FAUST de GOUNOD, une quête du salut

ary-scheffer-faust-at-the-sabbathBICENTENAIRE GOUNOD 2018. FOCUS sur FAUST… Faust de Gounod est e second succès du compositeur, et en 1959, une manière de retour en grâce auprès du public qui depuis Le Médecin malgré lui d’après Molière l’avait quelque peu boudé. Fait marquant pour ce Prix de Rome 1839, il s’agissait de reconquérir la place lyrique, lui qui se destinant aux ordres, avait finalement suivi le conseil de Pauline Viardot, cantatrice magnétique et tutélaire pour laquelle il avait débuté une fulgurante carrière avec Sapho, sublime, immortelle par sa lyre chantante (l’équivalent féminin d’Orphée, remarquable ouvrage au génie mélodique créé en 1851). Avant que n’arrive Roméo et Juliette de 1867, ensorcelante ivresse amoureuse par ses 3 duos extatiques (vraie alternative à Wagner), Faust est l’opéra le plus joué en France et dans le monde. L’ouvrage est en 5 actes et est conçu de 1839 à 1859 : 20 années d’une création difficile car Gounod sait l’ampleur de la tâche qui doit être digne de la source poétique allemande : Goethe. Schumann vient de terminer sa version en 1853, mi oratorio mi opéra. Mais la version première comporte des dialogues parlés qu’il remodèle en récitatif ajoutant le ballet du début du Vè acte (la fameuse Nuit de Walpurgis) pour la reprise de 1869 à l’Opéra de Paris. Héritier de Meyerbeer et de Halévy dans le genre du grand opéra à effets (spectaculaires et … fantastique, sujet oblige), Faust est le plus grand succès français (2358 représentations cumulées à Paris en 1975).
A travers le mythe de Faust, se précise le défi de toute une vie : la vanité du savoir face à l’inexorable déchéance physique : que sert de comprendre le monde, s’il n’offre que frustrations et souffrance ? Le docteur Faust âgé désespère du monde et de la vie, mais rencontre Méphistophélès qui en échange de son âme, lui promet délices et merveilles. Or l’illusion et la dépression ronge le cœur de Faust qui se lasse des plaisirs suscités par le Malin : il reprend cependant espoir par l’amour que lui apporte la pure et croyante Marguerite. Pourtant favorisé et protégé par Méphistophélès, Faust provoque la mort de la mère et du frère (Valentin) de la jeune femme. Celle ci noie l’enfant né de leur union maudite…

 

 

 

Faust à l’épreuve des plaisirs
Opéra du salut, entre amour et repentir

 

 

A la différence de Goethe qui dans le 2è volet de son Faust, s’intéresse au salut de l’âme du docteur que sa quête indicible du bonheur a conduit au bord du gouffre infernal, Gounod exploite la veine dramatique du sujet, et se concentre surtout sur le thème amoureux qui unit et détruit aussi le couple illégitime. La culpabilité et le tragique s’emparent de l’action jusqu’à son terme fatal. Le plus beau tableau reste le IIIè, celui de la rencontre avec Marguerite (après son air célèbre, air des bijoux parodié par Hergé dans Tintin, dans le personnage caricatural de la Castafiore : Ah je ris de me voir si belle en ce miroir…). Le IVè acte scelle le destin de Marguerite qui devenu mère est accablée par la culpabilité tandis que son frère Valentin, souhaitant venger l’honneur de sa sœur, meurt en duel contre Faust. Le début du dernier acte synthétise toutes les ivresses orgiaques auxquelles pourrait prétendre Faust (la Nuit de Walpurgis : sorte de réponse française au ballet orgiaque lui aussi qui ouvre l’opéra Tannhaüser de Wagner) : d’ailleurs tout en lascive séduction, le ballet de Walpurgis emprunte à la valse alors dominante à Vienne, le rythme entêtant des 3 temps, en particulier dans la danse des Nubiennes… mais Faust séduit d’abord par le Malin, mesure l’étendue de la vanité des plaisirs. Croyant, Gounod imagine à la fin du Vè, une Marguerite repentante (après avoir tué son enfant) et face à ce terrible crime, un Faust lui aussi pétri de remords. Séduisant et raffinée, l’écriture de Gounod dès 1859 remodèle le format et la forme du grand opéra français, en assouplissant les angles tragico spectaculaires, issus de Meyerbeer, par une tendresse nouvelle, une langueur qui porte à l’amour.

Illustration : Faust au Sabbath, 1842 / Ary Scheffer

 
 
 
 
 

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FAUST, actualités
the gounod edition set box 15 cd WARNER, critique cd, cd review presentation annonce CLASSIQUENEWSL’éditeur WARNER pour le bicentenaire GOUNOD 2018 réédite la version complète en 5 actes enregistrée par Michel Plasson et l’orchestre du Capitole avec une somptueuse distribution : Freni, Domingo… LIRE notre présentation de ce coffret majeur : THE GOUNOD EDITION, qui remporte le CLIC de CLASSIQUENEWS de juin 2018

 

 
 

CURIOSITÉ… Paris affiche en juin 2018 une production de la version « originale » en 4 actes de 1859, l’originelle, avec dialogues parlés, et sans le joyau symphonique ajouté en 1869, le fameux ballet qui ouvre le 5è acte, la nuit de Walpurgis… En revenant au premier état, ce Faust 1 présente plusieurs airs tronqués, des tableaux déplacés, offrant un enchaînement épars et déconstruit, dépouillé de l’éclat fantastique qu’apporte le 5è acte. A suivre. PARIS, TCE, 14 juin, 19h30

 
 
 

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