Triptyque à Cécile
Les Musiciens du Louvre défendent ici au diapason 415 hz un programme
de leur cru, dont les trois oeuvres de Purcell, Haendel et Haydn
servent une même figure tutélaire: Sainte-Cécile, patronne des
musiciens. L'hommage inspire les compositeurs baroques et classiques.
Tous les 3 ont eu rapport avec l' Angleterre dont le public les a
adulés et applaudis au-delà du raisonnable. A l'écoute du coffret
double, on ne peut que donner raison à l'histoire et reconnaître qu'en
effet, les 3 compositeurs ont été visiblement bien inspirés par Cécile.
A Londres, chaque 22 novembre, il est coutume d'honorer la mémoire de
la Sainte musicienne (peinte ainsi, soit au clavier soit tenant comme
dans le "portrait" choisi en couverture, signé de Raphaël (en 1513),
un orgue portatif. Les
Odes for Saint Cecilia's Day sont ordinairement jouées par les instrumentistes de la Musical Society londonienne. Haydn quant à lui, compose sa
Messe pour l'audience viennoise au milieu des années 1770 (le
Credo ici joué date de 1733...).
Ouverture solennelle et éclatante du Purcell (d'après le poème de John
Dryden de 1687), sens des couleurs et de la diversité des climats
instrumentaux, élégance sertie de précision linguistique (chanté par le
ténor suédois, nature raméllienne pour Rousset et Haïm, dans l'air T
is Nature's voice, plage 3 cd1, étonnant par ses aigus clairs, attendris et naturels, ses accents quasi extatiques)...
La caractérisation et le mordant dramatique s'élève d'un cran pour Haendel (Ode de 1739): Lucy Crowe, dans les 10 minutes de "
What passion cannot Music raise",
-autre temps fort du programme, chante (certes avec affectation) avec
le soutien du violoncelle solo, l'ivresse souveraine et l'impact de la
divine musique sur les esprits émerveillés... De quoi faire oublier, le
maniérisme plus dommageable sans souffle et d'une articulation plate de
Richard Croft, visiblement dépassé ou ennuyé par l'imprécation pourtant
hallucinée de son air précédent "
From harmony"... de surcroît
accompagné par un continuo à la traîne et bizarrement poussif, sans
rebond et sans éclat, ou dans les moments plus vifs, carrément
hystérique.
Ecourtée sans ménagements ni justificatif (où sont entre autres les
Benedictus et
Sanctus?), la Messe de Haydn (
Cäcilienmesse)
perd de l'assurance et de la finesse initiales: tempi confus, manque de
cohérence, perte de l'unité vocale et stylistique qui faisait les
délices du cd1. Toute l'approche tend à la caricature: Où sont la
vitalité et la précision des (5) fugues omniprésentes? Et les nuances
si familières aux Baroqueux élémentaires?
Oui pour l'excellente tenue générale des Purcell et Haendel. Non pour
l'absence de souffle et d'urgence du Haydn. Le triptyque est donc
bancale. Et même si le chef souligne l'importance du choeur pour chaque
oeuvre, on aurait aimé écouter ce qui le rend justement mémorable:
souvent la confusion règne dans les pupitres...
Mais la cohérence artistique du programme permet d'écouter 3 partitions
splendides, d'autant plus opportunes ici qu'elles servent 3
compositeurs à l'honneur en 2009. Voyez les 2 "bonus", enregistrés dans
la continuité des prises de l'
Et incarnatus est, puis de l'
Et resurrexit
d'un Haydn en étroite communion avec les muses (duo captivant entre la
basse et la contralto!) dont l'écriture égale les meilleures oeuvres de
Mozart: on regrette là encore le style ampoulé d'un Richard Croft fâché
avec le naturel: la musicalité est bien là mais l'interprète pose un
peu trop et il a tendance à trop aimer s'écouter...
To Saint Cecilia. Purcell, Haendel: Odes à Sainte Cécile. Haydn: Messe Sainte Cécile.
Lucy Crowe, soprano. Nathalie Stutzmann, contralto. Anders J. Dahlin,
ténor. Richard Croft, ténor. Luca Tittoto, basse. Choeur et orchestre
des Musiciens du Louvre. Marc Minkowski, direction.