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Nicola Porpora: Vêpres Vénitiennes (Andrieu, 2007)

L'album s'impose autant par la justesse de son interprétation que la valeur des partitions, ainsi révélées et mises en comparaison: après la mort de Vivaldi, l'oeuvre de Porpora montre le triomphe de l'esthétique napolitaine à Venise...
Dans la fiction romanesque de Georges Sand (Consuelo, 1842), le maître de musique de la chapelle féminine de l'Ospedale des Medicanti (Hospice des mendiants) à Venise, Nicola Porpora, impose un enseignement et une ligne musicale pure et exigente qui ne s'encombre d'aucune tentation virtuose ni égocentrique. Contre le narcissisme du chanteur, sa propension à déployer roucoulades et minauderies comme un oiseau orgeilleux, Porpora exige pureté, articulation, précision, musicalité. Apôtre du bon goût qui doit écarter sous la voûte, la théâtralité de l'opéra, le compositeur fait trois séjours à Venise, y imposant sa marque et son dogmatisme musical dans trois lieux emblématiques (Incurabili, de 1726 à 1733; Pietà, de 1742 à 1743, enfin à l'Ospedaletto, de 1743 à 1747). Voilà pour les rectifications historiques, n'en déplaise pas à Sand dont le mérite premier reste d'avoir mis en lumière le génie musical d'un auteur jusque là totalement oublié et que célèbre dans cet album convaincant, Jean-Marc Andrieu, à la tête de ses Passions.

Les Vêpres ici recomposées, regroupent trois psaumes, tous conservés à la British Library de Londres, datant de l'année 1744 quand Porpora était directeur de l'Ospedaletto vénitien. Aux premiers Laetatus sum (pour soprano solo) puis Nisi Dominus (pour contralto solo), le De profondis (généralement chanté pour les vêpres de l'Office des morts) permet aux deux solistes de se retrouver (même si à l'origine la partition comprenait trois solistes, deux sopranos et une contralto). Difficile de croire en écoutant la vocalità lyrique des solistes, que Porpora (professeur des castrats les plus doués de l'ère baroque tels Cafarelli, Farinelli ou Porporino...) ait effectivement gommer toute dramaturgie brillante pour ses cantates d'églises, lui qui composa près de 40 opéras et 14 oratorios..., qui fut surtout le rival que l'on sait de Haendel à Londres (1733-1737), comme directeur de l'opéra de la Noblesse où il diffusa en maître absolu de la virtuosité napolitaine, les délices acrobatiques du seria italien. En interprétant les partitions du compositeur, alors âgé de 58 ans, (né en 1686 à Naples), Isabelle Poulenard et Guillemette Laurens soulignent la science des vocalises, tout en respectant, qualité remarquable, l'articulation des textes sacrés. La tendresse de la première, exprimant l'intensité et la sincérité de la prière, le feu dramatique parfaitement ciselé, et aussi mesuré, de la seconde, s'imposent sans failles. Jean-Marc Andrieu précise les enjeux du travail effectué sur le plan de l'articulation et de la dynamique, valeurs clairement défendues dans cette vision médiane, entre théâtralité et intériorité, qui respecte ainsi l'idéal du "bon goût" dont a parlé Sand, que devait favoriser certainement Porpora, compositeur et pédagogue (en particulier auprès de Haydn qui fut son élève à Vienne). Le concert met en perspective les textes de Porpora avec les concertos de Vivaldi, pour flûte (le RV 108 rappelle que Jean-Marc Andrieu est aussi flûtiste) et pour violoncelle, composés par le Pretre Rosso pour ses élèves musiciennes de la Pietà: l'engagement des instrumentistes des Passions met l'accent sur les notions de dynamiques et d'agilité fluide et naturelle qui reste la thématique esthétique centrale de l'album. Saluons la semblable ciselure rhétorique du violoncelle d'Etienne Mangot, élève de François Salque entre autres, et actuel professeur depuis 2005 au CNR de Toulon. Sa compréhension du RV 410 impose un interprète fin et subtil dont la musicalité nuancée souligne combien Vivaldi fut bien le premier compositeur à éprouver et faire parler l'instrument comme s'il s'agissait du chant humain. L'album s'impose autant par la justesse de son interprétation que la valeur des partitions, ainsi révélées et mises en comparaison: après la mort de Vivaldi (à Vienne en 1741), l'oeuvre de Porpora montre le triomphe de l'esthétique napolitaine dans la lagune, comme elle a vaincu Haendel à Londres.

Nicolo Antonio Giacinto Porpora (1686-1768) : Laetatus sum, Nisi Dominus, De profundis.
Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto pour flûte à bec, deux violons & basse continue en la mineur RV 108. Concerto pour violoncelle, cordes & basse continue en fa majeur RV 410.
Isabelle Poulenard, soprano. Guillemette Laurens, mezzo-soprano. Etienne Mangot, violoncelle. Chœur Eclats, direction : François Terrieux. Chœur Eclats, Les passions, direction et flûte à bec:  Jean-Marc Andrieu.



Benjamin Ballifh - lundi 19 novembre 2007
Compositeur(s): PORPORA Nicola
Interprète(s): ANDRIEU Jean-Marc, LAURENS Guillemette, LES PASSIONS , POULENARD Isabelle
Durée: 1h08mn
ASIN: 3 487549 901857
Nombre de cd: 1
Notice: Français, anglais
Note de la rédaction: incontournable
Editeur: Ligia Digital
Collection:
Date d'enregistrement: 25-28 juin 2007
Lieu d'enregistrement: Toulouse, Chapelle St-Jean Baptiste
Réalisateur:
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