EXPO, Clermont Auvergne Opéra. « COSTUMER le siècle des Lumières », jusqu’au 20 août 2022

exposition-costumer-le-siecle-des-lumieres-classiquenews-critique-annonce-opera-exposition-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-clermont-ferrandEXPO, Clermont-Ferrand. « COSTUMER le siècle des Lumières », jusqu’au 20 août 2022. Dans son titre « Costumer le Siècle des Lumières », l’exposition conçue par le directeur de l’Opéra de Clermont-Ferrand (Clermont Auvergne Opéra / CAO), Pierre Thirion-Vallet, affiche clairement ses intentions : à travers une sélection de costumes de ses productions maison, évoquer la formidable épopée de la mode au XVIIIè, mais aussi préciser ce qui inspire metteurs en scène et costumiers, confrontés à l’opéra des Lumières…

Le parcours qui s’offre à vous pour l’été, jusqu’au 20 août 2022, et en accès gratuit, est d’une rare pertinence : les touristes comme les Clermontois, amateurs lyricophiles ou non suivent ainsi l’histoire et l’évolution du costume (féminin et masculin) au XVIIIème, cet essor singulier de la mode qui avec l’implication (et les moyens) que lui réserve Marie-Antoinette à partir de 1774, connaît un renouvellement permanent et une créativité exceptionnelle ; en mettant en scène les opéras de Mozart, mais aussi à l’extrémité de la période, ceux d’Adolphe Adam (Le Toréador dont son exposés les costumes du rôle-titre et de Coraline / dans un style Empire, CAO 2001), il s’agit d’aborder sur scène tout une esthétique textile dont la tendance suit les soubresauts de l’Histoire : casser les conventions, renouveler les formes, réinventer son rapport au corps. A la fois historique, esthétique, critique, l’exposition s’offre comme un somptueux livre d’images, comme une réserve d’idées et de relectures diverses. La preuve est ainsi donnée que l’opéra est un formidable laboratoire d’expérimentation artistique où entre autres, aux côtés dés décors, la conception des costumes participe activement à la fabrique de l’illusion voire de l’enchantement.

Le contenu de l’exposition, à travers la quarantaine de costumes de scène scénographiés, évoque l’évolution de la mode, masculine et féminine, mais il dévoile aussi comment les productions d’opéras s’approprient l’héritage des Lumières ; plutôt que s’assécher et reconstituer, chaque réalisation revisite, réinterprète, redessine et réinvente formes et silhouettes, sélectionne couleurs et matières, accessoires et étoffes, selon les intentions dramaturgiques du metteur en scène.

 

 

 

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Le Foyer de l’Opéra de Clermont-Ferrand présente les costumes de la production maison des Noces de Figaro (2022)

 

 

 
 

 

 

ÉCLAIRER LA VISION DU METTEUR EN SCENE…

C’est lui le concepteur qui décide, trouve et argumente sa propre vision. Un certain XVIIIème se précise ainsi de salle en salle ; « Dis moi comment tu t’habilles et je te dirai qui tu chantes » : ici, les protagonistes de Don Giovanni de Mozart (production CAO, 2012), tout en adoptant le style vestimentaire propre à l’époque de la création viennoise [1787] affichent tous, mille et une nuances d’un rouge sang, dans des proportions à la fois sobres, graves, majestueuses. On aura compris que la couleur est celle de la passion, du désir fouetté par la fureur du Séducteur narcissique, pressé par la course du temps. En revanche rien de tel pour Cosi fan tutte (CAO, 2011) dont la couleur principale des fines étoffes et textures est celle d’un blanc tendre et lumineux, manifeste des Lumières, qui assume clairement et revendique même le naturel et la liberté de mouvement…

On (re)découvre ainsi une majorité de productions lyriques présentées à Clermont-Ferrand dont en particulier, investissant l’ensemble du foyer Belle Époque, Les Noces de Figaro (CAO, 2022), opéra libertaire par excellence, très emblématique des Lumières et qui formule idéalement une certaine vision contemporaine sur le XVIIIè ; ici le choix du tissu principal indique clairement cet esprit de rébellion : la toile de jean ou le denim dans lesquels les costumes ont été coupés dans le style XVIIIè.

Ainsi se cristallise la vision de Pierre Thirion-Vallet, directeur de Clermont Auvergne Opéra et aussi metteur en scène : « Les Noces sont un opéra où se joue une guerre de classe et une guerre des sexes ». De fait, les costumes indiquent clairement l’arrière plan révolutionnaire en associant le jean aux baskets, portés par tous les solistes.

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Rouge sang pour Don Giovanni

 
 

 

 
 

 

PAROLES DE COSTUMIERS…

 
Une salle diffuse un documentaire passionnant qui recueille la parole des costumiers « vedettes », Renato Bianchi, directeur de l’Atelier des costumes de la Comédie Française (qui a signé à Clermont, les costumes pour la production d’Acis et Galatée de Haendel / 2015) et aussi Véronique Henriot, costumière à l’Opéra de Clermont à laquelle on doit entre autres les costumes des Noces de Figaro, comme ceux d’Orphée et Eurydice de Gluck (CAO, 2019) ; c’est d’ailleurs la robe de l’Amour (d’Orphée), qui en début du parcours, accueille le visiteur : tout est dit dans cette jupe coupée court, ornementée de collier, de dentelles, rubans, plumes et fleurs dont la mise fusionne, et le délire fantasque du baroque et la passion des étoffes des Lumières.

Les deux créateurs évoquent ce qui les passionne chacun, confrontés au défi de livrer les costumes d’une production XVIIIè. La réinvention est le vecteur le plus stimulant : chacun y explore comme un démiurge toutes les possibilités de formes, de textures, de couleurs. D’autant que la période est la plus dynamique dans l’histoire du vêtement.

 
 

 
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 Costume de l’Amour (Orphée et Eurydice de Gluck)

 
 

 

L’exposition éclaire l’avènement de la mode avec le couple mythique formé par Marie-Antoinette, reine de France et sa « ministre de la mode », l’incontournable Rose Bertin : à elle deux, un âge d’or de la toilette féminine se déploie sans limites dès 1776 ; des costumes d’apparat fixé par l’étiquette aux tenues plus intimes et personnelles, « à l’antique » dont la fluidité et la souplesse, révélant le corps, indique un changement radical de conception, qui s’oppose aux robes dessinées, corsetées par les couturiers hommes.

Aux côtés des costumes des productions Maison, sont exposées aussi 3 tenues imaginées par Christian Lacroix pour Adriana Lecouvreur de Cilea à Frankfort (prêts du Centre national du costume de scène, à Moulins, production de 2012) : relecture délirante d’un XVIIIè « baroquisé »…

Les regards sont multiples ; les réinventions porteuses de sens. Le XVIIIè est un terreau riche et stimulant qui permet aux metteurs en scène actuels de retrouver la modernité des opéras des Lumières.

 
 

  
 

 
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Blanc, couleur de la liberté et du mouvement

 
 

 

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Costumes pour Cosi fan tutte

 
 

  
 
 
 

LA GAZETTE DES ATOURS

 

Parmi les nombreux objets et pièces exposés, complémentaires aux costumes, on distingue la « gazette des atours de Marie-Antoinette » pour 1782, présentant la sélection des tissus pointés par la Reine, comme elle le faisait quotidiennement ; comme le tableau signé Alexandre-Évariste Fragonard : « Don Juan Zerlina et Donna Elvira »(vers 1830), témoignage éclatant d’une époque où Paris se passionne pour les opéras de Mozart (prêt du Musée d’Art Roger-Quilliot). Le fils de Jean-Honoré Fragonard, dans une touche porcelainée, léchée, fixe ce moment où Elvire, délaissée par le Séducteur, tente de soustraire l’ingénue Zerline, des mains du libertin tentateur… On goûtera avec le même plaisir, les pièces exposées dans le Foyer : tous les costumes de la production des Nozze di Figaro, présentée la saison passée (en avril 2022) in loco, avec plusieurs éléments des décors (conçus par Frank Aracil), soit une immersion complète, au plus près des éléments du spectacle… Ainsi les termes usuels des costumiers : redingote, jupe et culottes, gilet, chemise, comme les acteurs de la mode (Merveilleux et Muscadins…) n’auront plus aucun secret pour vous, au terme de la visite.

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Vue générale des costumes pour les Noces de Figaro (dans le Foyer)

 
 
 

 
 

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Travail des costumes pour les Noces de Figaro : mille et une nuances en jean et denim

 
 
 

 

Le parcours mène le visiteur dans un dédale enchanté qui est aussi une formidable opportunité pour (re)découvrir l’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand : le vestibule d’entrée, les escaliers, le foyer, la grande salle et son plafond, analysé par un savant jeu de lumière… son programme peint illustre l’établissement flambant neuf inauguré en 1894 et qui a « recyclé » les anciennes halles de textile. Exposition événement, à voir absolument jusqu’au 20 août 2022.

 

 

 

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Exposition « Costumer le siècle des Lumières », Opéra de Clermont-Ferrand / Clermont Auvergne Opéra (CAO), jusqu’au 20 août 2022 – entrée libre – Du mardi au samedi : 14h – 18h.

 
 
 
 
 

PLUS D’INFOS sur le site de Clermont Auvergne Opéra : https://clermont-auvergne-opera.com/actualite/costumer-le-siecle-des-lumieres-ou-comment-les-costumiers-revisitent-le-18eme-siecle/

Découvrir l’exposition “Costumer le siècle des Lumières” en images ICI

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TEASER VIDEO

https://vimeo.com/729610957/fd73dc1e18?embedded=true&source=vimeo_logo&owner=141117930

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