Entretien. L’ALTO en majesté : Pierre Lenert joue les 24 Caprices de Paganini

Lenert alto paganini complete caprices PARATY_816156_couv_HMCD, ENTRETIEN avec Pierre Lenert, alto : les 24 Caprices de PAGANINI. Paganini : Caprices par Pierre Lenert – transcriptions pour alto (2 cd Paraty). TRANSCRIPTIONS SPECTACULAIRES. Du céleste fantasmé au terrestre incarné, Pierre Lenert retrouve l’alto de Paganini… Depuis Emanuel Vardi en 1965 (Epic) aucun soliste digne de ce nom ne s’était frotté aux délices enivrants déconcertants et aussi particulièrement éprouvants des Caprices paganiniens. Pierre Lenert en relève le défi en 2017 dans ce récital de transcriptions pour l’alto, révélant toute l’ambiguité fascinante des Caprices : pièces de virtuosité vertigineuses et miniatures ciselées dévoilant des harmoniques inconnues propres à l’instrument ainsi chahuté, « forcé », éreinté, sublimé. De l’épreuve (acrobatique et technique) naît le pur plaisir et des joyaux de musicalité expressive. Du travail surgit l’inespéré, l’inouï, plus fort et intense que la nature…Tel pourrait être le credo de ce projet exceptionnel qui nous offre en février 2017, ses apports spectaculaires, grâce à l’éditeur Paraty (2 cd annoncé le 24 février 2017). Entretien exclusif pour CLASSIQUENEWS

 

 

 

 Pourquoi avez vous choisi ce programme ?

PIERRE LENERT : C’est un rêve d’enfant. La première fois que j’ai entendu le 5ème Caprice par William Primrose,  j’ai été subjugué par la qualité de son jeu et j’ai tout de suite senti que l’alto pouvait apporter une couleur différente de ce que nous pouvions entendre habituellement au violon, que l’alto pouvait apporter une richesse harmonique différente.  J’ai tout de suite été attiré par l’éclat de cette musique et surtout je me suis rendu compte que les violonistes ont pu grâce aux Caprices prendre un recul formidable par rapport à leur instrument.

 

 

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Pourquoi avoir transcrit les Caprices pour alto ?

Paganini était altiste. Il jouait sur un très bel alto de Stradivarius. Je me suis plu à imaginer Paganini  jouant les Caprices sur son magnifique alto.  Paganini dominait si bien son violon qu’il a réussi à faire oublier les contingences de l’instrument. Ma transcription des Caprices pour l’alto va dans ce sens : je me suis dépassé dans le jeu de ces Caprices. J’ai tenté de me libérer de l’ordinaire pour m’approcher de la vraie beauté. J’ai pensé aux jeunes altistes, en espérant qu’ils seront conquis par le côté rebelle de ces oeuvres.

 

 

 

Que révèle t il de l’écriture de Paganini ?

Ce miracle des Caprices est d’être plus que de simples études de virtuosité, mais de véritables petits bijoux, des chefs-d’œuvres dans lesquels l’auteur s’est plu à concentrer maintes difficultés techniques, inventées pour provoquer une considérable richesse harmonique tout à fait insoupçonnée. Cette orfèvrerie de musicalité que constitue chacun des Caprices, peut aussi faire penser à des airs du Bel Canto d’opéras italiens tels ceux de Donizetti, Bellini voire Rossini.

 

 

 

Quels en sont les défis techniques ?

Bien évidemment les Caprices ont été écrits en premier lieu pour le violon. Les écarts entre les doigts de la main gauche sont moins importants, la prise de son différente, plus directe que sur un alto. Il a donc fallu bien réfléchir à la façon de prendre le son et adapter certains passages des Caprices. Je  dirais que j’ai essayé d’avoir en premier lieu une approche plus musicale en essayant d’imaginer ce que ferait un chanteur entre chaque phrase, prendre le temps de respirer entre les sauts de notes, les accords, et m’inspirer d’Opéra comme le Barbier de Séville de Rossini pour trouver le brillant, l’éclat et l’espièglerie des Caprices. Cela m’a permis de transcender leurs défis techniques.

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Quelles sont les qualités sonores de votre instrument, les caractères de son identité ?

Jean-Baptiste Vuillaume était un inventeur et un chercheur génial. Il avait aussi une admiration sans borne pour Stradivarius. Mon Alto de Jean-Baptiste Vuillaume “Comte Cheremetiev de 1865″ est d’ailleurs une copie d’un alto de Stradivarius. Pour moi il est parfait, pas trop grand (41,3 cm), il a un diapason idéal pour les écarts de la main gauche. Une sonorité profonde, une précision de jeu extraordinaire : il est magnifique. C’est vraiment ma voix. N’oublions pas que, nous musiciens, sommes des passants dans l’histoire des instruments : un jour- le plus tard possible bien évidemment- un autre musicien le jouera. Cela me rappelle d’ailleurs une petite anecdote :  lors du Festival d’été de Marlboro, je travaillais avec le grand violoniste Félix Galimir. Il nous regardait avec son regard brillant et son petit sourire : “vous voyez, les jeunes, plus je vieillis et moins j’arrive à faire sonner mon violon ! Mais plus mon violon vieillit et mieux il sonne !”

 

 

Par “Caprices”, de quoi s’agit il ? Et quel est votre objectif esthétique ici ?

Je ne crois pas qu’il faille jouer sur les mots. Ce n’est pas UN Caprice, quelque chose de finalement sans intérêt, mais bien au contraire, la quintessence de l’art de Paganini. Je crois qu’il est allé au bout de son savoir faire, en tentant toujours de repousser ses limites comme celle de son instrument dans la recherche d’une harmonie totale. Tout ceci est parfaitement réfléchi et organisé. C’est de la musique pure dans une esthétique complètement centrée sur la beauté du son et la virtuosité de l’expression. J’ai voulu approcher , à ma manière, ce qu’il a voulu proposer.

 

 

 

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Propos recueillis en mars 2017 par Alexandre Pham © studio classiquenews 2017

 

 

 

LIRE notre annonce & présentation complète du double cd Pierre Lenert, alto joue les 24 Caprices de Paganini, édité par PARATY - Parution le 24 février 2017

 

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