ENTRETIEN avec Alexandre BLOCH. L’Intégrale Mahler en 2019

cycle-mahlerENTRETIEN avec ALEXANDRE BLOCH… A quelques mois du début du cycle Mahler à Lille, le directeur musical de l’Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch, alors qu’il dirigeait à Innsbruck, la 7è Symphonie, nous expliquait en novembre 2018, pourquoi se lancer à partir du 1er février 2019 dans une intégrale Gustav Mahler… Un cycle qui s’annonce déjà spectaculaire et passionnant. L’aventure promet d’être une expérience orchestrale particulièrement saisissante : étagement des pupitres, spiatialisation de l’orchestre, présence des choeurs, de solistes, souffle opératique, instrumentarium singulier qui dévoile la recherche expérimentale d’un compositeur visionnaire… Mahler à Lille est l’événement symphonique de l’année 2019.

 

 

 

 

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Quel est le sens du cycle dans son entier, croisé avec la vie du compositeur ?

ALEXANDRE BLOCH : Les symphonies de Mahler reconstituent le fil de sa propre vie ; chaque opus est en lien avec ses aspirations les plus profondes, son expérience, les étapes aussi de sa vie amoureuse… en cela la rencontre avec Alma aura évidemment marqué l’homme et son œuvre. Comme en d’autres moments de sa vie, les lettres à Nathalie Bauer auront beaucoup renseigné sur la composition, le processus d’écriture et de conception ; Gustav Mahler s’y dévoile et explique son écriture. De partition en partition, on suit l’évolution du langage ; Mahler ne cesse d’explorer toujours plus loin de nouveaux mondes sonores, il ne cesse de repousser les possibilités de l’orchestre ; son instrumentarium est constamment modifié, renouvelé ; il s’intéresse aussi à la place des percussions, ou à la technique instrumentale… Prenez par exemple le cas de la 7è Symphonie, celle que je travaille actuellement à Innsbruck, en particulier dans le Scherzo qui fait entendre un énorme piz aux contrebasses, et les violoncelles qui sont notés « 5 f » : Mahler innove, et réalise déjà le fameux piz bartokien.

Pour comprendre l’univers mahlérien, il est intéressant de se remettre dans le rythme de l’époque et suivre le musicien, dans sa vie de chef, de directeur d’opéra et de compositeur… Mahler le chef dirigeait l’hiver quand le compositeur écrivait l’été. Comme directeur de l’Opéra de Vienne, il a dirigé nombre d’opéras et d’oeuvres symphoniques ; sa culture était prodigieuse et sa connaissance des instruments de l’orchestre, particulièrement affûtée. Tout cela l’a mené à l’expérimentation ; il a laissé des annotations très précises et souvent ses partitions étaient jugés « injouables ».
J’ai effectué un long travail de relecture des sources et des manuscrits originels, en particulier pour retrouver ce rubato viennois propre à l’époque de Mahler au début du XXè siècle. Il est essentiel de veiller au bon tempo, à l’articulation ; c’est la mission du chef de rétablir la clarté du propos.

 

  

 

Intégrale événement à Lille
Les 9 Symphonies de Gustav Mahler
Un Eldorado symphonique à LILLE

 

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Pourquoi avoir choisi pour première intégrale avec l’Orchestre National de Lille, les symphonies de Mahler ?

ALEXANDRE BLOCH : C’est une conjonction de plusieurs facteurs. Nous souhaitions choisir un répertoire adapté aux dimensions de l’orchestre. L’Orchestre national de Lille permet la réalisation d’œuvres gigantesques. L’échelle du gigantisme est un challenge et la source d’une excitation qui porte tous les musiciens moi compris. Cela exige beaucoup en concentration comme sur le plan physique. Et souvent, il y a des moments de grâce et de jubilation que le public ressent aussi.
Par ailleurs, dans le cadre de Lille 3000, le thème retenu en 2019 est l’Eldorado. Or chaque symphonie de Mahler dessine tout un monde sonore, et le cycle entier est une odyssée, … certainement la plus impressionnante et passionnante du XXè. Rien de mieux pour exprimer l’idée d’un Eldorado… que l’écriture symphonique de Mahler. Nous aborderons donc les opus de façon chronologique, avec la 1ère Symphonie Titan le 1er février 2019, soit 130 ans après sa création.

 

 

 

 

On note la place de la voix dans certaines symphonies – les 4 premières, puis la 8è. Quelle en serait pour vous la signification ?

INTEGRALE MAHLER à LILLEALEXANDRE BLOCH :L’opéra est présent dans l’écriture symphonique de Mahler. Comme chef à l’Opéra de Vienne, il était familier des plus grands ouvrages de Mozart, de Wagner dont il a dirigé Tristan und Isolde, opérant en tant que directeur, la réforme du concert et des conditions de représentation que l’on sait. La dramaturgie, la couleur de certaines séquences orchestrales sont très proches de l’opéra. Il faut toujours avoir en mémoire le rythme de Mahler : chef et directeur d’opéra l’hiver, puis l’été, compositeur de symphonies. L’un et l’autre activités se mêlent, elles sont interdépendantes.
L’autre élément qui porte les symphonies est la Nature dont il a exprimé le souffle, le mystère, le rugissement aussi. Mahler change constamment les tonalités d’une mesure à l’autre, avec une versatilité qui peut désorienter, mais qui porte des états émotionnels et psychologiques d’une rare profondeur. Il y a une hypersensibilité chez Mahler qui remonte certainement à son enfance ; Son épouse Alma a relaté la rencontre du compositeur avec Freud. Mahler enfant aurait été marqué par des scènes très violentes entre ses parents ; où son père frappait sa mère.
Dans sa jeunesse, il cite à de nombreuses reprises un joueur d’orgue de barbarie et aussi des chansons populaires… tout cela a nourri un monde sonore lié à son enfance et que l’on entend dans ses œuvres. Il y a un caractère versatile, parodique, ironique voire schizophrène chez Mahler. L’auditeur comme l’interprète doivent identifier tout cela pour en mesurer la richesse. Mais le plus impressionnant chez lui, c’est le parcours élaboré du début à la fin, où la voix quand elle est présente semble transcender l’expérience offerte, vers une élévation, comme c’est le cas de la Symphonie n°2 « Résurrection » (à l’affiche à Lille, le 28 février 2019).

 

 

 

 

Quelles sont les grands chefs mahlériens qui vous inspirent ?

ALEXANDRE BLOCH :Il y a bien sûr Leonard Bernstein pour son côté humain et généreux, sa fraternité et son optimisme ; Rattle pour son respect de la partition, son sens du détail, son sens de l’écoute ; Abbado pour sa profondeur et son mysticisme, une économie qui écarte toute exubérance ; enfin, et surtout Bernard Haitink dont je garde un souvenir durable de sa vision de la 7è Symphonie lors du MahlerFest 1995 à Amsterdam : or je dirige actuellement la partition à Innsbruck. Sa vision, son métier sont de l’or pour l’interprète et le chef que je suis.

 

 

 

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Vous venez d’être prolongé comme directeur musical de l’Orchestre National de Lille (jusqu’en 2024). Qu’apporte selon vous pour les musiciens de l’Orchestre, et aussi pour le public, cette intégrale Mahler ?


©smartphony2_328px_18-19ALEXANDRE BLOCH : C’est une formidable opportunité pour moi et les musiciens de l’orchestre : nous allons mener un travail de fond. Là où Brahms est davantage joué, Mahler est tout autant convoité, attendu (car on sait qu’au moment de chaque concert, il va se passer quelque chose) mais terriblement exigeant. Actuellement notre phalange se renouvelle ; les nouveaux musiciens arrivants profitent de cette aventure pour adhérer au groupe. Les instrumentistes apprennent à se connaître au sein de chaque pupitre. D’autant que pour notre intégrale Mahler et pour chaque symphonie, nous travaillerons la cohésion de chaque pupitre, avec en moyenne des temps de répétitions préalables, supérieurs à l’habitude (10 jours au lieu de 7). Il s’agit de réaliser pour chaque session, une formidable expérience symphonique pour le public. J’ai souhaité renforcer encore le lien entre les spectateurs et l’orchestre : rv le 2 février à 18h30, pour la 2è édition de « Smartphony », dédiée à la Symphonie n°1 que nous aurons dirigée la veille : avec son mobile allumé, le spectateur répond aux sollicitations du chef et s’immerge dans les secrets de la partition ; puis, écoute la symphonie, portable éteint, en connaissance de cause. Mahler se prête très bien à cette nouvelle expérience qui renouvelle le format du concert et son accessibilité pour tous. A noter : 2è session de Smartphony, le 2 février 2019 : à la découverte de la Symphonie Titan de Gustav Mahler :
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/smartphony/

 

 

 

Entretien réalisé en novembre 2018

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APPROFONDIR
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LIRE aussi notre présentation du cycle MAHLER par l’Orchestre National de LILLE et Alexandre BLOCH
http://www.classiquenews.com/lille-onl-lintegrale-mahler-2019/

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de la Symphonie n°1 TITAN par Alexandre BLOCH et l’Orchestre National de Lille / le 1er février 2019 : http://www.classiquenews.com/symphonie-n1-titan-de-mahler-a-lille/

 

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Illustrations : Ugo Ponte / Orchestre National de Lille / Visitez le site ONL INSTAGRAM pour suivre en photos l’actualité de l’épopée symphonique de l’Orchestre National de Lille

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