Intégrale annoncée comme un événement, le Ring réalisé par l’équipe de l’Opéra d’état d’Australie du Sud tient ses promesses. Asher Fisch dirige les musiciens de l’Adelaide symphony orchestra, avec une poigne affirmée, éclairant l’intensité dramatique de l’épopée, détaillant aussi le tissu psychologique, ce flot jaillissant des pensées et des intentions cachées, souterraines, foisonnantes, contenus dans chaque repli du réseau inextricable des leitmotivs.
Au sein du Ring ou Anneau du Nibelung, odyssée musicale, fresque à l’échelle de l’histoire, la Walkyrie fait figure de pause, de chapitre à part, comme un épisode inespéré d’accalmie et d’essor sentimental, entre plusieurs développements sombres et tragiques, d’une inéluctable noirceur cynique.
Cet opéra de l’amour est en effet humain, profondément humain. Deux mortels solitaires et désespérés, les Velsung (Siegmund et Sieglinde) s’y abandonnent à l’amour ; Brunnehilde, la Walkyrie qui donne le titre à l'ouvrgae, touchée par la sincérité de l’un d’eux, prend le parti des hommes contre la loi du père (Wotan), quitte à perdre son statut divin pour devenir mortelle.
Alors que dans ses opéras précédents, du Vaisseau à Tannhäuser, de Lohengrin à l’Or du Rhin, prologue du Ring, il est question toujours de l’impossibilité de l’amour, de la malédiction à ne pouvoir réaliser son bonheur sur la terre, et dans l’œuvre de Wagner, sur la scène lyrique, La walkyrie offre enfin une issue favorable. Wagner/Siegmund trouve en Sieglinde, la femme espérée, cette égale rêvée : le compositeur vient de rencontrer Mathilde Wesendonck. C’est elle qui lui fait connaître l’ivresse et les vertiges de la rencontre totale. Le musicien lui dédie les lieder qui portent désormais son nom (Wesendonck lieder), lesquels inaugurent cet ample développement du sentiment extatique et de la langueur amoureuse, à venir, Tristan und Isolde que Wagner compose, après avoir interrompu l’écriture musicale de Siegfried. Plus tard, résonance successive, dans le cycle, l'amour des Velsung, rejaillera encore entre Brunnehilde et Siegfried. Sieglinde/Brunnehilde incarnent la figure de la femme idéale, la compagne et l’épouse, celle qui assume ses choix, quitte à braver l’ordre. Le chant de l’amour contre la loi politique, celle du père.
Intégrale annoncée comme un événement, le Ring réalisé par l’équipe de l’Opéra d’état d’Australie du Sud tient ses promesses. Cette production de La Walkyrie, enregistrée à la fin de l'année 2004, présage le meilleur pour les chapitres suivants. Asher Fisch dirige les musiciens de l’Adelaide symphony orchestra, avec une poigne affirmée, éclairant l’intensité dramatique de l’épopée, détaillant aussi le tissu psychologique, ce flot jaillissant des pensées et des intentions cachées, souterraines, foisonnantes, contenues dans chaque repli du réseau inextricable des leitmotivs. A ce titre l'aspect de la musique wagnérienne qui est une architecture de la remémoration, s'accomplit ici. Le continuum orchestral dilate la sensation du temps et de l'espace : on perd pied, perdu dans le vortex de la mythologie propre à Wagner.
Sans posséder toutes les nuances chambristes de la partition que les plus grands chefs ont su capter, le chef trace une perspective pleine de panache, d’allant et même de tendresse. Cet aspect étant la couleur capitale de la
Walkyrie. Les presque quatre heures de musique et de chant s’accomplissent sans rupture de rythme.
L’unité de la vision, la cohérence du plateau vocal, -ici, aucun soliste ne démérite-, la tenue des instrumentistes aussi, ajoutent à la
pleine conviction de l’ensemble. De la part d’un label qui porte le nom d’une immense cantatrice, devenue un mythe du chant, on pouvait être des plus exigents vis-à-vis de la ligne des chanteurs. Défi relevé. Cette production vaut amplement les dernières productions de Bayreuth.
A la qualité de l’enregistrement répond le soin éditorial du livret : texte d’analyse en français. La traduction du texte en français est disponible sur le site :
www.melbarecordings.com.au Que l’enregistrement bénéficie des dernières performances du SACD, accroît l’attraction de ce premier volume. La conception de théâtre total souhaitée par Wagner, est ici, à défaut de l’image, très honorablement restituée.
Attention, le coffret-événement ne sortira qu'en septembre.distributionStuart Skelton, Siegmund
Deborah Riedel, Sieglinde
Richard Green, Hunding
John Bröcheler, Wotan
Lisa Gasteen, Brünnehilde
Elizabeth Campbell, Fricka
les Walkyries
Elizabeth Stannard, Gerhilde
Lisa Herper-Brown, Ortlinde
Liane Keegan, Waltraute
Zan McKendree-Wright, Schwertleite
Kate Ladner, Helmwige
Gaye MacFarlane, Siegrune
Jennifer Barnes, Grimgerde
Donna-Maree Dunlop, Rossweise
Adelaide symphony orchestra,
Asher Fisch, direction
approfondirLire
notre dossier spécial sur les enjeux de la
Walkyrie et la signification du personnage de Brünnhilde dans le cycle du Nibelung.