Stéphane Denève réenchante Roussel. Nous tenons là de toute évidence une version de référence d'autant plus décisive que de nouveaux enregistrements Roussel, si peu estimé à sa juste valeur et encore trop rare au concert, sont annoncés chez le même éditeur par les même interprètes.
Roussel, lieutenant de la marine française, né à Tourcoing en 1869, se découvre une vocation pour l'écriture musicale. C'est en 1894 qu'il se dédie exclusivement à la musique (25 ans). L'élève de Vincent d'Indy allait ensuite opérer une influence déterminante sur ses élèves, Satie, Martinu, Varèse...
Les deux oeuvres abordées par Stéphane Denève et l'orchestre dont il est directeur musical depuis 2005, le Royal Scottish national orchestra appartiennent à la pleine maturité du musicien: radicalisme et sauvagerie rythmique, audaces et subtilité harmoniques, ivresse et exaltation, irrépressible énergie qui se déploie en ondes d'une insolente ciselure dans l'orchestration et la vitalité mélodique. Chef et orchestre expriment cette frénésie primitive absolument irrésistible avec feu et panache, sens du détail et précision dynamique. Voici révélé et orfèvré, le génie rousselien tel que nous le rêvions.
La Symphonie n°3 témoigne du triomphe américain de Roussel davantage applaudi outre Atlantique que dans son pays, selon une formule bien connue. La tournée effectuée par le compositeur aux Etats-Unis en 1930, reste l'hommage le plus essentiel à sa renommée, porutant défendue à Paris, par le directeur de l'Opéra; Jacques Rouché, dénicheur hors pair de talents contemporains. La Symphonie, commande du Symphonique de Boston, date de la période étatsunienne, célébrant les 50 ans de la phalange bostonienne (à la même série de commande commémoratives, appartiennent aussi la Symphonie des Psaumes de Stravinsky et la Symphonie n°4 de Prokofiev !) est créée par Serge Koussevitsky, le 24 octobre 1930.

Justement le ballet Bacchus et Ariane fait partie des oeuvres défendues par Jacques Rouché, directeur du Palais Garnier: il est créé en 1931 sous la direction de Pierre Gaubert. Du ballet originel, idéalement structuré, suivant le déroulement de l'action mythologique, Roussel concevra deux Suites d'après les deux actes primitifs, respectivement créées par les chefs d'envergure, Charles Munch en 1933 (Suite n°1), et Pierre Monteux en 1934 (Suite n°2). Cheminement psychologique de chacun des protagonistes (solitude suicidaire d'Ariane), aimantation d'une sensualité apolinienne entre Ariane et Bachus, extase flamboyante (bacchanale) puis apothéose finale de celle qui s'était sentie mourir, abandonnée par Thésée... Les deux Suites sont davantage que des pages démonstratives: leur finesse de conception, leur orchestration millimétrée dévoilent le génie des orchestres et la vision comme la carrure des chefs, ce que permettent aussi Prélude à l'après midi d'un faune de Debussy ou Daphnis et Chloé de Ravel. Saluons la poésie et le sensibilité de Stéphane Denève, sa maîtrise des couleurs et des climats rousselliens.
Nous tenons là de toute évidence une version de référence d'autant plus décisive que de nouveaux enregistrements Roussel, si peu estimé à sa juste valeur et encore trop rare au concert, sont annoncés chez le même éditeur par les même interprètes.
Albet Roussel (1869-1937): Symphonie n°3 (1930), Bacchus et Ariane (Suites n°1 et n°2, 1931).
Royal Scottisch national orchestra. Stéphane Denève, direction
Crédit photographique: Stéphane Denève (DR)