Wagner réinventé par Liszt sous les doigts magiciens du chef pianiste Asher Fisch.
Remarquable réalisation, d'autant plus appréciée dans son écrin éditorial (riche notice de présentation rédigée par l'interprète, traduite en français), dans une prise de son naturelle et finement équilibrée comme le sont la majorité des enregistrements du label australien décidément très inspiré, Melba
Cd coup de cœur de l'été 2012
Asher Fisch (piano) joue Liszt et Wagner
1 cd Melba recordings
Destinés au salon romantique, les paraphrases et pots pourri permettent à
l'auditoire amateur de vivre hors de l'opéra, le grand frisson
lyrique... premiers vertiges et lyrisme évanescent de la scène initiale
des Maîtres Chanteurs, flamboyant mais diaphane hymne à l'art; chanson
légère et pleine d'esprit de l'insouciance féminine inspirée du choeur
des fileuses du Vaisseau fantôme; piano orchestral atteignant les cimes
tant espérées/éprouvées par Baudelaire pour le choeur des pèlerins de
Tannhaüser ... les auditeurs en ont ici pour leur argent car c'est bien
par la force des tableaux, la grandeur morale et l'intensité
émotionnelle des scènes réinvesties ... d'un récital cinématographique
dont il s'agit; comme Gérôme en peinture, Wagner élargit plus que tout
autre l'espace et le cadre de l'expérience musicale ...
Et Liszt en comprend totalement tous les enjeux sonores.
Liszt transpose Wagner
Paraphrases enchanteresses...
Filtrée et recomposée par la machine digitale de son contemporain Franz
Liszt, l'invention de Wagner est sublimée dans ce recyclage pianistique
de très haut vol; plus réinvention que vraiment transcription sage et
respectueuse, la main de Liszt comprend, réinvente, commente avec une
richesse et une liberté confondante, trouvant un juste et suprême
équilibre entre intériorité, nécessité poétique et virtuosité fluide :
n'écoutez que la seule romance à l'Etoile de Tannhäuser : jamais
l'inspiration du grand Liszt, bête des récitals fracassants, n'aura été à
la fois plus imaginative et immédiatement servante des intentions de
Wagner: quel hommage rendu à son confrère et gendre si admiré; on
comprend que les auditeurs admirateurs de Liszt ai souhaité ensuite
écouter à l'opéra tant de joyaux mélodiques.
C'est même un Liszt qui réassemble en compositeur, les combinaisons
musicales inventées par Wagner (à ce titre, la paraphrase d'après la
lieberstodt de Tristan und Isole dévoile combien Franz était capable de
recréer du Wagner, en pur admirateur recréateur... un miracle
jaillissant sous les doigts tout en nuances et spiritualité du pianiste
Asher Fisch).
Asher Fisch qui a signé une somptueuse Tétralogie
australienne pour Melba, vocalement pas toujours convaincante mais
orchestralement plutôt très aboutie, confirme ses évidentes et
indiscutables affinités avec le grand Richard ...
L'élégance du geste, la fluidité versatile dans la maitrise dynamique
font la réussite d'un grand récital wagnérien, premier hommage
événement, préfiguration de la future année Wagner 2013 qui promet
réalisations et productions attendues.
Le chef, wagnérien jusqu 'au bout des ongles rend un hommage
irrésistible et à Wagner et à Liszt, défenseur de la première heure..
L'entrée des invités à la Wartburg est à ce titre dans l'éloquente
maitrise des contrastes expressifs, une leçon de pianiste brillant et
investi, jamais creux ni superficiel, gorgé de saines idées, un
manifeste tendre et vif-argent d'énergie interprétative: quel feu et
quelle ivresse des nuances ... d' autant plus méritant pour la pièce
quasi centrale du programme et de presque 11 mn de souffle ininterrompu
(plage 5).
Le programme scrupuleusement conçu sait éclairer la verve et l'élégance
wagnérienne de surcroit magnifiée par la grâce opérante du regard
lisztéen : pour chaque morceau retenu, dialoguent la source wagnérienne
et son double/écho lisztéen; c'est donc davantage qu'un énième récital
de piano wagnérien.
Les amateurs des strictes raretés pianistiques seront tout autant
comblés; car Asher Fisch sait aussi sélectionner de très rares pièces
pour le clavier d'un Wagner expérimental et funambule comme cette " Arrivée des cygnes noirs ",
véritable poème musical d'une finesse allusive magnifiant son prétexte
animalier : Wagner y fait son propre transcripteur ; il y recycle le
fameux accord de Tristan dont il vient en 1861 d'achever la partition...
"renversement de l'accord de septième diminué et quinte juste constituée d'une quarte juxtaposée à un triton", comme le rappelle justement le pianiste expert.
La formule magicienne pour la musique de l'avenir.
Remarquable réalisation, d'autant plus appréciée dans son écrin
éditorial (riche notice de présentation rédigée par l'interprète,
traduite en français), dans une prise de son naturelle et finement
équilibrée comme le sont la majorité des enregistrements du label
australien décidément très inspiré, Melba.
Cd coup de coeur de l'été 2012
Asher Fish: paraphrases Liszt et Wagner. Piano: Steinway modèle D grand. 1cd Melba MR 301141. Enregistrement réalisé en octobre 2011, Grande-Bretagne.
Lire aussi nos critiques de La Tétralogie de Wagner par Asher Fisch chez Melba:
