Hector Berlioz, Messe Solennelle (1824)Paris, TCE. Les 14 et 15 avril 2007 à 20h

Hector Berlioz
Messe solennelle
, 1824

Orchestre National de France
Riccardo Muti, direction
Les 14 et 15 avril 2007
Paris, Théâtre des Champs Elysées

Une oeuvre phénix

On pensa longtemps que seul le Resurrexit de la Messe Solennelle de Berlioz, première oeuvre sacrée ambitieuse, échappa aux foudres du créateur qui exigeant, avoue dans ses Mémoires avoir brûlé les pages indignes. Il s’y trouvait trop proche de ses modèles Lesueur et Cherubini. Oublieux, imprécis, ou mythomane, comme l’on voudra, Berlioz s’il brûla ses manuscrits, en donna cependant une autre version autographe à son ami, le violoniste Antoine Bessems, qui fut retrouvée en 1991 dans la tribune d’orgue de l’église Saint-Charles Borromée d’Anvers!
On sait que Berlioz reçut du maître de chapelle de l’église Saint-Roch à Paris, la commande de la Messe en 1824, année de la Révolution romantique qui vit s’opposer au Salon, La mort de Sardanapale du fougueux Delacroix et de l’Apothéose d’Homère de monsieur Ingres. Expression dynamique et plastique contre mesure et équilibre de la ligne. Car l’époque est aux extrêmismes. L’art provoque, exalte. Le jeune Berlioz se montre très tôt maître des formes épiques, des louanges architecturées, des masses vertigineuses.

Tout Berlioz est déjà là

Les premières répétitions sont houleuses, le compositeur manquant de moyens doit capituler. Heureusement, un mécène sensibilisé et convaincu par le tempérament du jeune musicien, finance ses besoins et l’oeuvre est créée sous la direction de Valentino, chef d’orchestre à l’Opéra de Paris. Succès immédiat qui vaut à notre jeune romantique, une gloire précoce. Berlioz pourra même diriger son oeuvre, à laquelle il a apporté quelques correctifs, à Saint-Eustache, en 1827. Mais insatisfait, il déclare donc avoir détruit son manuscrit, et seul le Resurrexit, un temps épargné, paraît encore à l’affiche de ses concerts de 1827 puis 1828, avant de s’enfoncer et disparaître dans l’ombre de l’oubli.

La redécouverte du manuscrit surprend: elle dévoile la maturité du jeune musicien qui déjà a composé la matrice musicale qui lui servira pour ses oeuvres d’importance, aujourd’hui célébrées comme le Requiem, la Symphonie Fantastique, Benvenuto Cellini. Tout Berlioz est déjà là. En particulier, le Te ergo de son Te Deum, qui est une reprise quasi inchangée de l’Agnus Dei originelle de sa Messe de 1824.

Distribution
Genia Kuehmeier, soprano
Pavol Breslik, ténor
Ildar Abradzakov, basse
Orchestre National de France
Riccardo Muti, direction

En première partie de programme:
Mozart: Concerto pour clarinette et orchestre K. 622
Patrick Messina (clarinettiste)

Illustration

Eugène Delacroix: Le Christ sur la croix, 1845 (esquisse, Rotterdam)

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