Henry Purcell: Didon et Enée (Didon &Aeneas), 1684-1689

Comme l’opéra français…


Au démarrage de la composition de Didon et Enée, Purcell, compositeur officiel du souverain, satisfait la demande de Charles II, désireux de disposer dans son pays d’un opéra en langue anglaise, dérivé de la tragédie lyrique à la française. Le roi connaît bien le genre lyrique pour l’avoir applaudi lors de son exil provisoire à la cour de Louis XIV.
Dès 1674, le souverain britannique avait projeté la création d’une Académie royal de musique sur le modèle français afin de développer le genre et de l’implanter à Londres. Tentative première non réalisée mais suivie d’un nouvel aboutissement en 1684, avec la création d’Albion et Albanius de Dryden et Grabu en 1685.

Mais à l’inverse, provenant de la tradition locale spécifique, en particulier respectant le goût particulier du public londonien pour le masque, deux compositeurs se risquent à présenter leur propre alternative ‘nationale” à ce qui est pressenti comme une vague française imposée plutôt que proposée au goût du public.
En 1684, John Blow propose Vénis et Adonis, et en1689, Henry Purcell, sa Didon et Enée (Didon & Eaneas).Malgré l’excellente performance des interprètes (certainement des chanteurs acteurs professionnels plutôt que les demoiselles de la noblesse que l’on cite familièrement), les deux ouvrages ne suscitèrent aucun enthousiasme et les partitions parce qu’uniquement chantée, furent vite oubliées !
Le masque est d’autant plus incontournable dans le goû musical et théâtral des anglais que l’opéra de Purcell fut après sa création malheureuse, recyclée en parties diverses, morcelées, intercalées dans divers masques… En l’absence de partition autographe ou d’époque, les interprètes actuels travaillent d’après des copies éparses et fragmentaires datant du XVIIIème siècle!


Chef d’oeuvre d’aujourd’hui

Notre connaissance de l’oeuvre originelle est donc loin d’être idéale et même la date de composition fluctue entre 1684, 1687 et 1689…
Seule la représentation au pensionnat des Priest est attestée en 1689 et l’on ignore toujours s’il s’agit de facto d’une reprise ou de la création de l’oeuvre. La rupture de tonalité après l’arioso d’Enée (scène 2, acte II) pose problème: elle accuse la perte de partitions originelles ou plus hypothétique reposerait sur le coup de théâtre dramatique qui est lié à cette discontinuité tonale: Enée prend la décision malheureuse de quitter celle qu’il aime: le devoir plutôt que l’amour. Il abandonnera Didon pour fonder Rome en Italie.
De toute évidence, notre sensibilité moderne et baroqueuse s’est emparée de la partition: sa fulgurance, son développement serré et intense, le portrait de la reine carthaginoise, douloureux et finalement tragique (lamento final funèbre) offrent en effet un motif spectaculaire au sein du catalogue de l’opéra baroque. Dans les faits, aucun admirateurs de Purcell, il furent nombreux, ne citent l’opéra pour argumenter le génie musical du compositeur.

Illustrations: Didon et Enée (Pierre Narcisse Guérin)

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