Il Matrimonio Segreto de CIMAROSA

cimarosa domenicoNANCY. Cimarosa : Le mariage secret, 31 janvier > 9 fĂ©vrier 2017. Nancy affiche l’un des sommets de l’opĂ©ra buffa napolitain, modĂšle adulĂ© et repris dans toute l’Europe des LumiĂšres, Ă  une Ă©poque oĂč orphelin de Mozart dĂ©cĂ©dĂ© l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, toutes les cours s’enflamment pour l’ivresse lyrique et giocosa du prĂ©curseur de Rossini en matiĂšre de finesse psychologique et de situations comiques parfois dĂ©lirantes : Cimarosa. C’est un joyau lyrique prĂ©rossinien
 Quand Cherubini sur les traces de Gluck et son style frĂ©nĂ©tique, rĂ©invente l’opĂ©ra tragique romantique et nĂ©oclassique, MĂ©dĂ©e en 1797, un autre italien surdouĂ© fait briller la lyre comique et d’une subtilitĂ© palpitante mĂȘme, qui tout en approchant l’esprit de Mozart, annonce Rossini : Cimarosa. Le napolitain est le compositeur le plus estimĂ© en Europe : rival de Paisiello Ă  Rome et Naples, il devient le musicien officiel de la Grande Catherine Ă  Saint-Petersbourg (Cleopatra en 1789), puis peu stimulĂ© par l’impĂ©ratrice qui prĂ©fĂšre Ă©crire en français Ă  Voltaire, rejoint une autre cour impĂ©riale, celle de l’empereur Leopold II, Ă  Vienne, qui reçoit son chef d’oeuvre absolu dans la veine lĂ©gĂšre et dĂ©lirante : Le mariage secret de 1792. Leopold II se souverain auquel Mozart le plus grand compositeur du temps avait prĂ©cĂ©demment lĂ©guĂ© son Titus, La ClĂ©mence de Titus, dernier seria oĂč le divin Wolfgang, exprimait la lyre amoureuse autour d’un empereur solitaire et trahi, qui pourtant livrĂ© par ses plus proches, conçoit la clĂ©mence et la compassion fraternelle : tout un symbole pour cette figure emblĂ©matique du prince vertueux


En 1792, l’annĂ©e de la crĂ©ation de son Mariage secret / Il matrimonio segreto, Cimarosa a 43 ans ; il est au sommet de son inspiration, d’une Ă©lĂ©gance et d’un raffinement inĂ©galables alors. D’autant plus que Mozart s’est Ă©teint l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Mais Ă  la mort de Leopold en 1793, il rejoint Naples au sein de la cour royale, composant encore des ouvrages d’une modernitĂ© Ă  redĂ©couvrir dont les fameux Horaces et Curiaces (Gli Orazi ed i Curiazi) en 1796. A Naples, le rĂ©publicain dans l’ñme se dĂ©voile Ă  l’annonce des troupes napolĂ©oniennes, il est emprisonnĂ© par la reine Marie-Caroline et meurt sur le chemin de la Russie (qu’il souhaitait retrouver finalement) ; Ă  Venise en 1801 : sa derniĂšre Ɠuvre Artemisia, autre joyau Ă  ressusciter, est crĂ©Ă©e dans la citĂ  lagunaire, 6 jours aprĂšs sa mort (janvier 1801). Sa vivacitĂ© et son intelligence des situations, l’élĂ©gance de l’écriture vocale, la mesure en tout et la dĂ©licatesse poĂ©tique Ă©blouissent surtout dans ses comĂ©dies : Ă  ce titre il Matrimonio segreto de 1792 est emblĂ©matique d’un gĂ©nie prĂ©rossinien (comme c’est le cas du portugais parti aux AmĂ©riques au BrĂ©sil, Marcos Portugal dont le chef Bruno Procopio a ressuscitĂ©, dĂ©jĂ  depuis 2012, la verve piquante irrĂ©sistible dans son opĂ©ra comique, L’oro no compta amore, de 1804.

Cimarosa prérossinien

Les personnages de l’opĂ©ra sont pris dans un labyrinthe sentimental, vĂ©ritable marivaudage Ă©tourdissant, oĂč les vrais amants, sincĂšres l’un Ă  l’autre et tenus par ce mariage “secret”, Ă©tant convoitĂ©s par d’autres, pourraient bien ĂȘtre sĂ©parĂ©s
 De quiproquos en fausses dĂ©clarations, de manipulations, en vraies intrigues, les couples dĂ©clarĂ©s se croisent, sans considĂ©ration d’ñge ni de statut.  Mais chacune des Ă©preuves rĂ©vĂšlent les vraies natures
 elles permettent au compositeur de caractĂ©riser avec finesse chaque profil Ă©prouvĂ© ou dĂ©sirant.
En deux actes, la comĂ©die met en scĂšne le projet du vieux Geronimo, commerçant enrichi qui souhaite faire de bons mariages pour ses deux filles : mais Carolina est dĂ©jĂ  mariĂ©e en secret Ă  son commis Paolino. Ce dernier propose Ă  son ami le comte Robinson, noble ruinĂ©, d’épouser la sƓur aĂźnĂ©e : Elisetta
 mais Robinson s’éprend de Carolina, tandis que la sƓur du vieux Geronimo, Fidalma, cougar avant l’heure, dĂ©clare sa flamme au jeune Paolino
 AprĂšs de nombreuses pĂ©ripĂ©ties riches en rebondissements, quand Elisetta menace de trahir sa sƓur cadette et de tout rĂ©vĂ©ler au pĂšre (le mariage secret), Geronimo pardonne finalement aux jeunes mariĂ©s clandestins et Robinson Ă©pousera Elisetta
 Le succĂšs Ă  la crĂ©ation fut tel que Leopold II bissa l’intĂ©gralitĂ© de l’ouvrage. Paris se passionne ensuite pour l’ouvrage dĂšs sa crĂ©ation (tardive) au ThĂ©Ăątre Italien en juin 1801 : Cimarosa Ă©tait mort au dĂ©but de l’annĂ©e, mais il avait conquis sur les boulevards une lĂ©gitime immortalitĂ© : l’opĂ©ra sera jouĂ© plus de 400 fois.

Cimarosa : Il matrimonio segreto
Le mariage secret, 1792

Nouvelle production crĂ©Ă©e Ă  l’OpĂ©ra de ZĂŒrich en 2014
du 31 janvier au 9 février 2017

Direction musicale : Sasha Goetzel
Mise en scÚne : Cordula DÀuper
Orchestre symphonique et lyrique de Nancy

Carolina : Lilian Farahani
Signor Geronimo : Bruno de Simone
Elisetta : Maria Savastano
Fidalma : Cornelia Oncioiu
Paolino : Anicio Zorzi Giustiniani
Comte Robinson : Riccardo Novaro

5 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra de Nancy :
Mardi 31 janvier 2017 Ă  20h
Jeudi 2 février 2017 à 20h
Dimanche 5 février 2017 à 15h
Mardi 7 février 2017 à 20h
Jeudi 9 février 2017 à 20h

+ d’infos sur le site de l’OpĂ©ra national de Lorraine, Ă  Nancy
http://www.opera-national-lorraine.fr/spectacles/ii-matrimonio-segreto-domenico-cimarosa

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