Igor Strawinsky, The rake’s progress (1951)Bruxelles, La Monnaie. Du 17 avril au 6 mai 2007

Igor Strawinsky
The rake’s progress
, 1951

Bruxelles, La Monnaie
Du 17 avril au 6 mai 2007

Souvent la peinture ou les arts graphiques sont Ă  l’origine des oeuvres musicales les plus atypiques. L’exposition Ă  Chicago des oeuvres de William Hogarth en 1947, dont la sĂ©rie ironique sur la carrière d’un libertin, donne l’idĂ©e Ă  Strawinsky de son opĂ©ra, The rake’s progress.
Parabole philosophique et morale sur le destin tragique d’un “naĂŻf” peu scrupuleux et paresseux, l’opĂ©ra est l’oeuvre d’un duo idĂ©al, celui de Strawinsky et de son librettiste, Wystan Auden.

Un opĂ©ra “classique”, radicalement progressiste

Dans la tradition du théâtre britannique baroque, le nom des personnages indique leur caractère: Ann Truelove aime Ă©perduement le libertin Tom Rakewell. Mais cet idylle est bientĂ´t pimentĂ©e par l’apparition d’une galerie de joyeux drilles mi comiques mi diaboliques: Nick Shadow, le diable; Baba la turque, la femme Ă  barbe; Sellem, le commissaire priseur; Mother Goose, la maquerelle.
Au premier acte, Tom Rakewell refuse la destinĂ©e vertueuse que lui offre le père de son aĂ®mĂ©e, Ann Truelove. Le jeune homme se laisse sĂ©duire par la vie facile et dissolue servie par un mĂ©phisto londonien, Nick Shadow. Le deuxième acte peint le dĂ©lire superbe qu’est devenue la vie de l’ingrat. Son mariage avec la spectaculaire Baba la turque, la femme Ă  barbe, montre Ă  quel point l’âme docile et faible de Tom est asservie au plaisir et Ă  ses illusions trompeuses. Dernier acte, ruine de Tom. Nick Shadow rĂ©clame son dĂ» et propose Ă  Tom sans le sou, de jouer son âme aux cartes. Mais Nick perd. Mauvais joueur, le Diable condamne nĂ©anmoins Tom Ă  la folie. Il mourra seul, sa raison dĂ©truite, dans un asile.

CrĂ©Ă© sous la direction de l’auteur Ă  la Fenice de Venise, le 11 septembre 1951, The Rake’s progress suscite un triomphe. Mais critiques et compositeurs regrettent la trahison nĂ©o classique d’un Strawinsky qui avait jusque lĂ  toujours soutenu et nourri la veine moderniste.
Strawinsky s’est dĂ©fendu lui-mĂŞme, heureux de s’ĂŞtre diverti par la composition d’un sujet classique dont il regrettait quant Ă  lui que certains trouvent la rĂ©alisation, “surannĂ©e”. A ceux qui lui opposaient l’impasse d’une oeuvre Ă©crite dans le style ancien, donc inacceptable, le compositeur d’une facĂ©tieuse indĂ©pendance, prĂ©cisait: “je n’en dĂ©battrai d’ailleurs pas ici, quoique The rake’s progress, que l’on accusa d’ĂŞtre rĂ©trograde, soit, si je le compare Ă  certains opĂ©ras d’avant-garde plus rĂ©cents, radicalement progressiste”.

Illustration

Igor Strawinsky (DR)

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