ENTRETIEN avec BRIEUC VOURCH. Jouer Richard STRAUSS et César FRANCK

Le violon enchanteur de Brieuc VourchENTRETIEN avec BRIEUC VOURCH. Jouer Richard STRAUSS et César FRANCK. Elève de Perlman à la Juilliard School of New York, le violoniste français (qui vit à Hamburg), Brieuc Vourch marque les esprits dans son dernier album discographique, paru en juillet 2021, associant deux pointures romantiques : R. Strauss et César Franck. Leur Sonates pour violon et piano révèlent le fort tempérament de chaque compositeur ; c’est une confrontation riche en enseignements et qui conduit l’interprète à un engagement superlatif, doué d’un son comme d’une articulation, d’une rare poésie suggestive. Avec le pianiste Guillaume Vincent, Brieuc Vourch joue en architecte, caractérisant chaque partition en en proposant une cohérence organique, une progression rythmique très convaincantes. Entretien exclusif avec Brieuc Vourch pour classiquenews.com / Photos : © Andrej Grilc.

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CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi d’associer dans ce programme R Strauss et C Franck ? Qu’apporte la confrontation des deux écritures ? Quels en sont les défis majeurs pour l’interprète ?

BRIEUC VOURCH : Nous avons choisi ces deux sonates parce qu’elles représentent ce au service de quoi nous pensons être appelés à nous mettre à ce moment de notre vie artistique : des défis techniques, une vitalité musicale, une passion et une énergie infinies.
Ces deux compositeurs comptent parmi les esprits créatifs, les plus forts, les plus courageux et les plus libres que la musique romantique ait connus. Ces deux sonates pour piano et violon sont des jalons musicaux dans la vie de chacun d’entre eux. Les mettre en perspective a été, pour nous, un voyage musical passionnant.
Nous voulons être oubliés, être les simples vecteurs d’une immersion absolue dans l’âme de ces œuvres d’art. Si un auditeur sort de l’écoute du CD avec le sentiment d’avoir entendu une musique incroyable, nous serons satisfaits.
Avec Guillaume Vincent, nous avons travaillé de manière méticuleuse, approchant chaque phrase avec beaucoup de soin et de savoir-faire. Il était extrêmement important pour nous de faire ressortir, de ces textes musicaux incroyablement profonds, le plus de couleurs, de textures, de reliefs possible. Nous avons aussi beaucoup aimé nous concentrer sur les architectures rythmiques des œuvres et sur la façon dont, en les combinant à des dynamiques subtiles, nous pouvions structurer notre discours musical.

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CLASSIQUENEWS : Pourriez-vous caractériser chaque Sonate et dire ce que cela éclaire de chaque compositeur ? (Séduction mélodique de Strauss / Forme cyclique et spiritualité ardente de Franck ? …)

BRIEUC VOURCH : Je ne suis pas musicologue, aussi je ne peux répondre qu‘avec mon opinion de violoniste. Pour une réponse musicologique à votre question, je recommande vivement la lecture des travaux de Walter Werbeck, ainsi que ceux de Hartmut Schick de la Ludwig-Maximilians-Universität de Munich, pour Strauss. Pour Franck, les archives de bibliothèques française et belges regorgent de documentations.
À mes yeux, la plus grande différence entre ces deux compositeurs réside dans le rôle assigné à chaque instrument. Franck écrit avant tout une sonate pour Piano avec un soutien violonistique alors que la partition de Strauss est presque de l‘ordre du duo concertant.
La différence que vous relevez dans votre question quant aux approches esthétiques des compositeurs est très exacte. Nous sommes face à deux cultures, deux mondes tout à fait distincts.

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CLASSIQUENEWS : Sur quels points particuliers avez vous travaillé avec Guillaume Vincent pendant les sessions de travail pendant l’enregistrement ? Une anecdote qui exprime l’esprit et l’ambiance dans lesquels vous avez enregistré ?

BRIEUC VOURCH : « La sécurité et la beauté ne sont pas compatibles » écrit le grand chef d’orchestre Nikolaus Harnoncourt. « Lorsque vous recherchez la beauté, vous devez oublier la sécurité et vous rendre au bord de la catastrophe. C’est là que l’on trouve la beauté. Si un musicien fait une erreur, un craquement, parce qu’il risque tout pour obtenir la plus belle chose et qu’il échoue, je le remercie pour cet échec parce que c’est seulement avec ce risque que vous pouvez obtenir la beauté, la vraie beauté. La vraie beauté n’est pas disponible du tout. Si vous cherchez la sécurité, vous devriez faire un autre métier. »
Enregistrer ces sonates, dont plusieurs interprétations légendaires ont été gravées dans l’histoire, a relevé pour nous du défi. Que pouvions-nous offrir de plus ?
Nous avons poussé les limites, jusqu’au bout de nous-mêmes, dans une quête radicale de liberté et d’authenticité. Extraire la substance de l’écriture du compositeur, faire jaillir de chaque harmonie sa signification originelle la plus intense, approcher les dimensions sensibles les plus éloignées, s’autoriser à quitter le monde concret pour pénétrer dans l’univers sonore infini de Strauss et Franck – tel était notre objectif.

Propos recueillis en juillet 2021

 

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd R STRAUSS / C FRANCK par Brieuc Vourch et Guillaume Vincent (1 cd Farao – CLIC de CLASSIQUENEWS été 2021) :

richard strauss cesar franck brieuc vourch sonates cd farao critique review cd classiquenews clic de classiquenewsCD critique. STRAUSS, FRANCK : Sonates. Brieuc Vourch (violon), Guillaume Vincent (piano) – 1 cd Farao (Wuppertal, nov 2020). Fruit d’une évidente complicité artistique, le programme met en parallèle deux génies romantiques des plus passionnants, du XIXè (Franck) du XXè (Richard Strauss). La Sonate moins connue de Strauss s’inscrit dans la tradition la plus exaltante après Schumann et surtout Brahms. Le compositeur d’opéra, qui a su foudroyer l’audience autant par ses éclats orchestraux que sa splendeur chambriste (sextuor d’ouverture de Capriccio ; métamorphoses pour cordes seules…), éblouit ici par son sens des contrastes et de la tension. D’autant que le violon de Brieuc Vourch subjugue littéralement par son éloquence et son intériorité, son sens de la ligne et de l’atténuation suggestive. Le travail de l’instrumentiste s’inscrit dans un réalisme psychologique ciselé, dont la brillance recherche toujours l’intimité poétique, le scintillement intime d’une sensibilité souveraine, à la fois extravertie et subtilement caractérisée. La virtuosité se situe dans la finesse et l’intelligence agogique. Le pianiste suit son partenaire sur le plan du dialogue, d’une conversation à la fois raffinée et ardente.

 

 

 

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