Festival Les Arts Jaillissants. Monsapey (73) Du 5 au 19 juillet 2008

Les Arts Jaillissants

Du 5 au 19 juillet 2008
Montsapey (73)


Marguerite d’Autriche, baroque et romantisme
Depuis 15 ans, ce festival parti d’un tout petit village au confluent Arc-Isère fonde ses recherches spécifiques sur la musique ancienne, et en 2008 rend hommage à la princesse renaissante Marguerite d’Autriche, fervente de culture et de musique européennes. Des « entretiens en Maurienne », des séquences de randonnées, de la découverte patrimoniale accompagnent les 5 concerts de musique vocale, instrumentale et de chambre.

Fortune importune fort une femme
Quelle femme exceptionnelle fut au début de la Renaissance européenne petite fille de Charles le Téméraire, veuve à 24 ans du duc Philibert de Savoie, marraine de son neveu Charles-Quint, duchesse de Savoie, régente des Pays-Bas espagnols ? Et aussi fondatrice du monastère de Brou, où son gisant et celui de Philibert ont marqué l’histoire de la sculpture, humaniste dont la culture scientifique, poétique, musicale lui permettait de songer à Erasme pour devenir précepteur de l’enfant Charles-Quint, et de dialoguer avec le sculpteur allemand Conrad Veit, les compositeurs Josquin des Prez et Pierre de la Rue. Et dont les talents politiques lui ont fait conduire aux Pays Bas un assez convaincant équilibre entre souplesse diplomatique et fermeté religieuse. Dont la devise a double traduction possible : « Chance mais aussi malheur me renforcent », ou « la Fortune importune fort une femme »… Allez, c’est Marguerite d’Autriche ( 1580-1630), dont « Carnetz secretz » rassemble mélodies et pièces instrumentales marquées au sceau de la passion ombrée de mélancolie, et que le groupe des « Jardins de Courtoisie » (Anne Delafosse-Quentin) a révélé pour le festival d’Ambronay, qui en a tiré un cd. particulièrement réussi et élégant (AMY007, distr.Harmonia Mundi). Donc Marguerite d’Autriche est à l’orée du Festival (16e du nom), en une journée d’inauguration qui réunit thématiques et démarches caractéristiques dans ce village (moyenne montagne) à 50 âmes (pas mortes), soudain multipliées au début de chaque été.

« Montsapey, village savoyard » ?
Montsapey s’enorgueillit d’être aussi un territoire de réflexion(s) sur la culture, l’histoire (pas seulement musicale), le rapport d’un pays(age) et d’un terroir au bel aujourd’hui (ou la part qu’on peut en nommer ainsi). Le 5 juillet verra donc, avant le concert du début de soirée par les Jardins de Courtoisie, reprenant les chants anonymes et de Brumel, P.de la Rue, A.Agricola, Josquin, M.Pipelare et LCompère, une triade active par la tête et les jambes. On vernit à l’Espace Lauzière les enluminures de Marie Gorrindo, on randonne et concertise, puis on goûte au Relais du Lac Noir, et surtout on se sera débrouillé, dès potron minet, pour gagner le lac de Charbonnière participer de voix ou d’oreille aux Entretiens sur Marguerite d’Autriche. Avec un bel éventail de spécialistes, musicaux comme Anne Delafosse, « visuels » comme Anne-Marie Sarda, conservatrice de Brou, historiens et généralistes du savoir, tels Philippe Joutard, ancien recteur qui s’est récemment illustré par son opposition aux « réformes de l’école », qu’il juge anti-pédagogiques et surtout médiocrement culturelles. Ou Emmanuel Le Roy Ladurie, dont les recherches ont marqué théorie et pratique historiennes, en même temps que son engagement idéologique (il quitta le PCF, en même temps qu’Annie Kriegel et François Furet, en 1956), et qui après son grand classique « Montaillou, village occitan », pourrait profiter de sa venue pour jeter les bases d’un « Montsapey, village savoyard »…En soirée, le concert Carnetz Secretz, et joyeuse clôture sur un p’tit bal du samedi soir version Renaissance, grâce aux ressources multi-média du groupe lyonnaise des Boréades.

Doulce mémoire et cérémonie des adieux
Vivement dimanche suivant, selon la thématique « monarchiste-musicale » de l’Europe : un jeune ensemble vocal français, très lauré, la Maîtrise des Pays de Loire (dir. Bertrand Lemaire), introduit par des textes du récitant (France-Musique) François Castang, chante Monteverdi, Pergolèse et Mozart. Et la Doulce Mémoire de D.Raisin-Dadre remonte jusqu’aux sources de la grande musique française, du côté de chez l’austère Eustache du Caurroy, qui était tenu en très haute estime par le Père Mersenne, l’infiniment savant, nterlocuteur privilégié de Descartes et Pascal, et premier mesureur de…la vitesse du son. Du Caurroy, un demi-siècle avant la pompe funèbre de Bossuet – mais en moins « déchaîné du discours baroque » – s’était « spécialisé » en paraphrases sur le deuil : « La mort ne l’a point changée, si ce n’est qu’une immortelle beauté a pris la place d’une beauté changeante et mortelle, et nous la voyons, cette beauté, rehaussée d’une lumière divine… » Ici, ce sera le « Requiem des Rois de France », must musical des funérailles d’Henri IV puis de Louis XIII, en gloire posthume, donc, du compositeur (1549-1609).

Encore un samedi, et – selon le côté généraliste du Festival baroque savoyard -, piano et cordes vont enchanter en romantisme et post-romantisme, de Mendelssohn et Schubert à Chopin, Brahms et Rachmaninov. Le Quatuor Elysée, la violoncelliste Emmanuelle Bertrand et la pianiste Anne Queffélec. Histoire de refermer le Livre des Heures en convivialité, puisque la réception de clôture n’est pas limitée aux V.I.P., mais « aperta a tutti quanti, e viva la liberta ! », pour tous les festivaliers. Qui auront antérieurement pris soin d’admirer dans l’église les lumières du cristallier Jean-Michel Delisle éclairant objets baroques et trompe-l’œil néo de Pierre Moretti, et lu un Sancte Bartholomae, ouvrage savant et très illustré des….Trois Frères Villermet ,fondateurs et animateurs du Festival, sur Montsapey architectural et décoratif : un investissement patrimonial éditorial, dont les retombées serviront à la restauration de la statuaire en bois polychromé de l’église.

Les Arts Jaillissants de Montsapey (73) . Concerts le samedi 5 juillet (18h30), dimanche 13 (16h et 18h30, samedi 19 (16h et 18h30). Entretiens en Maurienne, samedi 5 à 9h. Œuvres de Eustache du Caurroy (1549-1609), Antoine Brumel, Pierre de la Rue, Josquion des Prez, C.Monteverdi, W.A.Mozart, G.B.Pergolèse, F.Schubert, F.Mendelssohn, F.Chopin, J.Brahms, S.Rachmaninov.Informations et réservation : T. 06 19 06 46 65

Illustration: portrait présumé de Marguerite d’Autriche, enfant. Jean Hey dit le Maître de Moulins (?). Paris, musée du Louvre

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