĂ©nie et la modernitĂ© du dernier Tchaikovski. Le ThĂ©Ăątre parisien restitue l’ouvrage tel qu’il fut crĂ©Ă© au Mariisnky, couplĂ© avec le ballet Casse-Noisette.

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Pour la saison 1891-1892, les ThĂ©Ăątres ImpĂ©riaux commandent 2 nouvelles Ɠuvres Ă  TchaĂŻkovski : un opĂ©ra, qui est son 10Ăšme et dernier ouvrage lyrique, Iolanta et le lĂ©gendaire ballet, Casse-Noisette. Les deux partitions portant la marque du dernier TchaĂŻkovski : un sentiment irrĂ©pressiblement tragique s’accompagne d’une orchestration particuliĂšrement raffinĂ©e. Iolanta mĂȘle histoire et fĂ©erie : le compositeur aborde comme un conte de fĂ©e l’histoire mĂ©diĂ©vale française (Ă  la Cour du Roi RenĂ© de Provence) oĂč Iolanta est une princesse aveugle qui apprend l’amour. L’HĂ©roĂŻne rĂ©alise sa propre Ă©mancipation en osant se dĂ©tacher symboliquement du pĂšre (qui la tient enfermĂ©e et entretient sa cĂ©citĂ©). L’action suit la lente renaissance d’une Ăąme qui dĂ©couvre enfin la vraie vie ; c’est Ă  dire comment elle rĂ©ussit son passage de l’enfance Ă  la maturitĂ© d’une adulte. De fille sĂ©questrĂ©e, infantilisĂ©e, elle devient femme dĂ©sirable et conquise
 A la suite de Tatiana d’EugĂšne OnĂ©guine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cĂ©citĂ© avant de trouver son identitĂ©, diriger son destin, devenir elle-mĂȘme. Des tĂ©nĂšbres de l’aveuglement Ă  la lumiĂšre … de la connaissance et de l’amour.

Tuer le pĂšre, suivre la lumiĂšre. La qualitĂ© et la richesse des mĂ©lodies qui se succĂšdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frĂšre de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments Ă  vents (chant plaintif et vĂ©nĂ©neux, presque Ă©nigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagnĂ© par les bassons et les cors
), cette aspiration Ă©chevelĂ©e aux couleurs et rĂ©sonances de l’étrange rĂ©alisant une immersion dans un monde fĂ©erique et fantastique mais intensĂ©ment psychologique  (l’ouverture a Ă©tĂ© trĂšs critiquĂ©e par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concĂ©dĂ© (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intĂ©rieure des protagonistes, l’absence des chƓurs, tout l’itinĂ©raire de la jeune fille aux rĂ©sonances psychanalytiques, des tĂ©nĂšbres Ă  l’éblouissement positif final-, fondent l’originalitĂ© du dernier opĂ©ra de TchaĂŻkovski : comme l’expĂ©rience d’un passage, de l’enfance aveugle Ă  l’ñge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis-clos oĂč s’exprime le mouvement de la psychĂ© d’une jeune femme Ă  l’esprit ardent, tenue (par son pĂšre le roi RenĂ©) Ă  l’écart du monde.
AprĂšs la mort de TchaĂŻkovski (1893), Mahler assure la crĂ©ation allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse-Noisette Ă  sa crĂ©ation russe (Saint-PĂ©tersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina VichnievskaĂŻa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opĂ©ra Ă  redĂ©couvrir. Car tout TchaĂŻkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, vĂ©ritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien. RĂ©cemment c’est l’ardente et suave Anna Netrebko qui incarnait une Iolanta touchĂ©e par la grĂące de la rĂ©demption (Metropolitan de New York en janvier 2015, puis cd Ă©ditĂ© par Deutsche Grammophon dans la foulĂ©e)

L’INTRIGUE de Iolanta. L’OpĂ©ra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi RenĂ© tient Ă  l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente Ă  sa propre infirmitĂ©, le mĂ©decin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en dĂ©tacher et peut-ĂȘtre en guĂ©rir
le Roi trop possessif demeure indĂ©cis mais le comte VaudĂ©mont (tĂ©nor), tombĂ© amoureux de Iolanta, lui apprend la lumiĂšre et l’amour : Iolanta, consciente dĂ©sormais de ce qu’elle est, peut dĂ©couvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloĂźtrĂ©e, fait l’expĂ©rience de la maturitĂ© : en se dĂ©tachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

VISITER la page de Iolanta sur le site de l’OpĂ©ra national de Paris

LIRE aussi la critique complĂšte du spectacle Iolanta au Palais Garnier Ă  paris, avec Sonia Yoncheva dans la mise en scĂšne de Dmitri Tcherniakov

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