Entretien avec DIANA BARONI à propos de son album PAN ATLANTICO (printemps 2022)

Pan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chantENTRETIEN avec DIANA BARONI à propos de son nouvel album « PAN ATLANTICO ». C’est le chant d’un journal intime exprimé en duo ; l’expression d’une identité retrouvée aussi à travers des périples multiples et une expérience intime de la mort. Dans « Pan Atlantico », Diana Baroni, voix et traverso, s’associe à l’arpeggione de Simon Drappier dans un programme inédit qui est une collection de textes forts, irrésistibles. Entretien exclusif pour classiquenews.

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CLASSIQUENEWS : Que signifie le titre de votre nouvelle album ?

DIANA BARONI : Ce titre nous est apparu par magie; c’est surtout grâce à une vision de Simon, qui a séjourné plusieurs années en Argentine. Alors, lui il voyait la route « panamericana » qui traverse l’Argentine du nord au sud; moi, je voyais les bateaux des immigrés d’après guerre, qui traversaient l’océan Atlantique. La rencontre conceptuelle de deux images fonctionne à merveille: elles représentent pleinement nos sources d’inspiration, notre matière d’attention disons, et le voyage, le parcours, les aller-retours également, aussi de l’un et de l’autre (Simon français, ayant vécu là bas et moi italo-argentine, installée en France).

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CLASSIQUENEWS : Prolonge-t-il des éléments de vos programmes ou albums passés ? Ou est ce un programme en « rupture » ?

DIANA BARONI : J’aime bien l’idée de rupture. Il y a quelque chose d’essentiel qui est présent dans cet album, plus que dans mes albums précédents. C’est évident que les expériences apportées par la vie courante ces derniers années, tant au titre personnel comme mondial, m’ont mis quelque part à nue, d’abord par la mort, ensuite par la pandémie. Quelque part je me dis aujourd’hui que mon album précédent THE EMIDY PROJECT sorti en 2018, a été un geste de survie… à l’instar de l’esclave musicien de notre saga ; Emidy m’a permis de vivre, de traverser la douleur.
Ce signe de maladie de notre civilisation, de notre terre, est aussi un signe de rupture dans un sens plus large, et universel je dirais. Nous aurons espéré peut être une sensibilisation de notre société par l’expérience du confinement, qui nous a forcé à faire une rupture temporelle également. Et non… Les temps qui courent ne sont pas les plus joyeux, et nous sommes tous responsables malheureusement de l’état actuel de notre civilisation, de ce visage de la nature humaine si égoïste, si individualiste. Les luttes sociales qui ont été portées par les générations précédentes sont en train de s’évaporer, même leur fruits sont en train de disparaitre. C’est terrifiant et désolant.
En ces temps obscurs, la musique et l’art sont d’autant plus des moyens d’éveil, de cure, de clairvoyance. Je crois profondément à la possibilité de véhiculer un message qui nous aiderait à être en quête, en questionnement de notre nature humaine pour éviter de « subir les événements comme des somnambules », selon les paroles d’Edgar Morin.
Alors oui, ce disque, que nous avons enregistre LIVE, entre deux confinements pandémiques, au cours de l’été 2020, est le reflet d’une inévitable rupture universelle. C’est peut être pour tout cela que les choix artistiques que nous avons assumés avec Simon Drappier, ont été plus radicaux, les gestes plus poussés, le répertoire plus précis.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les thèmes des textes que vous chantez ? Quelles grandes chanteuses avez vous en tête quand vous les interprétez ?

DIANA BARONI : Avec Simon pour PAN ATLANTICO, nous avons choisi notre répertoire guidés par des amours respectifs par certains artistes, comme Simon Diaz, Violeta Parra, Victor Jara. C’est vrai que d’une façon souterraine, nous avons touché par les compositions des uns et des autres, des thématiques proches : le désarroi, l’absence, le désespoir, l’amour. Les sujets évoqués s’entrelacent entre eux, se parlent, se répondent; il y a une unité enfin qui s’est tissé naturellement.
Les femmes qui m’inspirent viennent de loin, d’une sorte de mémoire collective, je veux dire… chacune par des qualités spécifiques très différentes : Chavela Vargas, par sa force rhétorique; Violeta Parra, par sa nudité; Elis Regina, par sa vulnérabilité expressive et son élégance vocale; aussi brésilienne, Luciana Souza, par sa justesse et son timbre transparent. Dans un autre registre, encore deux voix féminines qui me touchent et m’inspirent par toutes les raisons confondues évoquées : Lorraine Hunt et Anne Sophie Von Otter – cette dernière pour l’immense liberté d’esprit qu’elle représente à mes yeux dans le milieu musicale actuel.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La présence de l’arpeggione renouvelle beaucoup votre univers poétique et musical. Qu’apporte l’instrument concrètement pour la cohérence musicale et poétique de ce programme ?

DIANA BARONI : C’est certain que l’univers mis a disposition par l’arpeggione et le jeu extraordinaire – dans le véritable sens du terme – proposé par Simon, m’ont immédiatement propulsé vers des zones de travail absolument nouvelles.
Et il a sans doute la personnalité idéale pour se lancer vers l’exploration, vers l’inattendu. Tout comme moi, Simon n’hésite pas à brouiller les pistes, franchir des frontières; nous nous sommes retrouvés exactement là ou il fallait, je pense, dans nos parcours artistiques… lui aussi il cherchait au moment de notre rencontre, un instrument qui devienne sa propre voix / voie. L’arpeggione est devenu le partenaire idéal. Il avait entre ces mains un instrument noble d’une versatilité énorme, avec toutes les possibilités du jeu à l’archet, accordé en plus comme une guitare (Simon a été à la base guitariste et contrebassiste) Du coup, c’était le complice parfait, et avec le traverso, c’était juste magique du point de vue des timbres et des nuances. Aussi, nous avions tous les deux un passé musical très riche, dans des milieux extrêmement variés: le jazz, la musique contemporaine, le baroque, l’improvisation autour de la tradition orale; tout cela a nourri notre confiance et notre terroir, pour partir à la recherche d’autres horizons ; pour créer ensemble une matière qui nous représente pleinement.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Y-a-t-il 1 ou 2 chansons qui vous tien(nen)t à cœur dans cet album ? Pour quelles raisons ?

DIANA BARONI : « Poema 15 » de Victor Jara / Pablo Neruda,  et « Que he sacado con quererte » de Violeta Parra, sans hésiter… le Chili à l’honneur, hélas!
Sur la première composition, le poème de Pablo Neruda est mis en beauté par Victor Jara avec une modestie et une intelligence musicale assez uniques. Cette chanson est une métaphore du départ de l’être aimée, de son absence, de son esprit perdu dans les ténèbres d’un sommeil profond … et encore vivant. J’ai éprouvé moi-même tout ce que cela peut signifier ; la vie m’a obligé il y a 5 ans maintenant à faire face à la mort, à lui parler aussi. Mon compagnon a été dans le coma 12 jours suite à un accident ; la découverte de ce poème et cette chanson m’ont permis de sacraliser peut être autrement cette expérience qui a changé le cours de mon existence pour toujours. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux derniers moments à ses cotés quand je chante « Poema 15 ». En travaillant avec Simon, nous avons trouvé quelque chose de pure, de nu, puissant, avec son ostinato minimaliste, in crescendo, et pourtant mécanique et presque froid. C’est grâce à ce contraste que nous avons trouvé un équilibre je crois, l’équilibre qui nous permet de traverser les émotions de cette chanson qui représente autant pour moi.
«Que he sacado con quererte» est un hymne au désespoir le plus absolu: Violeta s’interpelle à propos de l’amour et du fait d’aimer inutilement quelqu’un. C’est sans doute en questionnant sa relation tumultueuse et difficile avec le suisse Gilbert Favre (anthropologue, queniste – joueur de quena) l’amour de sa vie. Peu de temps après son départ vers la Bolivie, tout en la quittant définitivement, Violeta lui dédiera plusieurs compositions et textes; déchirée toujours par cette rupture, elle mettra aussi fin à ses jours peu de temps après. Ce désespoir que la chanson de Violeta nous transmet, vient quelque part créer une sorte de balancement avec « Poema 15 ».
Ces deux opus de l’album sont pour moi les piliers émotionnels sur lesquels notre programme s’est construit.

 

 

 

 

Propos recueillis en avril 2022 / Photos : © Erol GUM

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 DIANA BARONI et SIMON DRAPPIER : nouvel album (printemps 2022), CLIC DE CLASSIQUENEWS « Pan Atlantico » : https://bfan.link/pan-atlantico-2  -  LIRE aussi notre critique du cd PAN ATLANTICO / CLIC de CLASSIQUENEWS (printemps 2022)

 

 

 

EN CONCERT : le 3 juin 2022 : 360 PARIS MUSIC FACTORY ;
Les 14, 15 et 16 juillet 2022 à LYON / Festival du Perystile – Opéra de Lyon
programme du cd Pan Atlantico, avec Simon Drappier (arpeggione) – lire ci après, dans notre sélection agenda :

 

 

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AGENDA – Prochains concerts de Diana Baroni 2022

 

 

Dimanche 8 mai 2022 / 20h30
Concert privé – Sadirac, Gironde
“Boleros & Love Songs” avec Valerie Chane-Tef (piano)

Jeudi 19 mai / 12h30
Universite Scientifique de la Doua, Villeurbanne – Rhône
“Hommage a Nestor Perlongher » avec Joel Defrance (chant, performer)

Vendredi 20 mai / 19h
Centre Charles Chaplin – Vaux en Velin, Rhône
“Autour de Emidy Project : conférence musicale” avec Tunde Jegede (kora)

Dimanche 22 mai / 17h30
Les concerts de La Chiesaz- Eglise Notre Dame, Blonay -Saint Legier SUISSE
“The Emidy Project” avec Tunde Jegede (kora), Simon Drappier (arpeggione) Rafael Guel (vihuela, percussions), Gora Diakhate (narrateur), Ishimwa Muhimanyi (danseur)

 

 

Vendredi 3 juin / 19h30 TBCPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Le 360 Paris Music Factory – Ile de France
Pan Atlantico” avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

Jeudi 23 juin / 19h30
Apero musical au Naturel Dissipé – Ferme de Paletou, Naucelle, Aveyron
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

Mercredi 29 juin / 20h
Les Musicales en Confluence – Tours, Indre-et-Loire
“Chants de Travail” avec Jasser Youssef (viole d’amour)

Dimanche 3 juillet / 20h
Cafe Plum – Lautrec, Pays de Cocagne
“Ex Solum” avec Gregorio Orozco (guitare)

 

 

Jeudi 14, vendredi 15 et samedi 16 juillet / 19hPan-Atlantico diana baroni simon drappier cd critique classiquenews traverso chant
Festival du Perystile – Opéra de Lyon, Rhône
« Pan Atlantico » avec Simon Drappier (arpeggione)

 

 

 

 

actualité de Diana Baroni à suivre sur
dianabaroni.com

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