Gustav Mahler : Symphonie n°2 ” Résurrection ” (Kubelik)

mahler_profilCréée en 1895, la seconde symphonie de Mahler, aura demandé pas moins de six années pour être affinée et mise au propre. L’activité du compositeur est réduite à mesure que les responsabilités du musicien comme chef principal de l’Opéra de Leipzig lui demandent travail et concentration.
Au terme d’une gestation difficile et allongée, la Deuxième est un pélerinage vécu par le croyant, au préalable soumis à des forces titanesques qui le dépassent totalement. L’expérience des souffrances l’amène à un effondrement des forces vitales, ce qu’exprime le premier mouvement. Aucune issue n’est possible. Une solitude errante (hautbois), et même meurtrie. Mais l’homme se relève dans l’Andante qui fait suite : pause, regain de vitalité, et aussi, reprise du souffle. Le vrai combat n’est peut-être pas tant dans l’apparente représentation spectaculaire d’un vaste paysage à la démesure cosmique que bel et bien dans l’esprit du héros, en proie à mille pensées contradictoires, amères et suicidaires. C’est pourtant de la résolution d’un conflit personnel, du compositeur face à lui-même que jaillit la révélation de la fin : la carrière vécue comme une tragédie suscite ses propres sources de régénération grâce à une ferveur quasi mystique qui se dévoile pleinement dans les paysages célestes du dernier mouvement.

Fidèle à lui même, Kubelik s’impose par son recul et cette distanciation épique, un souffle grandiose et tragique dont il enveloppe en un geste précis et élégant, les développements de l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise, et aussi du choeur de la Radio Bavaroise dans le final. Cependant, la somptuosité des couleurs, surtout l’oxygénation qu’il trouve aux moments justes, en particulier dans l’Andante et plus encore dans l’activité dansée et nerveuse du Scherzo, qui est ce moment de pause et de repli, celui d’une conscience retrouvée, d’autant plus significatifs après le premier mouvement tendus par le ressentiment tragique, annule tout effet de pesanteur et de grandiloquence.
Les cordes fouillent les accents amers, relancent aussi les grimaces aigres que le héros ne parvient pas à écarter totalement.
Mais la Symphonie Résurrection, porte en elle cette aspiration à la sérénité et aussi à la plénitude. C’est bien au final du côté d’un accomplissement que la baguette du chef indique la direction.
L’Ulricht de Brigitte Fassbaender recueille toutes les souffrances vécues, assumées. La voix exprime et les épreuves passées et les attentes à l’oeuvre. Enfin, l’ultime et cinquième mouvement laisse s’épanouir en une déflagration cosmique la manifestation du ciel. Le croyant n’aura ni souffert ni vécu en vain : les paradis éthérés lui sont désormais ouverts.

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