France Musique, dim 12 sept 2021. 16h Schubert : Fantaisie en fa mineur

Franz-SchubertFrance Musique, dim 12 sept 2021. 16h Schubert : Fantaisie en fa mineur / in F Minor, pour 4 mains. Comme un chant intérieur d’une inéluctable puissance tragique tout au moins mélancolique, la Fantaisie D 940 de Schubert fait partie des Å“uvres les plus prenantes de l’auteur, associant tendresse, profondes blessures aussi, les différents traitements harmoniques du même air initial échaffaudant peu à peu de vertigineux gouffres à mesure que la partition se déroule, l’insouciance apparente du début produisant aussi des séquences paniquées. Chaque lecture se doit de maîtriser la tendresse qui s ‘écoule et aussi le caractère inexorable et irrépressible d’une lente agonie. Datée de 1828, soit l’année de sa mort, la Fantaisie revêt chez beaucoup d’auditeurs, la forme d’un testament intime et artistique voire spirituel. Dédiée à la comtesse Caroline Esterházy, l’œuvre bouscule par sa franchise, sa pudeur, sa force autant que son onirisme suggestif. Comme fantaisie, la liberté du développement ajoute à sa richesse : exploratoire, l’écriture semble se jouer de tous les registres expressifs, cultivant les contrastes, l’originalité mais surtout la sincérité et donc le sens de la forme, l’équilibre de son architecture, comme la mise en parallèle des séquences si caractérisées. On y détecte une même maturité égale à celle d’un Beethoven épris de franchise comme de regard critique sur le déroulement musical. La répétition ou plutôt la réexposition du thème initial après 10 mn de développement et de parcours rythmique et harmonique divers, accuse la sensation d’un temps étiré, autre, une métamorphose lors de la seconde écoute… jusqu’à l’élucidation du thème de façon harmonique qui résonne comme une délivrance magicienne ou une décantation de plus en plus abstraite et immatérielle. Le dernier accord relevant du mystère le plus absolu, nimbé de questionnements… 1828, ultime période de la vie – si courte- de Franz Schubert a produit plusieurs chefs d’œuvre — les Impromptus posthumes, la Messe n°6 en mi bémol majeur, les 3 dernières Sonates pour piano, le Quintette en ut Majeur à deux violoncelles… La Fantaisie D 940 appartient au cycle majeur qui touche par sa puissance sincère, son raffinement mélodique, sa fausse bonhommie, sa gravité pudique. L’étude des notes diverses laissées par le compositeur depuis l’amorce de la partition (janvier 1828) jusqu’à son état « achevé » indique clairement la puissance d’un génie musicien qui pense le son, le sens des notes avec une maturité et une acuité bouleversantes. De la à dire que dans cette Å“uvre inclassable et forte, Schubert traverse le miroir et nous mène au delà de l’invisible, la tentation est grande… mais pas déplacée.

Ecoute comparative de différentes versions enregistrées
Tribune des critiques de disques.
jusqu’à 18h

ECOUTER / VOIR sur Youtube
Maria João Pires & Ricardo Castro perform Schubert’s Fantasy in F minor, Piano 4-Hands, D940
https://www.youtube.com/watch?v=aO5fLLHj55k

Franz Schubert : Fantaisie en fa mineur D. 940 (piano à quatre mains)
https://www.dailymotion.com/video/x82goxz
Les pianistes Ingmar Lazar et Danielle Laval interprètent la “Fantaisie en fa mineur” D. 940 de Franz Schubert, à quatre mains.

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