L'oeuvre de Cornet, révélation confirmée par l'excellente tenue de l'interprète Arnaud Van de Cauter, reflète les métissages en vogue à la Cour archiducale de Bruxelles. Voici à ce jour la meilleure intégrale d'orgue d'un compositeur du premier baroque précurseur de Bach: Peeter Cornet (circa 1575-1633)...
Première mondiale sur orgue flamand. Il était temps de réserver à Peeter Cornet une intégrale enfin digne de son oeuvre (première mondiale même sur orgue flamand, en tempérament mésotonique), les premiers essais d'enregistrements de son catalogue surprenant datent du début des années 1970 (avec l'essor croissant de la révolution baroqueuse).
Pas moins de deux orgues historiques, de facture flamande (donc idoine) sont ici nécessaires pour relever le défi discographique. Autour de l'indétrônable Sweelinck, règnent une constellation de maîtres de premier plan qui éclairent l'histoire de l'orgue au début du XVIIème: Arauxo, Frescobaldi, Scheidt... autant de sensibilités majeures qui dans les années où Cornet donne son meilleur (les années 1624 et 1625 précisément), tous publient entre 1623 et 1627, parmi les recueils les plus essentiels de la littérature de l'orgue baroque: entre autres,
Hymnes de l'église pour toucher sur l'orgue de Jehan Titelouze (1623),
Ricercar Tabulatura de Frescobaldi (1624),
Tabulaturbuch darinnen das Vatter unser 40 ml variets wird de Johann Ulrich Steigleder (1627)...
Le Bruxellois dans ce brillant aréopage ne démérite pas, au contraire. Avant Bach, un siècle plus tard, l'oeuvre de Cornet semble synthétiser les styles de toute l'Europe musicale. L'organiste de la chapelle des archiducs Albert et Isabelle à la cour espagnole de Bruxelles, qui meurt en 1633, et est enterré à Notre-Dame des Sablons, cotoie dans un milieu musical très raffiné, Peter Philips (qui sera le parrain de sa 3è fille, Angela Maria), John Bull, Juan Zacharias, Vizencio Guami: autant de personnalités qui soulignent le cosmopolitisme foisonnant, dont aussi le peintre Rubens, alors ambassadeurs des Archiducs.
L'oeuvre de Cornet, révélation confirmée par l'excellente tenue de l'interprète Arnaud Van de Cauter, reflète les métissages en vogue à la Cour archiducale de Bruxelles. La ville est donc déjà un centre européen de l'art et de la création, dès les premières décennies de l'âge baroque: Italie, Espagne, Flandres: Cornet s'ingénie à revisiter chaque idiome rythmique ou mélodique sans en atténuer la portée expressive. Toccata et Fantasia italiennes, Fantasia-tiento (citant de Heredia) appartiennent désormais à un catalogue riche en couleurs et en références que Cornet maîtrise avec délices. Même le polythématisme des grandes Fantaisies (dans le sillon de Sweelinck) fait apparaître en pleine lumière, la facilité avec laquelle Cornet échafaude séquences et contre-sujets avec une liberté à couper le souffle, et ce caractère imprévu qui est la signature du tempérament inventif du Bruxellois. La virtuosité recréative du geste d'Arnaud Van de Cauter suffit à justifier le double album: son éloquence rhétorique s'impose comme son sens de la gradation "dramatique" ou purement musicale. La valeur du patrimoine musicale bruxellois ainsi révélé et défendu avec ardeur et élégance ajoute derechef à la qualité de ce disque d'orgue baroque désormais indispensable. Saluons enfin le jeune label Paraty qui "ose" éditer un fleuron aussi mémorable qui vient opportunément enrichir notre connaissance de l'orgue baroque de l'Europe du Nord.
Peeter Cornet (ca. 1575-1633) : L’œuvre pour orgue. Intégrale (17 pièces), première mondiale sur orgues flamands du XVIIe siècle accordés au tempérament mésotonique. Arnaud Van de Cauter, orgue. Instruments: Orgue Van Belle 1696 – Decourcelle 2005 de Nielles-les-Ardres (France); Orgue Bremser 1675 – Thomas 2007 de la Elzenveldkapel à Anvers (Belgique).