Friedelind Wagner, l’autre voix de Bayreuth

Friedelind WagnerAu moment oĂč sont cĂ©lĂ©brĂ©s partout dans le monde et Ă  Bayreuth Ă©videmment pour le festival estival, les 200 ans de Richard Wagner, classiquenews souligne le message diffĂ©rent d’un membre du clan Wagner, celui de Friedelind, petite-fille du compositeur qui de son vivant, aidĂ©e par Toscanini, eut le courage de rompre avec sa famille, refusant la collision nĂ©faste avec Hitler et le nazisme … Et si Friedelind, empĂȘchĂ©e Ă  Bayreuth, Ă©cartĂ©e par son frĂšre Wolfgang, incarnait mieux que ses proches, le message wagnĂ©rien ?

NĂ©e en 1918, Friedelind incarne la pensĂ©e miraculeuse du clan Wagner, si entĂąchĂ© par sa collision avec le nazisme et depuis le rĂšgne Ă  Bayreuth de la veuve Cosima, empĂȘtrĂ© dans des positions de replis dogmatiques ultraconservateurs. D’oĂč le problĂšme toujours actuel de Bayreuth au moment du bicentenaire 2013: la colline verte n’a pas rĂ©solu ses querelles de successions internes ni vraiment convaincu en terme de qualitĂ© artistique. VoilĂ  bien longtemps que le thĂ©Ăątre Ă©difiĂ© par Wagner grĂące Ă  Louis II de BaviĂšre ne prĂ©sente plus les meilleures productions du Ring, de Lohengrin, de TannhĂ€user et de Parsifal … L’Ăšre de Wieland, avec sa politique artistique audacieuse et ses mises en scĂšnes conceptuelles et esthĂ©tiques paraĂźt bien lointaine Ă  prĂ©sent, mais Wieland avait dĂ©montrĂ© aprĂšs la guerre combien un nouveau Bayreuth, temple de la magie wagnĂ©rienne, Ă©tait alors possible. Les temps ont changĂ© depuis…

 

 

Wagner dénazifié :
l’ange Friedelind contre Bayreuth

 

Friedelind est la fille de Siegfried Wagner, le fils de Richard, homosexuel dont les inclinations sentimentales ont toujours Ă©tĂ© savamment masquĂ©es par le clan, en particulier grĂące Ă  son mariage avec Winifried, totalement dĂ©volue Ă  Hitler (que ses enfants doivent adorer comme leur oncle) : elle fait de Bayreuth le refuge des nazis et fait basculer toute l’activitĂ© wagnĂ©rienne du cĂŽtĂ© de la barbarie, assimilant encore Wagner avec la pensĂ©e hitlĂ©rienne, tel un outil de propagande Ă  la solde du tyran barbare. ‹Ayant des rapports tendus avec sa mĂšre, Friedelind rĂ©siste Ă  l’emprise du nazisme sur le clan : mĂȘme si elle se rĂ©sout Ă  visiter le fĂŒrer en 1937, elle garde chevillĂ© au corps, une distance avec l’idĂ©ologie imposĂ©e par sa mĂšre. Doutant de l’assimilation assumĂ©e du wagnĂ©risme comme propagande pour Hitler, le jeune femme dĂ©cide de rompre avec sa famille et quitte Bayreuth dĂšs 1939, Ă  21 ans : elle s’exile aux USA en 1940 avec le soutien d’un wagnĂ©rien humaniste comme elle, Toscanini. Friedelind garde des liens avec son frĂšre Wieland.
En 1945, Friedelind Ă©crit et fait publier ses souvenirs de la pĂ©riode Bayreuth hitlĂ©risĂ© (Heritage of fire) : aujourd’hui encore le livre est soigneusement tenu secret et inaccessible, tant Ă  cause des rĂ©vĂ©lations impardonnables sur les choix du clan Wagner pendant la guerre, que par la figure admirable d’un membre qui a su dĂ©celer l’horreur et s’en dĂ©tacher quitte Ă  en souffrir.

En 1953, aprĂšs la guerre, Friedelind revient Ă  Bayreuth mais sa mĂšre l’en Ă©carte : la fille a trahi, elle n’a donc pas sa place au sein du ThĂ©Ăątre de son grand-pĂšre ; et pourtant la fille prodigieuse s’entĂȘte Ă  orienter le lieu par une nouvelle position plus Ă©thique. Consciente cependant de l’immense hĂ©ritage de son aĂźnĂ©, Friedelind organise en marge de Bayreuth, plusieurs masterclasses (1959) destinĂ©es Ă  sensibiliser les jeunes musiciens et le public Ă  la musique de Richard Wagner, reprenant de ce dernier l’idĂ©e d’ouvrir une Ă©cole favorisant la comprĂ©hension et l’interprĂ©tation des opĂ©ras wagnĂ©riens. HĂ©ritiĂšre spirituelle de son grand-pĂšre, Friedelind parvient Ă  former plusieurs chanteurs dont la mezzo Barbara Conrad. ‹Avec la mort de son frĂšre Wieland (1966), Friedelind perd un soutien important Ă  Bayreuth : Wolfgang le 2Ăšme frĂšre et co directeur du festival prend alors les rĂȘnes de l’institution : comme leur mĂšre Winifried, Wolfgang interdit Ă  sa soeur l’accĂšs au ThĂ©Ăątre. ‹Jusqu’Ă  sa mort en 1991, Friedelind ne cesse de dĂ©fendre une autre histoire de Wagner Ă  Bayreuth, le dĂ©barrassant des collusions avec l’hitlĂ©risme qui a dĂ©naturĂ© profondĂ©ment le message de Wagner.

Le travail des annĂ©es futures, au moment du bicentenaire Wagner 2013 devrait voir une nouvelle approche de l’histoire du wagnĂ©risme en Allemagne et Ă  Bayreuth : se pencher sur l’oeuvre et la vie de Friedelind Wagner permettra de rĂ©Ă©crire demain le message de Wagner Ă  travers ses oeuvres ; expliquer le sens du Ring en le distinguant clairement des multiples instrumentalisations dont il a Ă©tĂ© l’objet dont surtout la rĂ©cupĂ©ration par les nazis et le clan Wagner (Winifried, Wolfgang) reste le point crucial d’une bataille toujours d’actualitĂ©.

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