Eugène Onéguine à Munich

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Munich, Opéra de Bavière. Tchaikovski : Eugène Onéguine. 2<13 mai 2015. 19h. L’opéra de Bavière à Munich reprend la production provocante désabusée signée Warlikowski, abordant la tragédie noire d’Onéguine. Scènes lyriques en trois actes et sept tableaux, Eugène Onéguine puise son sujet du roman éponyme de Pouchkine que Tchaïkovski avec la collaboration de Constantin Chilovski, adapte pour la scène lyrique. Se poursuivant entre mai 1877 et janvier 1878, la composition de la partition est assez chahutée. La matière dramatique de l’ouvrage trouve une résonance particulièrement tragique dans la vie personnelle du compositeur. C’est que son écriture est contemporaine de son mariage avec Antonina Milukova, célébré le 6 juillet 1877, lequel s’avère en définitive catastrophique en raison de l’identité homosexuelle du musicien. Au tragique de la relation avortée, correspond le traumastisme d’un scandale inévité et le profond désarroi d’un homme terrassé par une effroyable vérité.
Au centre de l’action, Eugène Onéguine recueille ainsi la terrifiante crise solitaire d’un homme en échec, dans l’obligation de faire face à lui-même et de résoudre, tout au moins trouver l’apaisement de son être le plus intime. L’opéra, marqué par ce trauma, et la nécessité du refoulement, est achevé pendant un voyage en Italie. Tchaïkovski, âgé de 37 ans, suit le portrait que donne Pouchkine des trois personnages principaux: Tatiana, Onéguine et Lenski. Trois solitudes, celles de cœurs déchirés, empêchés, décalés… Tatiana s’ouvre à l’amour que lui refuse Onéguine quand Lenski en un duel imbécile disparaît le premier. Histoire d’une passion malheureuse, tragique jamais dite et vécue pour elle-même, Onéguine peint le désarroi des êtres impuissants, blessés, incapables, décalés. Les seuls registres qui leur sont propres, sont le remord, l’oubli et l’amertume. Cynique et fier, Onéguine cache en lui-même une blessure, la plaie béante d’une âme écorchée. C’est pourquoi, il ne semble pas connaître de sérénité mais un tourment continu.
Jamais extérieur ni exhibitionniste, encore moins descriptif, Tchaïkovski reste proche de l’esprit de Pouchkine. L’opéra est l’une des oeuvres les plus intimes jamais écrites. La musique exprime l’intériorité des êtres dont le chant masque le tourment venimeux qui empoisonne leur esprit. Malgré les critiques émises lors de sa création, en dépit des détracteurs qui trouvaient l’oeuvre “non scénique” et peu représentable, en raison justement de son caractère psychologique, Eugène Onéguine s’est imposé sur toutes les scènes tant son expressionnisme intérieur incarne un âge d’or du romantisme russe. L’opéra est créé à Moscou, le 29 mars 1879 par les élèves du Collège Impérial de musique, puis repris à l’Opéra Impérial (Théâtre du Bolchoï), le 23 janvier 1881… quelques jours avant que ne soit créé à l’Opéra-Comique, Les contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach (le 10 février 1881).

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EUGENE ONEGUINE, de P.I. Tchaikovsky à l’Opéra de Bavière, Munich
Les 2,5,9,13 mai puis 26 et 29 juillet 2015

Dan Ettinger, direction musicale
Krzysztof Warlikowski, mise en scène

Heike Grötzinger, Madame Larine
Kristine Opolais, Tatiana
Alisa Kolosova, Olga
Elena Zilio, Filipjewna
Michael Nagy, Eugène Oneguine
Alexey Dolgov, Lenski
Günther Groissböck, Prince Grémine / Zaretzki
Alexander Kaimbacher, Monsieur Triquet

Le metteur en scène Krzysztof Warlikowski  aborde la comédie amère et tragique de Tchaïkovsky : le metteur en scène provocateur et délirant transpose l’action russe aux Etats Unis dans les années 70 : les âmes décalées, désespérées d’Eugène et de Tatiana, pattes d’Eph et rouflaquettes, sans omettre les bonnes lunettes rondes profilées or exposent leur spleen maléfique, finalement respectueusement au fatalisme noir de Pouchkine. Production créée au Bayrische Staatsoper en 2007. LIRE la page Eugène Onéguine sur le site de l’Opéra de Munich

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