EXPOS. Paris, Musée d’Orsay, jusqu’au 11 septembre 2016 : CHARLES GLEYRE (1806-1874) : le Romantique repenti

EXPOS. Paris, Musée d’Orsay, jusqu’au 11 septembre 2016 : CHARLES GLEYRE (1806-1874) : le Romantique repenti. Peinture académique et originale. Qui est Charles Gleyre, peintre français oublié qui est mort l’année de la première exposition impressionniste ? Une histoire personnelle semée de mystères et d’interrogation, une réputation posthume injuste, une activité de peintre parisien volontairement inscrite dans l’ombre, lente voire méticuleuse donc suspecte, et de plus en plus éloignée des milieux officiels… il n’en fallait pas davantage pour brouiller les cartes et enterrer avant l’heure, l’un des peintres les plus passionnants de l’école française dite académique du XIXème, et le Musée d’Orsay, jusqu’au 11 septembre 2016 a choisi de réhabiliter. André Charles GLEYRE est ce maillon méconnu, volontairement mésestimé, entre Ingres et Gérôme dont Orsay avait réalisé une rétrospective elle aussi captivante. D’autant que dans l’esprit de la continuité, le Musée d’Orsay réhabilite ainsi le propre maître du dit Gérôme. De Gérôme à Gleyre se précise une généalogie nouvelle attestant au sein de l’écriture classique ou règne depuis Ingres, l’orthodoxie prééminente du dessin, des écritures qu’il est donc passionnant de découvrir, comprendre comme évaluer sur les cimaises d’Orsay. Un accrochage d’autant plus incontournable que beaucoup de toiles sont habituellement conservées hors de France (à Lausanne en Suisse, dans des collections particulières ou aux USA…).

 

 

 

Orsay réhabilite enfin le talent inclassable de Charles Gleyre

GLEYRE, génie poétique, secret et mystérieux

 

 

Le peintre est né en Suisse dans le canton vaudois  ; orphelin élevé à Lyon, le jeune homme devient aventurier orientaliste qui osa faire son grand tour méditerranéen, en Grêce… jusqu’aux confins des cataractes égyptiennes (un courage insensé à l’époque réalisé grâce à l’expédition financée par le riche américain John Lowell) ; il est probable que l’aventure frôla le cauchemar et Gleyre a l’intelligence d’interrompre le périple préférant regagner la France avec néanmoins une grave affection aux yeux…  A Paris, il réalise nombre de ses chefs d’œuvres pour des amateurs privés, suisse ou américains. Artistiquement, Gleyre est l’homme des rendez-vous difficiles : il rate non sans éclat sa fresque au Château de Dampierre (que réussit a contrario Ingres lui-même, lequel fera effacer l’essai avorté de son cadet, pourtant partisan comme lui, de la veine académique). Seul, le chef d’œuvre exposé au Salon de 1843, et depuis au Louvre, « Le Soir » – en son mystère nostalgique-, enchante le public et marque les esprits : une génération d’amateurs s’est éduquée l’œil avec ce tableau emblématique du romantisme antiquisant des années 1840 en France (illustration ci dessous). Critique vis à vis de Napoléon III, Gleyre s’écarte volontairement des milieux influents et des commandes à partir de 1851.

 

 

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PROFESSEUR DE RENOIR, SISLEY, GEROME… « Rappelez-vous donc, jeune homme, que, quand on exécute une figure, on doit toujours penser à l’antique  » (Gleyre au jeune Renoir venu apprendre le métier dans son atelier). GLEYRE est une personnalité dont l’influence sur l’école française est enfin rétablie. Car de très nombreux artistes suivent l’enseignement du Maître en son atelier rue du Bac, parmi eux les tenants de l’esthétique moderne à venir : Bazille, Sysley,  Renoir… autant de piliers du futur impressionnisme. C’est que dans l’atelier de Mr Gleyre, chacun peut laisser s’épanouir son métier grâce à une solide formation technique apprise sur le modèle vivant, dans la copie des Maîtres, dans l’exercice de mémoire aussi. Gleyre n’est en rien ce conservateur austère accroché à un système passéiste. Libéral et républicain forcené (d’où sa distance assumée avec les cercles officiels du Second Empire), le maître doué d’un génie spécifique sait transmettre son expertise gratuitement, facilitant l’émergence des sensibilités et des manières dans une vision progressiste étonnamment moderne pour l’époque. Aux côtés des Delaroche (son rival, qui épousa la seule femme dont il s’était épris), et Couturier, Gleyre fait figure de peintre généreux, ouvert, particulièrement souple.

GENIE POETIQUE... Les jaloux et les critiques n’ont pas manqué d’épingler son génie qui gênait : esprit sec, érudit, d’une palette terne et sérieuse, sans éclat, certes au dessin sûr et précis mais aux compositions confuses et sophistiquées. Les parisiens connaissaient surtout de Gleyre, un seul tableau : présenté en 1843, « le Soir » (car toute son œuvre nous parle du temps, – instants perdus, instants vécus comme en une regard rétrospectif coloré d’une indéfectible mélancolie silencieuse), dit aussi « les Illusions perdues » (d’après Balzac), devenue une image amplement diffusée… Charles GLEYRE est incontestablement un génie français oublié ; la force originale de ses compositions très poétiques en attestent l’acuité : c’est un technicien de premier ordre doué d’une verve dramatique confondante dont l’invention annonce le symbolisme. A voir absolument.

 

 

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boutonreservationJusqu’au 11 septembre 2016, le Musée d’Orsay expose les principales œuvres de Gleyre, l’académique éclectique, professeurs des impressionnistes, personnalité attachante et même centrale dans les années 1850 et 1860, grâce au succès de son atelier où se pressent les grands créateurs de la fin du XIXè. Exposition événement. Compte rendu complet et développé à venir sur CLASSIQUENEWS.COM. Exposition Charles Gleyre (1806-1874). Le romantique repenti… Du 10 mai au 11 septembre 2016, Paris, Musée d’Orsay, exposition temporaire, niveau 5

A LIRE… Catalogue de l’exposition édité par Musée d’Orsay et Hazan : 45 euros. Remarquable ouvrage collectif qui argumente illustrations en couleurs et grand format à l’appui, le génie poétique d’un peintre académique au fort tempérament imaginatif, réfléchi et dramatique, personnalité attachante et moderniste, comme pédagogue généreux et créateur scrupuleux, soucieux du sens et de la suggestivité de ses compositions…

 

 

Illustrations : Charles Gleyre (1806-1874), autoportrait / Le Soir, intitulé aussi « Les Illusions perdues », exposé au Salon de 1843, (actuellement au Louvre) (DR)

 

 

 

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