Accès abonnés

Patricia Petibon: Amoureuses (Harding, 2008)

Recentré sur le chant et son articulation juste et sincère, l'art vocal de Patricia Petibon excelle en tragédienne et en amoureuse à tempérament. Serviteuse du texte, la diva surprend et convainc par l'étendue de son spectre émotionnel. Récital événement.



Quand "La Petibon" est amoureuse, il lui faut pas moins de 12 femmes/héroïnes aux facettes aussi diverses que contrastées pour exprimer le spectre émotionnel de son art vocal. Plutôt que surenchère lyrique et démonstrative, il s'agit bien dans ce premier album édité par Deutsche Grammophon, d'un véritable accomplissement qui impose et la chanteuse à tempérament, (que l'on connaissait déjà), mais aussi la tragédienne subtile et hallucinante, capable de sertir une articulation linguistique (en italien, en allemand et en français s'il vous plaît), avec caractère et vérité. L'éclectisme de ces portraits de femmes aurait pu se diluer, se brouiller et voler en éclat. Or l'intuition musicale de l'interprète, sa capacité à changer de caractère comme caméléon, ou plutôt plus en phase avec le choix du programme, comme une magicienne tragique, offre une remarquable cohérence entre chaque "prise de rôle".  Chanter Barberine, tendre et innocente, puis passer à la Reine de la nuit, déité haineuse qui manipule sans scrupule, incarner le souffle tragique et funèbre de Lucio Silla, puis le dérèglement qui sombre dans la folie d'Armida/e (de Haydn à  Gluck), amoureuse atteinte, défaite, vaincue... montre ainsi le génie vocale de la soprano française à qui l'on souhaite le même succès que Natalie Dessay.
Comme on aime ses Gluck et son Armide (1777) ciselée, proche du coeur, projetée et par une aisance technicienne et surtout par une subtilité articulée qui lui permet de demeurer toujours dans le texte. A cette concision jubilatoire dans l'accentuation linguistique, - apprise avec Christie et surtout Harnoncourt-  répondent la vitalité de Daniel Harding (qui heureusement a abandonné tout le maniérisme de ses premiers Mozart) et la nervosité musclée et tendrement murmurée du Concerto Köln. En outre, l'orchestre, admirable de bout en bout,  sait pointer (coups de timbales) les points surexpressifs du texte quand Armide, détruite, s'abandonne à son ivresse destructrice...

Tendre, exacerbée, suave, haineuse, vaincue, Patricia Petibon sait aussi se délecter dans la veine comique voire bouffone (Lo speziale de Haydn, air de Volpino l'Apothicaire, au frémissant et drôlatique orientalisme décoratif). Outre son tempérament de tragédienne confondante pour Armide de Gluck, dont elle réussit deux airs aussi sublimes que redoutables par l'engagement vocal et émotionnel qu'ils exigent (Ah! Si la liberté me doit être ravie) puis le légendaire "Le perfide Renaud me fuit", (modèle de fine intelligibilité d'autant méritoire dans une partition où Gluck renoue avec la pureté de Lully sur le même texte de Quinault), avouons notre préférence pour son Mozart (le coeur de son répertoire): sa Giunia rend justice à l'écriture du jeune compositeur saisi par le tourbillon des coeurs. Patricia Petibon exprime idéalement la panique émotionnelle de l'héroïne en deux airs tout autant magistraux: vertiges de "Vanne. T'affretta...", surtout, colorations funèbres d'une amoureuse qui ayant perdu son aimé, est prête à le suivre et sombrer dans la mort. Voici Mozart romantique et goethéen, tel que nous le rêvions. En muse mozartienne, Patricia Petibon trouve le ton juste chez Haydn et Gluck. La page de ses frasques antérieures au choix musicaux assez discutables est tournée. Une nouvelle Petibon est née. Récital événement.

Patricia Petibon, soprano. Amoureuses. Haydn (Il mondo della Luna, Lo speziale, Armida, L'anima del filosofo ossia Orfeo ed Euridice, L'isola disabitata, Armida), Mozart (Le Nozze di Figaro, La flûte enchantée, Lucio Silla, air de concert: "Vorrei spiergarvi, oh Dio!"),  Gluck (Iphigénie en Tauride, Armide). Concerto Köln. Daniel Harding, direction.




Elvire James - samedi 8 novembre 2008
Compositeur(s): GLUCK Christoph Willibald, HAYDN Joseph, MOZART Wolfgang Amadeus
Interprète(s): CONCERTO KÖLN , HARDING Daniel, PETIBON Patricia
Durée: 1h08mn
ASIN: 0 28947 77468 6
Nombre de cd: 1
Notice:
Note de la rédaction: événement
Editeur: Deutsche Grammophon
Collection:
Date d'enregistrement: Janvier 2008
Lieu d'enregistrement: Kempen, Paterskirche
Réalisateur:
Donnez votre avis sur ce cd

Les avis des internautes: Soyez le premier à émettre un avis et gagnez peut-être un cd
 
Envoyer à un ami

votre nom:    
votre e-mail:      
nom du destinataire:    
e-mail du destinataire:      
votre message:    


Ecouter

 

Nos partenaires



Publicité