Hahn: Ciboulette, 1923. Julie FuchsParis, Opéra-Comique, du 16 au 26 février 2013

Reynaldo Hahn
Ciboulette


Paris, Opéra-Comique
du 16 au 26 février 2013


Créée aux Variétés le 7 avril 1923
, Ciboulette ne monte sur les planches de l’Opéra-Comique qu’en mars 1953. Contemporain de Ravel, Hahn n’a rien d’une seconde main. Et l’on s’étonne que sa Ciboulette, si attendue à partir du 16 février à Paris, suscite autant d’espérance comme de curiosité quand ses ouvrages lyriques plus consistants voire complexes et aboutis attendent leur légitime retour: L’Île du rêve de 1898 d’après Loti, ou le marchand de Venise… sans omettre son oratorio Prométhée triomphant de 1908, ou encore son ballet Le Dieu bleu d’après Cocteau dansé par Nijinski au Châtelet en 1912! Génie de la mélodie, lui-même chanteur et diseur hors pair (une voix “triste” et “chaude” selon le témoignage de Proust, et dans tous les cas, magnétique), le venezuélien né à Caracas en 1874 et mort en 1947, mérite toujours sa juste évaluation. A Paris dès 1878 (sa mère était basque), Reynaldo se passionne pour la musique et l’opéra: au Conservatoire, il rejoint Gustave Charpentier dans la classe de Massenet. Le maître admire déjà les talents du jeune mélodiste; et c’est la diva Sybil Sanderson, la muse de Massenet et la créatrice d’Esclarmonde puis une Manon légendaire, qui chante Si mes vers avaient des ailes. Saint-Saëns parachève une formation qui fait naître un maître compositeur. Mais s’il cultive la lyre comique et légère, jamais Hahn ne la considéra mineure; lui dédiant tout son génie laborieux et cette quête continue de la perfection formelle: aux côtés de Ciboulette, le compositeur élabore aussi Mozart en 1925, Brummel en 1931, Malvina en 1935…


Cultivons la légèreté raffinée

Comme Degas, Hahn aime les divas et chanteurs du café-concert: il y puise une inspiration jamais éteinte, admirant l’art du dire, la défense du verbe agissant et palpitant. Une source exemplaire pour ce génie du drame simple et naturel. Pas germanophobe pour un sou, Hahn se réserve les délices d’un opéra français, sans prétention mais s’il est prévisible dans son intrigue et ses rebondissements, l’ouvrage conserve l’exigence de la perfection. Sur les traces de Chabrier (L’Etoile), d’Offenbach, et aussi de Charles Lecocq, auteur génial de La Fille de Madame Angot, Hahn souhaite s’illustrer dans le genre léger mais pas vulgaire, tout au contraire. Pourtant en dépit des ficelles et des clichés, Ciboulette relève de la finesse et de la subtilité à qui sait les entrevoir: le rôle central à peine caché de Duparquet qui contrôle les rênes de l’action en prenant en affection Ciboulette et son amoureux, le noble Antonin, indique clairement une conception de l’intrigue plus proche de Mozart (Cosi) que de Labiche. Le personnage avoue sa filiation avec le monde de l’opéra et de la Bohème: il a été Rodolphe de Mimi et de la vie de Bohème de Murger… Une sorte d’entité dans laquelle s’incarne toute la tradition du genre comique à l’opéra et de l’opérette en particulier. Lettré mais pas pédant, esthète sans affectation ni arrogance, Hahn a certainement aimé traiter le personnage de Duparquet, un être rare et exceptionnel, vibrant de cette culture vivante et généreuse qui doit être le propre de l’art. Cocardier cultivé donc, Hahn sait surtout tisser une nouvelle sensibilité française: ses citations ou allusions à Offenbach, Massenet, Chabrier ou Bizet indiquent le sentiment voire la certitude que le modèle italien n’était pas la seule voie dans l’art de la comédie et de la mélodie. Et si la finesse était bien une qualité spécifiquement française ?

Julie Fuchs, Ciboulette
Michel Fau, mise en scène

Illustration: Reynaldo Hahn

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