Giselle en majesté à l’Opéra Garnier

Paris, Palais Garnier : Giselle, du 27 mai au 14 juin 2016. L’Opéra de Paris affiche un sommet du ballet romantique, Giselle (1841). Giselle, œuvre populaire et prestigieuse du répertoire, symbole du ballet romantique par excellence aux côtés de Raimonda, Coppelia, Les Sylphides. .., a été créée au Théâtre de l’Académie Royale de Musique en 1841. Le ballet répond au goût pour le fantastique, l’étrangeté, les scènes saisissantes voire terrifiantes liées à l’émergence du surnaturel, propre au ballet post-révolutionnaire (apparition de Myrthe puis de Giselle à l’acte II, acte des fantômes et des spectres faisant du ballet romantique, un tableau fanstastique). Morte par amour pour le prince Albrecht, Giselle réapparaît en effet au deuxième acte en Willis, ces dangereux spectres de jeunes fiancées défuntes (figure fixée par Heinrich Heine), mi-nymphes mi-vampires.

Giselle-opera-de-paris-mattjieu-ganio-582-390

 

A l’occasion des représentations de Giselle au Palais Garnier, le danseur étoile Matthieu Ganio répond à vos questions le 1er juin 2016, lors d’un live chat : cliquez ici pour participer

Contrairement aux idées reçues, la partition d’Adam est d’une subtilité onirique que des chefs comme Karajan – rien de moins – ont enregistré (Decca, avec le Philharmonique de Vienne en septembre 1961), révélant à travers une orchestration aussi raffinée que les ballets de Tchaikovski, une finesse de style qui porte évidemment les mouvements des danseurs sur la scène.

Des Orientales à La Wili… Giselle, étoile des ballets blancs. Tiré des Orientales de Victor Hugo, éditées en 1828, l’intrigue de Giselle mêle aussi aux aspiration de l’héroïne hugolienne – qui aimait trop le bal au point d’en mourir, les fantasme évanescents et lugubres du fantastique germanique tels que Heinrich Heine les a collectés et magnifiquement transposé dans De l’Allemagne (1835). Ainsi s’impose la figure des Wilis, fiancés morte avant leur noce mais qui ressucitent le soir sur leur tombe et entraîne dans une danse ivre et extatique les pauvres jeunes hommes qui croisent leur chemin. La vengeance non d’une blonde mais d’une âme fragile et passionnée qui en muse romantique hante les bois profonds afin de se venger des jeunes mâles trop naïfs. A partir de ce mélange franco-germanique, Théophile Gauthier et Saint-Georges façonnent le livret d’un ballet d’action en deux actes. Déguisé en paysan villageois, le prince Albrecht courtise la belle du village, Giselle. Mais Hilarion jaloux éconduit par la jeune femme démasque l’aristocrate devant la foule et la fiancée de ce dernier, Bathilde. Foudroyée par le menteur, Giselle meurt.

Au cimetière (cadre habituel des ballets blancs, c’est à dire fantomatiques, Giselle est devenue une Wili sous l’autorité de la reine Myrtha. Alors peuvent se réaliser les sentiments d’une femme morte certes mais douée d’un sens moral aigu : elle foudroie Hilarion le fourbe mais pardonnant à Albrecht qui sauvé par Giselle, peut épouser Bathilde. Pardon et amour pour une femme admirable.

Le rôle-titre est le plus convoitée des ballerines ; le ballet conçu par Gauthier fusionne pantomime et danse, car le ballets d’action offre des scènes dramatiques, très expressives qui font avancer l’action tragique et pathétique. La musique d’Adam a parfaitement intégré la nécessité du drame et chaque pas de danse exprime au plus juste une avancée de la situation. Ici l’envol de la Wili, Giselle (Carlotta Grisi à la création en 1843) est manifeste non par les machineries mais l’élan et la cohérence globale de la musique et de la chorégraphie, signée Jean Coralli et Jules Perrot. Admirateur passionné, Gauthier encense la Grisi qui fusionne les qualités pourtant opposées de Marie Taglioni (championne de La Sylphide) et de Fanny Essler. Grisi, nommé Etoile, Première danseuse après la création, incarne la nouvelle danseuse romantique par excellence grâce à Giselle, le ballet blanc légendaire

 

giselle-opera-de-paris-adolphe-adam

 

 

Giselle au Palais Garnier à Paris

ballet en 2 actes

chorégraphie : Jean Coralli, Julles Perrot

musique : Adolphe Adam

livret : Théophile Gautier, Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

Palais Garnier, Opéra national de Paris
Du 17 mai au 14 juin 2016

 

Comments are closed.