Consort BROUILLAMINI : Flûtes royales. Grand entretien à propos de leur premier cd “Flûtes en fugues” (Paraty)

FLÛTES ROYALES… Grand entretien avec le “Consort” BROUILLAMINI. C’est un nouvel ensemble parmi les plus doués et aussi les plus engagés de la nouvelle génération d’instrumentistes en France. D’une saine virtuosité, d’une agilité collective qui saisit, le consort de flûtistes BROUILLAMINI (soit 5 jeunes instrumentistes) réinvente le concert et le programme de flûtes, n’hésitant pas à créer leur propre répertoire en concevant les transcriptions les plus adaptées à leur nombre et leur formation, soit 5 parties. De sorte qu’aux défis multiples de l’interprétation, se présente aussi la difficulté d’écrire de nouveaux arrangements, et non des moindres puisque s’agissant de leur dernier cd, ce sont les Concertos de Jean-Sébastien Bach qui sont « réinventés », réinvestis sous la plume experte de flûtistes hors normes. Mais le procédé n’est pas nouveau : même Jean-Sébastien Bach avait coutume de l’utiliser. L’objectif cependant pour les 5 mousquetaires de la flûte, reste à trouver et cultiver un geste instrumental qui permette à chacun et à tous, de jouer sans contrainte et avec personnalité. En somme, un vrai travail de chambriste, où l’écoute et le respect des autres importent constamment. Entretien rencontre avec les BROUILLAMINI, consort atypique et novateur.

 

 

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CLASSIQUENEWS : Qu’est ce qui fait pour vous la singularité de votre ensemble ?

 

BROUILLAMINI : Le consort de flûtes à bec est par essence un ensemble atypique car au premier abord, la flûte à bec est davantage considérée comme un instrument soliste (concerti baroques de Vivaldi, Sonates…) alors qu’il existe un véritable répertoire destiné à la pratique du consort (ensemble d’instruments d’une même famille), principalement pour la musique de la Renaissance.
Pourtant, cette pratique est répandue dans nos conservatoires et autres établissements d’enseignement artistique, ainsi que dans le cercle des musiciens amateurs. En France, on ne compte que peu de consorts professionnels, il en existe en revanche un plus grand nombre en Allemagne, aux Pays-Bas et en Angleterre.
Néanmoins, cette pratique très courante à la Renaissance (d’où la profusion de répertoire), a connu un déclin important durant la période baroque pour renaître doucement à notre époque, c’est pourquoi de nombreuses transcriptions pour quatre flûtes à bec ont été réalisées ces dernières décennies – l’écriture à trois ou quatre voix prédominant dans la musique pour clavier ou orchestre de cette époque – mais très peu l’ont été pour cinq flûtes. Notre formation originale (cinq flûtistes à bec) nous permet de puiser dans un répertoire d’œuvres jusque-là quasiment jamais entendues dans une telle configuration.
L’autre singularité que l’on peut noter est le fait que chacun des cinq musiciens de l’ensemble peut jouer toutes les tailles de flûtes d’un consort, chaque musicien prend alors au fil des différentes pièces le rôle de dessus, de voix intermédiaire ou de basse.
Enfin, le fait de réaliser nos propres transcriptions nous permet d’aborder un répertoire extrêmement large qui va de la Renaissance jusqu’à l’époque contemporaine en passant par la période baroque, voire classique.

 

 

CNC : Comment avez vous sélectionné les pièces de cet album ? Pourquoi avoir choisi de les transcrire ?
  
B : Comme expliqué précédemment, la pratique du consort a connu un déclin important durant la période baroque pour laisser place progressivement à la pratique instrumentale soliste. Quelques exemples subsistent chez Lully et M.A Charpentier mais ces pièces sont essentiellement pour quatre parties.
Le fait d’être cinq nous a poussé à sortir des sentiers battus et nous a permis de créer notre propre répertoire. Notre première démarche fut de nous tourner vers le répertoire pour clavier (notamment celui pour orgue) mais les limites liées au nombre de voix (peu d’œuvres à cinq parties) nous ont  incitées à aborder des œuvres concertantes telles que celles proposées sur notre enregistrement. Les œuvres présentes dans notre cd reflètent une partie importante de notre travail de transcription de ces dernières années. Aborder un monument tel que l’Œuvre de Bach est toujours un défi, en particulier pour de jeunes musiciens, mais ce corpus immensément riche et dense offre à tout musicien une source inépuisable de matériau musical pour réaliser des transcriptions.
Actuellement, aucune des œuvres enregistrées n’est éditée et nous continuons de transcrire de nouvelles œuvres afin d’enrichir nos programmes et de partager avec le public ces chefs-d’œuvre du répertoire baroque et les proposer ainsi sous un jour nouveau, avec une écoute et une approche différente.

 

 

C : Dans l’exercice de la transcription pour 4/5 parties et pour flûtes donc, quels sont les défis majeurs ?
 
B : Si certaines des pièces du disque n’ont nécessité que peu de modifications par rapport au texte original (on parle dans ce cas d’adaptation), d’autres pièces ont exigé un travail de réécriture plus important, on parle dans ce cas d’arrangement. L’adaptation représente le cas le plus « simple » et concerne les pièces originellement écrites pour clavier. Le cas le plus complexe fut l’arrangement des quatre concerti. A de multiples reprises, une adaptation ne suffisait pas à obtenir une transcription suffisamment riche et intéressante.
Les quatre concerti ont été composés pour des instruments dont la ou les parties de solistes dépassent largement l’ambitus de celui de la flûte à bec. De ce fait, le défi majeur fût essentiellement de se rapprocher au maximum du jeu d’un clavier ou d’un violon selon les concerti, et de ne pas interrompre la fluidité de la ligne musicale circulant d’une flûte à une autre. Parfois, pour des raisons idiomatiques, nous avons fait le choix de modifier la ligne mélodique, allant même jusqu’à remodeler certains passages trop « violonistiques » ou « claviéristes » afin de les rendre plus « flûtistiques ».
Notre démarche se situe dans la lignée des arrangements pour clavier des deux concerti de Vivaldi, dans lesquels Bach n’hésite pas à modifier intégralement la ligne mélodique virtuose du violon au profit d’une ligne mélodique plus appropriée au clavier.
L’autre défi majeur concerne la densité du contrepoint. En effet, devant certains passages écrits à trois ou quatre voix, nous avons fait le choix d’enrichir le contrepoint par l’ajout de voix supplémentaires en s’appuyant sur les nombreux exemples de la main de Bach. Le cas inverse s’est également rencontré notamment dans certains passages que nous avons dû alléger en raison d’un contrepoint faisant dialoguer six ou sept voix en même temps, la difficulté dans ce cas étant de garder toute la profondeur et la justesse du discours avec nos cinq instruments.
Les nombreux exemples de transcriptions réalisées par Bach lui-même autour de ses propres œuvres et celles de ses contemporains, notamment Antonio Vivaldi, nous ont fourni un précieux témoignage pour la réalisation de ce travail.

 

 
 

 

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CLASSIQUENEWS : Outre les difficultés de la transcription, quelle serait cette liberté du geste qui est liée à la pratique de la flûte concertante ? De quelle façon, se manifeste-t-elle dans votre album « Flûtes en fugue» ?
  
B : Outre la difficulté de la transcription, qui ne représente en réalité qu’une « petite » partie du travail de l’ensemble, la difficulté principale est de trouver un geste musical commun, une harmonisation des intentions musicales notamment pour les flûtistes qui se partagent la ligne mélodique principale (ligne mélodique du dessus ou de basse)

Le fait que dans chaque concerto, les cinq musiciens changent de rôle et de flûte donne un intérêt et une grande richesse à notre travail d’interprétation car nous devons à chaque nouvelle œuvre travaillée retrouver ce geste commun et s’approprier la part de création et de liberté de celui ou celle qui tient le rôle principal. Chaque musicien doit alors prendre l’habit de l’autre et unifier son jeu afin de rendre le discours musical le plus fluide et le plus convaincant possible.
Il est évident que si l’un d’entre nous devait jouer l’un des concerti en soliste accompagné d’un orchestre à cordes et basse continue, il ne le jouerait pas de la même manière car à nous cinq, nous sommes un seul interprète qui jouons tantôt le rôle de soliste mais aussi d’accompagnateur, d’où l’analogie avec l’orgue. Le principal est de ne pas brider nos instincts musicaux naturels et propres à chacun, ce qui rendrait certainement nos interprétations plates et sans convictions, mais de chercher à s’enrichir les uns les autres de nos différences et nos atouts afin de créer un discours éloquent et captivant.

Propos recueillis en juin 2018

IIlustrations : © Brouillamini 2017-2018

 

 
 

 
 

AGENDA. Prochains concerts du Consort Brouillamini :

• Jeudi 21 juin, 17h, Eglise Saint-André de Bouc-Bel-Air (13)

• Samedi 7 juillet 17h, Festival Format Raisins (45)

• Mardi 24 juillet 20h30, Musicales Guil Durance (05)

• Dimanche 5 août, Musicancy (89)

Jeudi 23 août 11h, Festival de Sablé (72)

 

 

 

+ d’infos sur le site :

www.consortbrouillamini.com

 

 

 

Le CD « BACH : Flûtes en fugue » (1 cd PARATY) paraît en mai 2018 ; il cristallise le fruit d’un travail de plusieurs années et incarne la passion qu’ont les musiciens du Consort Brouillamini pour la musique de Jean-Sébastien Bach.

 

 

 

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 LIRE notre critique développée du cd Flûtes en Fugue par le Consort Brouillamini (1 cd Paraty) - élu “CLIC” de CLASSIQUENEWS de juin 2018

 

 

Flûtes en fugue – Programme

Concerto pour clavecin en sol mineur BWV 1058, (transposé en ut mineur)

-1 (Allegro) 3’45
-2 Andante 5’21
-3 Allegro assai 5’21
4 Prélude en si b mineur BWV 867, (transposé en ré mineur)

(Extraits du Clavier bien tempéré Livre I) 2’41

5 Fugue en do # mineur BWV 849, (transposé en ré mineur)

(Extraits du Clavier bien tempéré Livre I) 2’35
Concerto pour orgue en la mineur BWV 593, (transposé en ré mineur)

(D’après le Concerto pour deux violons en la mineur d’Antonio Vivaldi RV 522)

-6 (Allegro) 3’20
-7 Adagio 2’54
-8 Allegro 3’15
Concerto pour deux clavecins en ut mineur BWV 1060, (transposé en fa mineur)

-9 Allegro 4’46
-10 Adagio 4’37
-11 Allegro 3’39
-12 « Dies sind die heilgen zehn Gebot » BWV 678 3’56

-13 « Nun komm der Heiden Heiland » BWV 659 3’42
Concerto pour orgue en ré majeur BWV 972, (transposé en sol majeur)

(d’après le Concerto pour violon d’Antonio Vivaldi RV 230)

-14 (Allegro) 2’11
-15 Larghetto 3’30
-16 Allegro 2’09

 

 
 

 

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